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Marine Lachaud: «Les étrangers font partie du succès de la Suisse»

Marine Lachaud à côté d’une «tornade», un des nombreux phénomènes physiques présentés au Technorama de Winterthour pour rapprocher les jeunes et les moins jeunes de la science. Mattia Lento

Avec l’accord de libre circulation entre Berne et Bruxelles, Marine Lachaud s’est installée sans difficulté à  Winterthour, avec sa famille. Pour cette citoyennes française, l’initiative de limitation de l’UDC, qui sera votée le 27 septembre, est une attaque contre les détenteurs de passeports de l’UE et un danger pour la Suisse.

Ce contenu a été publié le 26 août 2020 – 14:00

Mattia Lento, Winterthur

Marine Lachaud nous accueille avec le sourire dans le hall du Technorama de Winterthour et nous fait asseoir à une table non loin de l’espace dédié aux expositions. Dans la salle contiguë, des dizaines d’enfants et d’adultes sont captivés par ce qui ressemble à un spectacle baroque. Il s’agit en fait d’une exposition dans laquelle des machines et des instruments conçus et fabriqués dans le laboratoire même du Technorama recréent des éclairs et des décharges électriques de grande puissance. Nous ne sommes pas dans un musée des sciences classique, mais dans ce que l’on nomme un «science center», où les phénomènes naturels ne sont pas expliqués, mais plutôt rendus accessibles au public sous une forme interactive, ludique et spectaculaire.

Marine Lachaud est justement une des responsables de ce qui se passe à quelque pas de nous. Elle gère les animateurs, le programme des présentations et des activités pour les visiteurs, ainsi que différents projets à l’intérieur comme à l’extérieur de l’institution. Son parcours professionnel a été très riche et varié, et la rencontre avec le Technorama s’est faite presque par hasard. «J’ai une formation en informatique, et je suis restée dans ce secteur pendant des années. Mais pendant mes études, j’ai travaillé comme animatrice à la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris, et cette expérience m’a aidé à trouver du travail ici».

Une visite en famille au Technorama, son expérience antérieure et les encouragements de son mari l’on convaincue de postuler. Elle a commencé comme animatrice et en quelques années, elle est devenue responsable d’une équipe entière. «Aujourd’hui, je suis plus occupée à des tâches de gestion, mais je ne renonce pas au contact avec le public. Je fais toujours de l’animation en français, et si nécessaire aussi en allemand et en anglais».

Nomadisme familial

Marine Lachaud n’avait pas de problèmes de travail en France quand elle a décidé d’émigrer. «Mon mari et moi nous avons quitté Paris parce que nous étions fatigués de la pollution et du stress de la grande ville. Nous avions aussi envie de voir autre chose, permettre à nos enfants d’apprendre des langues étrangères. Nous sommes donc partis aux États-Unis en 2001». L’expérience en Amérique du Nord a été marquée par les attentats contre les tours jumelles, et la crise économique qui a suivi a contraint la famille à rentrer en Europe, plus précisément en Allemagne. Après quelques années de vie à Francfort, le mari de Marine, informaticien, reçoit une offre alléchante en Suisse et la famille fait ses bagages pour une nouvelle aventure.

Marine Lachaud est heureuse de son travail au Technorama, et pas seulement parce qu’elle aime ce qu’elle fait. «J’apprécie beaucoup la culture du travail suisse, la ponctualité, la cohérence et le fort respect que l’on accorde à chaque personne. Cette façon de travailler et d’interagir correspond bien à ma personnalité. De ce point de vue, je me sens parfaitement intégrée et à l’aise en Suisse».

Mais la Suisse, ce n’est pas seulement un travail pour elle. «J’adore la montagne, j’aime y vivre et je suis membre du Club alpin suisse. Je fais également de l’aviron, en amateure, à l’association Aviron romand de Zurich. J’aime aussi les arts martiaux».

Une Suisse sans étrangers?

Avant la visite guidée des espaces d’exposition, nous demandons à Marine ce qu’elle pense de l’initiative de l’UDC et quelles sont ses prévisions en cas d’acceptation par le peuple suisse. «En tant qu’étrangère, je me sens directement touchée par cette initiative, et ce n’est pas la première fois que cela se produit depuis mon arrivée ici. L’UDC veut remettre en question les droits des personnes qui ont un passeport européen, mais ne semble pas reconnaître la contribution importante des étrangers à ce pays, et pas seulement sur le plan économique. Une Suisse sans étrangers, c’est impensable. Historiquement, la société suisse s’est enrichie de la présence étrangère. Les personnes sans passeport suisse ou issues de l’immigration font partie du succès de ce pays, depuis des décennies. L’acceptation de cette initiative serait vraiment une mauvaise chose pour la Suisse».

Marine n’est pas la seule au Technorama à ne pas avoir le passeport à croix blanche. «D’autres étrangers travaillent dans notre centre. Le responsable de l’institution, par exemple, est allemand. Cependant, la majorité des personnes qui travaillent ici sont nées en Suisse. Pour nous, il est fondamental de bien connaître l’allemand, mais aussi de comprendre le suisse allemand. Pendant les séances ou les réunions du personnel, on parle le dialecte. Moi-même, une fois engagée, j’ai suivi des cours et je peux dire que je le comprends bien».

Le personnel est donc majoritairement suisse, mais le Technorama reste une institution internationale. «Les visiteurs étrangers sont nombreux et notre science center collabore avec d’autres institutions au niveau européen et international. Une Suisse ouverte au monde est certainement un avantage pour nous».

Cet article présente les avantages de la libre circulation de manière unilatérale. swissinfo.ch est attaché à une présentation équilibrée des faits. Dans le cadre de notre couverture de l’initiative de limitation, nous publierons donc prochainement une contribution qui montre également les inconvénients de la libre circulation.

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