mardi , 26 mai 2020
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M. Blanquer, les candidats aux concours internes de l’Éducation nationale ne peuvent plus attendre pour être admis – BLOG

BLOG – Après avoir été longtemps maintenus dans l’incertitude suite à l’annulation des oraux des concours de recrutement annoncée sur Publinet, les candidats ont récemment appris par Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale que pour certains les épreuves écrites auront lieu en juin et seront les seules et uniques épreuves d’admission tandis que pour d’autres, qui avaient déjà passé les épreuves écrites, les oraux auront lieu en juin et juillet en enfin en septembre, voir octobre pour les candidats internes. Lors du Comité Technique du 6 mai, Monsieur le ministre a indiqué vouloir donner la priorité aux candidats externes afin d’avoir suffisamment de professeurs à la rentrée se septembre.

D’ores et déjà, la question de l’équité face aux concours est posée. Et même si nous avons bien conscience que la situation inédite impose des adaptations et que ces adaptations ne pourront satisfaire tout le monde, en tant que candidate à l’agrégation interne d’allemand, il me semble important de vous alerter sur certains sujets.

  • Premièrement, j’aimerais insister sur la distinction entre un concours et les différentes voies pour y accéder. Les concours sont par exemple le CAPES ou l’Agrégation, mais on peut y accéder par la voie externe, la voie interne ou encore sur liste d’aptitudes. Mais le Capes ou l’Agrégation, quelle que soit la voie pour y arriver, reste un concours devant lequel tous les candidats doivent avoir l’égalité de chances de réussir. Or, avec les mesures prises suite à la crise du Covid-19, cette égalité des candidats a été rompue. Loin de moi l’idée de remettre en cause l’implication et le travail des candidats aux concours à l’externe, nous sommes finalement nombreux à avoir réussi ou tenté cette voie pour accéder au concours souhaité et connaissons donc très bien la situation de ces personnes, il ne faut cependant pas ignorer ou rabaisser la motivation des candidats à l’interne. Un concours passé en interne se passe bien souvent, lui aussi, sur plusieurs années. Il exige des sacrifices, car il faut mener de front vie professionnelle et préparation au concours. Certains font des kilomètres pour pouvoir assister à des cours, tout en restant efficace devant les élèves. Le programme est exigeant et c’est tout à son honneur, mais il ne repose pas seulement sur les qualités professionnelles des candidats.
  • L’agrégation interne n’est pas à proprement parler un concours de recrutement puisqu’elle s’adresse à des professeurs déjà en poste depuis au moins 5 ans. Les épreuves écrites ont traditionnellement lieu à la fin du mois de janvier tandis que les épreuves orales se déroulent mi-avril. Cela implique donc de mener de front vie professionnelle et préparation au concours, une situation déjà peu évidente en temps normal. Or, la fin de cette année scolaire et le début de la prochaine risquent d’être chaotiques: dans mon cas personnel, il faudra que je fasse par exemple passer les épreuves orales de la certification qui n’ont pu avoir lieu, que je corrige les épreuves écrites de cette certification, mais aussi que je recrute de futurs germanistes dans les écoles, que je mette en place l’accueil des correspondants allemands prévu normalement en septembre… tout cela dans un temps très réduit et en rattrapant aussi avec les élèves ce qui n’a pas pu être fait au niveau cours.
  • Les concours internes ne peuvent être considérés uniquement comme une sorte de promotion pour des personnels déjà enseignants. Ce n’est pas la réalité. Pour ma part, c’est certes le cas. Je suis professeur titulaire depuis 11 ans et ai la chance de voir tomber tous les mois mon salaire. Je sais à la rentrée que j’aurai le même poste, enfin les mêmes postes. Je suis professeur d’allemand et pour avoir le nombre d’heures suffisant, je dois enseigner dans 2 établissements. Suite à un regroupement entre des élèves de 4e et de 3e dont le but pédagogique m’échappe totalement je vous avouer, je risque en septembre d’aller enseigner sur un 3e établissement. C’est dans le seul but de n’avoir que 15 h à enseigner que je passe l’agrégation, de m’éviter une fatigue physique et psychologique que je ne suis pas sûre de pouvoir surmonter. Et dans ce but, j’ai donc travaillé ardemment le programme 2020 de l’agrégation interne: thème, version, dissertation en allemand de 7 h, 2 pièces de théâtre de Goethe, 2 œuvres de l’auteure germano-turque Özdamar, un regroupement de textes sur la révolution industrielle en Allemagne. Car contrairement à ce que le ministre a l’air de penser ou de sous-entendre, les concours internes ne reposent pas sur nos compétences professionnelles et nécessitent un gros investissement de temps et de travail. L’inscription à l’agrégation interne pour notre matière est très encouragée au niveau hiérarchique pour éviter les sous-services. Un sous-service, c’est quand un professeur ne peut pas faire ses 18 h d’enseignement faute de demande, il n’est pas alors tranquillement chez lui: on lui demande de faire autre chose: du CDI, des maths, du soutien, de l’aide aux devoirs, de la loge… Donner l’admission à tous les agrégatifs internes éviterait à la fois ces sous-services dans certaines matières, mais libérerait aussi des heures pour d’autres collègues qui attendent l’admission.
  • Mais parmi les candidats aux concours internes, il existe de multiples profils: les professeurs des écoles, AED (surveillants) ou agents administratifs qui passent les concours internes pour changer de fonction. Comment les changer de fonction après les oraux d’admissions, quand la rentrée sera déjà bien entamée? Que dire des candidats au Capes, bien souvent en poste sous le statut de vacataire ou de contractuel, qui ne savent même pas s’ils auront une affectation en septembre? Comment un professeur peut-il sereinement préparer un concours, mais aussi préparer ses cours en ne sachant pas si en septembre il aura encore un salaire à la fin du mois? L’Éducation nationale a un recours massif aux contractuels depuis quelques années, mais refuse de les titulariser. Pourtant eux aussi, en étant sous-payés, sous-estimés, assurent aujourd’hui la fameuse continuité pédagogique. Donner l’admission à tous les candidats admissibles des concours internes, c’est aussi éviter la précarité à beaucoup de collègues, mais aussi éviter les classes sans profs, les petites annonces sur Le bon Coin, les nombreux postes non pourvus aux concours externes parce que le niveau n’est pas suffisant. Donner l’admission à tous les admissibles est possible, est même souhaitable pour donner une meilleure éducation à nos enfants. Combien de parents se plaignent du non-remplacement des professeurs? Les candidats aux concours internes ont faire leur preuve, ils sont aptes à enseigner.
  • Et comment préparer ces oraux? Certes, le report pourrait être perçu comme un laps de temps supplémentaire pour intensifier nos révisions, dont nous sortirions encore meilleurs. Mais il ne peut être ignoré que les préparations aux concours ont parfois été interrompues par les universités, elles ont certes parfois été maintenues, mais l’efficacité du distanciel, même avec tout le sérieux des formateurs, ne peut remplacer le présentiel. Les formations organisées par la DAFOP et l’ISFEC n’ont pas eu lieu. Les bibliothèques, municipales ou universitaires, où l’on peut trouver de nombreuses ressources pour nous aider, ont été fermées, les bibliothèques universitaires le seront d’ailleurs tout l’été. Même si aujourd’hui, il est vrai qu’internet peut nous permettre d’accéder à de nombreuses ressources, cela ne suffit pas pour la préparation d’un concours. Comment, par exemple, un postulant en SVT peut préparer correctement les activités pratiques à présenter au jury sans matériel de TP à sa disposition? Malgré toute notre motivation et notre travail, nous ne pouvons considérer que nous avons pu nous préparer dans de bonnes conditions à ces épreuves d’admission. Cette période de préparation au concours qui est une période très intense, qui demande des sacrifices au niveau personnel voir familial, est aussi très stressante et se voit soudainement rallongée de 4 mois. Plus de 7 mois se seront écoulés entre les épreuves écrites et les épreuves orales, plus de 16 depuis le début de la préparation. À cette tension, s’ajoute naturellement le stress lié à la mise en place de la continuité pédagogique, mais aussi l’angoisse liée au Covid-19.
  • Enfin, cette admission tant attendue au concours passé, qui a dû apporter un peu de réconfort aux candidats dans cette période anxiogène est en train de se transformer en malédiction et remet profondément en cause leurs chances de réussite aux sessions 2021 s’ils n’étaient pas admis aux épreuves orales. Comment préparer en 3 mois le nouveau programme des épreuves écrites pour la session 2021? Comment préparer en aussi peu de temps un dossier RAEP, à rendre pour certains dès l’automne? Il n’est absolument pas réaliste d’imaginer qu’une ou plusieurs parties du programme puissent être traitées en si peu de temps. Les candidats qui n’ont actuellement pas à préparer les oraux, que ce soit parce qu’ils n’ont pas été admissibles ou parce qu’ils passeront le concours pour la 1re fois en 2021, sont déjà en train de travailler sur les nouveaux programmes. Sans pouvoir prédire les résultats des épreuves orales, comment savoir s’il faut se réinscrire à l’université ou au Cned, sachant le coût et donc le sacrifice financier que cela représente? Et que dire des professeurs qui avaient obtenu pour cette année un congé de formation pour pouvoir préparer sereinement le concours et qui doivent reprendre les cours en mai? Ce congé longtemps attendu, qui ne doit servir qu’à pouvoir mieux se concentrer sur le concours, perd tout son sens si les oraux se déroulent en septembre et ces professeurs seront alors lésés par rapport à ceux des années précédentes. Nous nous retrouvons dans une situation où nous devons préparer deux programmes différents en même temps, le programme des épreuves orales de 2020 et celui des épreuves écrites de 2021, tout en continuant de préparer nos cours et nos corrections pour les élèves. C’est donc la double peine pour ces candidats admissibles à l’écrit, mais non admis à l’oral qui ne pourront pas non plus préparer la session prochaine dans de bonnes conditions.
  • Pour ce qui est de l’agrégation externe, outre la différence de traitement d’une discipline à une autre qui met là aussi à mal l’équité du concours, un autre problème se pose. De nombreux candidats, afin de maximiser leurs chances de réussite, se présentent à la fois à l’agrégation interne et à l’agrégation externe. Or, en temps normal, lorsqu’un candidat est admissible à l’interne, il passe les oraux en avril et sait donc s’il est admis dans les jours qui suivent. S’il est aussi admis à l’externe, il ne se présente alors pas aux oraux qui ont lieu en juin et ne prend donc pas la place d’un candidat qui, lui, n’est pas encore dans le système éducatif. Il y a, en effet, toujours un nombre de postes alloués aux candidats de l’interne et un autre réservé aux candidats de l’externe. Cette année cependant, les professeurs ayant passé les deux concours seront amenés, en cas d’admissibilité, à passer les épreuves d’admission de l’externe avant ceux de l’interne. Si leurs efforts portent leurs fruits, ils seront donc agrégés sur le poste qu’ils occupaient déjà. Mais cela engendrera alors comme problème que plusieurs postes destinés aux nouveaux agrégés ne seront pas pourvus à la rentrée.

Ne peut-on envisager, même si à première vue la proposition peut paraître excessive, de transformer l’admissibilité en admission pour le concours de l’agrégation interne comme ce sera le cas pour l’agrégation externe? La proposition n’est en rien aberrante et résoudrait plusieurs des problèmes précités.

  • Cela résoudrait le problème d’équité face aux concours qui se pose désormais à cause de la différence de traitement entre l’agrégation externe et l’agrégation interne, mais aussi le problème d’égalité des chances entre les candidats pour la session 2021.
  • Cela redonnerait son sens au congé de formation accordé à plusieurs collègues.
  • Cela éviterait qu’à la rentrée scolaire 2020, de nombreux postes ne soient pas pourvus.
  • Cela éviterait à nos chefs d’établissement un casse-tête par rapport à nos emplois du temps: un certifié doit 18 h, un agrégé 15 h. Comment mettre en place les emplois du temps en septembre sans savoir combien d’heures nous devrons effectuer? Comment trouver des postes aux candidats sur lesquels ils pourront ensuite être stagiairisés? Comment leur assurer, pour les contractuels, d’avoir un poste en septembre sur lequel ils pourront faire leur stage une fois admis aux oraux en octobre?
  • Cela témoignerait enfin aux professeurs qui se sont investis et qui s’engagent, conformément au référentiel de compétences des métiers du professorat et de l’éducation “dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel” la considération du travail et de l’investissement personnel qu’est la préparation au concours.

En espérant pouvoir compter sur votre soutien, je souhaite vous assurer, Monsieur le Ministre, de mon plus profond respect.




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