mercredi , 23 septembre 2020
Accueil » Actualité » LREM: Castaner, Bergé, Rugy… qui pour sauver un groupe « moribond »?

LREM: Castaner, Bergé, Rugy… qui pour sauver un groupe « moribond »?

AFP

Aurore Bergé, Christophe Castaner et François de Rugy, candidats à la présidence du groupe LREM

POLITIQUE – “Tu soutiens qui, toi?” “Moi, je suis ‘team humaniste’”. La conversation volée entre deux jeunes députés LREM à quelques jours de l’élection de leur prochain président de groupe en dit long sur l’ambiance qui pèse chez les Marcheurs de l’Assemblée nationale.

L’humour, pour mieux relativiser. C’est aussi le ton que choisit un député bien implanté du sud de la France qui ironise: “Nous sommes un groupe qui est uni, qui nous aimons, tout est mer-veil-leux… Comment ça, vous ne me croyez pas?”.

“Il n’y a plus de dynamique”

Et quand le premier degré revient, ce n’est guère mieux: “Le groupe est dans un état moribond. L’ambiance n’est pas bonne. Chacun est dans sa circonscription, il n’y a plus de dynamique”, résume un marcheur historique, désabusé.

Il faut dire que le groupe LREM au Palais-Bourbon enchaîne les déconvenues depuis longtemps. Après une série de faux pas et un manque de liberté qui a laissé la place à un neuvième groupe d’anciens marcheurs en mai, le président du groupe Gilles Le Gendre a été poussé vers la sortie par la quasi-intégralité de ses troupes en juillet. Cette fois, alors que la campagne pour le remplacer est en cours, ce sont des défections vers le MoDem qui minent le moral des troupes. 

“Chez nous l’ambiance est très bonne. C’est aussi pour ça que certains nous rejoignent. On a plus de dialogue, on est moins nombreux”, semble se féliciter, à distance, le député MoDem Erwan Balanant, à propos de ces départs successifs de députés LREM vers l’allié historique, assumés et mis en scène.

“Je ne fais pas partie des déserteurs”

“Je ne fais pas partie des déserteurs”, prévient d’emblée un député LREM loyaliste qui reconnaît tout de même “des doutes et des divisions” aggravés par ces récents départs. “Il y a un peu de fébrilité, ces départs interrogent forcément…”

Réunis à Amiens, la ville du président de la République, ces 9 et 10 septembre, les 279 députés restants sont invités à départager par un vote les cinq candidats qui se présentent face à eux. François de Rugy, ancien ministre de la Transition écologique épinglé pour son train de vie lorsqu’il présidait l’Assemblée nationale, premier à se lancer dans la course. Ont suivi Christophe Castaner, l’ancien ministre au passé socialiste soutenu par l’exécutif, Aurore Bergé qui a surpris jusqu’au plus haut sommet de l’État pour son “excellente campagne”, mais qui pourrait être trop perçue comme trop “clivante”, Coralie Dubost, députée de l’Hérault et Patrice Anato, élu en Seine-Saint-Denis.

“On a besoin d’un nouveau chef, capable de rassembler, de nous emmener vers 2022 et de nous défendre dans les moments difficiles”, résume le député des Français établis hors de France, Pieyre-Alexandre Anglade, qui semble mélanger les qualités de chacun des favoris en une phrase.  

“Allégeance critique” ou “autonomie soft”?

La plupart de nos sources voient un duel s’imposer entre Christophe Castaner, le candidat du président, et Aurore Bergé, la candidate qui incarnerait jeunesse et féminité dont le parti majoritaire manque tant. Chacun a ses atouts. L’ex-ministre de l’Intérieur, en phase avec le positionnement plus à gauche du groupe, mais vu comme un candidat imposé par le haut et qui obtiendrait là un lot de consolation après son éviction du gouvernement en juillet; Aurore Bergé la politique de terrain, la concertation et la nouveauté, mais désignée comme “trop à droite” par beaucoup.

“Le match va se jouer entre Christophe Castaner, l’allégeance critique et Aurore Bergé, l’autonomie soft”, prédit le député Bruno Bonnell. “Ce qui résume bien la schizophrénie du groupe qui oscille entre volonté de séparer les pouvoirs et nécessaire alliance en vue de 2022”, analyse le député du Rhône qui se dit, comme la plupart, “bien incapable de savoir qui sortira”. 

“Je me fous complètement de ce vote”

“C’est Castaner, c’est plié”, pressentent d’autres députés alors que les coups de téléphone n’ont pas cessé jusqu’au dernier moment. François de Rugy n’a peut-être pas dit son dernier mot. Selon un participant -soutien de Castaner- lors de l’audition des candidats devant le groupe mardi 8 septembre au matin, l’ancien ministre a fait monter la pression sur le MoDem avec qui il ne ferait pas de pacte politique sans conditions strictes – comme la remise en jeu du poste de la présidente de commission des affaires européennes qui revient à LREM alors qu’elle est passée au MoDem. “Il a pris des risques, il a été applaudi. Pas sûr que ça change la nature du vote, mais c’est à noter”.

“Si c’est de Rugy, je quitte le groupe”, prévient d’emblée une députée qui ne prendra même pas part au vote. Et de s’en expliquer ainsi: “On a un plan de relance à vendre et un budget à voter. On ferait mieux de se concentrer au lieu de faire des vidéos. Je me fous complètement de savoir ce qui se passe au groupe, c’est le meilleur moyen de garder le sourire.”


Première apparition