mercredi , 23 octobre 2019
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l’opposition britannique est-elle en train de perdre la bataille de l’opinion?


Les partis britanniques sont entrés dans leur « drôle de guerre ». Le parlement a suspendu ses travaux la semaine dernière et ne les reprendra pas avant un mois. Avant de se séparer, les représentants se sont accordés sur un rejet: il n’y aura pas d’élections générales anticipées jusqu’à nouvel ordre. Ils ont aussi éloigné l’hypothèse d’une sortie sans accord du Royaume-Uni au 31 octobre. L’initiative a privé le Premier ministre Boris Johnson, qui s’était engagé à une concrétisation du Brexit à cette date coûte que coûte, de base législative. Pire, Boris Johnson n’a cessé d’enregistrer défaite sur défaite à la chambre des Communes. 

Erosion chez les travaillistes 

Pourtant, il n’est pas le seul à le penser, un consensus se dégage même: pour sortir de l’ornière, pour trancher le litige entre un gouvernement fragilisé par les défections et un Parlement rebelle, il faudra bien revenir aux urnes au plus vite. Et pour le moment, les familles politiques les plus vulnérables ne sont pas celles qu’on croit. Samedi, le Guardian a ainsi relayé les résultats d’un sondage Opinium riche en enseignements. Dans cette enquête, 37% des intentions d’un éventuel suffrage se portent sur les conservateurs, en progression de deux points par rapport à la semaine dernière. Le Brexit Party et ses 13%, l’Ukip et son 1% complètent la force de frappe eurosceptique. A l’inverse, le Parti travailliste, jaugé à 25% comme il y a sept jours, les Libéraux-démocrates se tassant d’un point à 16%, montrent à leur corps défendant que l’opposition pro-maintien est en mauvaise posture. 

Les difficultés du Labour de Jeremy Corbyn s’expliquent de plusieurs manières. Tout d’abord, l’institut de sondage souligne l’incertitude des Britanniques quant à la position travailliste sur le Brexit. Après avoir milité pendant près de trois ans pour respecter le verdict rendu par les urnes à l’issue du référendum de 2016, Jeremy Corbyn s’est rallié à l’idée d’une seconde consultation sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. La bascule a repoussé une partie de son électorat dans les bras de ses adversaires.

Dans le sondage Opinium, 19% des électeurs traditionnels du Parti travailliste ayant voté pour une rupture avec les institutions européennes ont d’ailleurs indiqué avoir désormais l’intention de voter pour les Tories. Pour autant, Jeremy Corbyn ne plaît pas davantage aux plus grands partisans de l’Union européenne: il ne jouit ainsi que d’une cote de popularité famélique de 13% chez les libéraux-démocrates. 

Question de gestion

Le leadership de Boris Johnson penchant sans ambiguïté aucune en direction du Brexit, son éviction des députés conservateurs anti-No Deal, et les revirements travaillistes ont permis dans le même temps aux conservateurs de se renforcer. 55% des soutiens du Brexit affirment en effet qu’ils choisiront un bulletin libellé au nom du principal parti de droite britannique.

La différence se marque aussi autour d’une dernière question. L’enquête d’opinion a cherché à savoir comment était perçue la gestion personnelle de la problématique du Brexit par Boris Johnson et Jeremy Corbyn. 37% des sondés ont dit approuver l’approche du chef du gouvernement, contre 43% de détracteurs, tandis que seuls 17% des électeurs approuvaient celle du patron des travaillistes, et que 60% la réprouvaient. 

Tout sauf Corbyn 

Quelques jours plus tôt, au moment des derniers débats dans une chambre des Communes déjà prête à fermer ses portes, POLITICO publiait un autre sondage, piloté par l’institut Hanbury, aux échos plus durs encore aux oreilles de Jeremy Corbyn. Il y était dit que Boris Johnson faisait figure de meilleur Premier ministre possible pour 40% des personnes sollicitées, dont seulement 18% réservaient ce titre à l’homme de gauche. 43% des personnes interrogées déclaraient que l’arrivée de ce dernier au 10, Downing Street était la pire issue possible à la crise en cours, quand ils n’étaient que 35% à poser qu’une sortie sans accord était la pire perspective à leurs yeux. 

Jeremy Corbyn a gagné les ultimes combats dans la petite arène parlementaire. Il est en train de perdre la bataille de l’opinion. 




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