lundi , 25 mai 2020
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Montcornet: pourquoi Macron célèbre cette défaite du colonel De Gaulle?

FRANCOIS MORI via Getty Images

Emmanuel Macron devant la statue du général De Gaulle le 8 mai à Paris. 

POLITIQUE – C’est une première. Jamais un président de la République en exercice ne s’était rendu dans ce village de l’Aisne, qui plus est pour célébrer cette défaite fondatrice du mythe gaullien: la bataille de Montcornet. Ce dimanche, Emmanuel Macron consacre son premier déplacement hors covid-19 à la commémoration de cette contre-offensive menée par le colonel de Gaulle le 17 mai 1940. 

Selon l’Élysée, il s’agit de rendre hommage à cette “défaite courageuse” survenue dans la débâcle de la Bataille de France, “angle mort de la mémoire militaire française”. Toujours selon l’entourage du président, il sera question de “saluer le chef de guerre visionnaire” et d’honorer “le refus de la résignation et l’esprit de résolution et de résistance” dont a fait preuve le futur chef de la France Libre. Des éléments de langage qui résonnent d’une façon particulière en pleine crise du coronavirus, au cours de laquelle le chef de l’État n’a eu de cesse d’utiliser une rhétorique guerrière, parfois jusqu’à l’excès. 

Faire d’une défaite une victoire

Sur la forme, cette commémoration déroute plus d’un historien. Auprès du HuffPost, et sous couvert d’anonymat, plusieurs chercheurs en lien étroit avec le ministère des Armées expriment leur scepticisme sur l’opportunité de célébrer cette défaite qui, de façon purement factuelle, est un échec sur le plan militaire de même qu’il est admis que les combats de Montcornet ont été instrumentalisés par les services de propagande britanniques pour renforcer la légitimité du général de Gaulle depuis Londres. Un mythe que l’intéressé a lui-même alimenté. “C’est à Montcornet que j’ai forgé mes résolutions”, écrivait le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre.

D’où cette volonté élyséenne de faire de l’événement l’acte de la renaissance française. “L’intérêt de célébrer Montcornet réside dans la place qu’elle occupe dans la construction du mythe gaullien par De Gaulle lui-même”, explique au HuffPost l’historien Frédéric Sallée, auteur de La Mécanique de l’histoire (éd. Cavalier bleu). “Pour De Gaulle -et c’est tout là le sens de la cérémonie de commémoration-, la bataille de Montcornet n’est pas une défaite mais une victoire de la résistance française face à une avancée allemande présentée comme inexorable et immuable face à une armée française inopérante”, poursuit-il. 

Du mythe, au détriment de l’histoire donc, dont la pérennisation n’est pas sans arrière-pensées politiques, notamment dans la crise que traverse le pays. “Le recours à la comparaison historique est souvent utile pour mobiliser les consciences et lui octroyer la solennité de l’instant. Elle permet également de rassurer le contemporain, en faisant socle dans la continuité de l’Histoire, dans le temps long des crises qui ont fragilisé la nation. L’idée de l’exécutif étant de montrer sa perpétuelle maîtrise, y compris dans le rapport au temps”, note encore Frédéric Sallée, percevant également dans cette cérémonie la célébration du “perdant magnifique” qui, depuis Vercingétorix et Alésia, est une constante dans la construction du roman national.  

“Obsession gaullienne”  

Outre le parallèle que l’Élysée semble assumer entre cette défaite et la crise actuelle, cette cérémonie intervenant dans le cycle de commémoration de “l’année De Gaulle” est également une façon pour le chef de l’État de se placer, encore une fois, dans les pas du père de la Ve République. De sa “certaine idée de la France” à l’évocation des “Jours heureux”, le discours du 13 avril d’Emmanuel Macron, adepte du “dépassement”, était truffé de références à cette période historique. Des récurrences qui amusent Diane de Vignemont, une apprentie historienne qui recense sur Twitter tous les “gris-gris gaullistes” du chef de l’État, de la reproduction miniature de la voiture de Charles de Gaulle à l’insertion de la croix de Lorraine dans logo de l’Élysée en passant par une photo privée du général qui ne quitte plus son bureau.

Autant d’éléments révélateurs d’une “obsession gaullienne” qui rejaillit ce dimanche à l’occasion de la célébration du mythe de Montcornet. Pas étonnant dans ces conditions de voir un conseiller du chef de l’État souffler au Monde que le locataire de l’Élysée a récemment fait de l’ouvrage De Gaulle à Matignon son nouveau livre de chevet. “Il y puise l’inspiration sur comment un homme d’État peut se servir d’événements dramatiques pour redresser la nation”, assure cette source. Toute ressemblance avec des événements récents étant ici parfaitement volontaire.   

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