mardi , 22 octobre 2019
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« Notre maison brûle… », Nathalie Kosciusko-Morizet raconte la genèse du discours

Philippe Wojazer / Reuters

Nathalie Kosciusko-Morizet a commencé très tôt à parler d’écologie avec Jacques Chirac, chez qui elle raconte avoir vu se développer un véritable attrait pour cette question. 

POLITIQUE – “Reprise abondamment, dénoncée parfois.” Depuis le mois de septembre 2002, la phrase de Jacques Chirac sur la “maison” de l’Humanité qui “brûle” pendant que les hommes préfèrent détourner le regard est entrée dans le langage courant. Dans l’Histoire politique aussi. 

Au moment où celui qui fut -en plus d’avoir occupé la quasi-totalité des plus hauts postes de l’État français- président de la République pendant douze ans vient de s’éteindre, certains rapprochent même ce cri d’alarme de la parole d’une activiste actuelle comme Greta Thunberg. Il faut bien reconnaître que Jacques Chirac avait alors un discours précurseur et qu’il n’avait pas besoin de feindre son intérêt pour l’écologie au moment où la question ne figurait pas en tête des priorités des grands de ce monde.

Comme le raconte en effet Nathalie Kosciusko-Morizet dans le JDD ce 29 septembre, au moment où l’ancien maire de Paris prononça sa phrase restée célèbre, cela faisait déjà quelques temps qu’il était au fait de cette préoccupation. “Ma première discussion avec lui sur l’écologie remonte à 2000”, écrit ainsi NKM dans le Journal du Dimanche

″Écologie” plutôt qu’environnement

“Il voulait dépasser les politiques environnementales segmentées, avec une loi sur l’eau, une autre sur l’air, une autre encore sur les déchets”, poursuit celle qui a conseillé le président Chirac à l’Elysée. “Il cherchait déjà son angle.” À l’époque, la jeune femme qui deviendra des années plus tard ministre de l’Écologie sous Sarkozy sent déjà poindre le concept “d’écologie humaniste” qui commence à se développer chez Jacques Chirac, la future Charte de l’Environnement qui sera intégrée à la Constitution aussi. 

Et elle note une différence majeure entre Jacques Chirac et le reste de sa famille politique: quand ses proches trouvent “trop vert” le terme d’écologie et lui préfèrent celui d’environnement, “Chichi”, lui, y tient tout particulièrement. “Il a tenu bon, évoquant justement l’image de la maison, soulignant que si l’environnement était extérieur, séparé, le terme ‘écologie’ disait la proximité et l’interdépendance.” 

Par ailleurs, au moment où Jacques Chirac prononce la fameuse phrase, le contexte est tout sauf anodin. Il se trouve à Johannesbourg, en Afrique du Sud, un pays d’autant plus spécial qu’il est proche de l’emblématique président Nelson Mandela. Il voyage en outre avec ses proches Nicolas Hulot et Denis Tillinac, dans un déplacement empli d’émotion et d’enthousiasme, durant lequel on discutera vite de premières mesures écologiques, à commencer par une taxe sur les billets d’avion.

“Contre son parti”, “contre son entourage”

Par la suite, raconte encore Nathalie Kosciusko-Morizet, Jacques Chirac emploiera la même même méthode et la même sensibilité pour d’autres sujets comme la lutte contre le paludisme, la tuberculose et bien évidemment le sida. “C’est un fil que Jacques Chirac a déroulé tout au long du quinquennat, avec constance, largement contre son parti et même contre son propre entourage à l’Élysée.” 

Pour elle, ce n’est “pas par hasard que le président, ce jour-là, a trouvé les mots et le ton justes”, c’est justement parce qu’il avait besoin “d’ouvrir les cœurs et les oreilles”, alors même que personne ne l’imaginait en défenseur de la Terre. “Les hommes ne sont pas des fétus de paille ballottés au vent de la mondialisation. Ils plongent leurs racines dans des cultures et des environnements qui les nourrissent. Ils ont besoin des premières et des secondes. Les négliger, c’est appauvrir l’Humanité et menacer sa survie”, conclut NKM. “Il l’avait pressenti. Et à Johannesburg, tout au bout de l’Afrique, dans la force propre à ce pays, à son Histoire et à ses hommes, cela avait des accents d’évidence.”  




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