lundi , 28 septembre 2020
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LREM en crise d’identité à ciel ouvert à cause d’une absence de leadership

POLITIQUE – Il y a ceux qui, comme le secrétaire d’État Cédric O, trouvent qu’il s’agit d’un “sujet personnel” quand d’autres, à l’instar du député LREM Hugues Renson, estiment qu’il est le résultat d’un “diagnostic lucide”. Comme sur à peu près tous les sujets, les marcheurs ont (encore) du mal à parler d’une voix unie à la suite de la décision de Pierre Person, qui a décidé de quitter son poste de numéro 2 du parti présidentiel. 

Dans une interview au Monde ce lundi 21 septembre, le député de Paris, marcheur historique venu de la gauche, dresse le portrait d’une formation amorphe, réduite à ”‘copier-coller’ le message du gouvernement” au lieu de produire des “idées neuves”.

Le co-fondateur des Jeunes avec Macron jette une lumière crue sur l’absence de colonne vertébrale d’un parti “resté dans sa logique de 2017”, peinant à exister par lui-même et enchaînant les revers électoraux. Dernier exemple en date: le zéro pointé des élections législatives partielles, lors desquelles aucun candidat LREM n’a réussi à se qualifier pour le second tour.

Glissement droitier 

Une gifle qui succède à celle des élections municipales, un scrutin où la stratégie du parti présidentiel avait déjà dérouté plus d’un marcheur, déplorant les alliances à géométrie invariable nouées par cette formation du “nouveau monde”, consistant principalement à soutenir dans les grandes villes des maires de droite sortants.

Sans le dire explicitement, Pierre Person, remplacé à son poste par l’ex-juppéiste Marie Guévenoux, pointe à travers sa démission la malléabilité d’un parti dont le centre de gravité penche essentiellement à droite, pour coller à l’agenda d’un exécutif à la recherche d’une stratégie de réélection visant à siphonner l’électorat LR. 

La présence dans son état major de personnalité comme Paul Midy – un représentant de la “droite sale” dixit un cadre important de la majorité – ou de Déborah Pawlik (ex-élue LR) entérine ce glissement droitier pour certains marcheurs. “Quand on sait que ces trois derniers viennent de l’UMP, on se dit que si on continue comme ça, on finira avec Estrosi à la tête du parti!”, peste une source macroniste citée par L’Obs.

Résultat de cet alignement sans relief avec les orientations de l’Élysée, un malaise grandissant au sein de la majorité qui, mois après mois, voit des députés quitter le navire, soit pour renforcer une “aile gauche” émancipée, soit pour rejoindre les troupes du MoDem, dont le président de groupe Patrick Mignola a récemment multiplié les clins d’œil aux députés macronistes. 

L’ex-président du groupe LREM à l’Assemblée, Gilles Le Gendre, était justement attaqué en interne pour son manque de leadership et sa volonté d’éviter la moindre initiative qui aurait pu faire exister le groupe indépendamment des désidératas gouvernementaux. “Il n’y a pas de management, pas de débats, pas de réunion”, résumait à l’époque un parlementaire expérimenté. Des critiques qui raisonnent étrangement avec le constat fait ce jour par Pierre Peron à l’endroit du parti et de son Délégué général, Stanislas Guérini. 

Realpolitik élyséenne

Alors que la ligne politique de LREM est pour le moins insaisissable sur de nombreux sujets, comme la laïcité, la sécurité ou encore la condition animale, la promesse de “l’autonomie de la majorité” faite par Aurore Bergé a eu le vent en poupe lors de la campagne interne pour la présidence du groupe LREM.

Au point que la députée des Yvelines s’est finalement inclinée face à Christophe Castaner sur un score très serré, traduisant, encore, un déficit de leadership et une volonté de trancher des questions politiques. Las, c’est tout de même le choix de l’exécutif qui l’a emporté, montrant que la realpolitik élyséenne finit toujours par emporter les velléités des marcheurs.

Et ce ne sont pas les premiers signaux envoyés pour les prochaines élections régionales qui semblent de nature à changer la donne. Auprès du Monde, Stanislas Guérini évoque une stratégie qui consistera à bâtir “des listes avec des candidats qui travailleront main dans la main avec le gouvernement pour porter la relance du pays”, alors que des alliances avec des sortants (notamment de droite) circulent, comme Renaud Muselier en Paca ou Jean Rottner en région Grand-Est. Une approche qui n’est pas sans rappeler celle des élections municipales, laquelle n’avait pas du tout réussi à un parti présidentiel manquant d’incarnation et d’identité politique forte. 

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