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Nous sommes d’accord avec l’UE sur un point: il faut sortir de ce cul-de-sac

ONG, journalistes ou observateurs, nous sommes témoins de cette crise de solidarité, fruit d’une politique d’entrave délibérée au droit d’asile et de négation de la dignité humaine.

Ce contenu a été publié le 25 septembre 2020 – 10:12

Christine Jamet, directrice des opérations de MSF à Genève

Les incendies qui se sont déclarés ces deux dernières semaines sur les îles de Lesbos et Samos nous ont rappelé de manière effroyable les conséquences de politiques européennes aussi inadéquates sur le plan logistique qu’humainement défaillantes. Incapables de tirer les conclusions d’un passé récent pourtant riche en enseignements, les autorités grecques et européennes ont aveuglément poursuivi leur entreprise de criminalisation des migrants, présumés coupables de leur propre survie.

Christine Jamet. Sébastien Agnetti/13photo

Depuis quatre ans, le paradis de Lesbos face à l’enfer de Moria

A travers nos activités médicales, nous sommes présents dans les camps de réfugiés du monde entier, parfois situés dans des régions éloignées et presque inaccessibles à l’aide humanitaire. Pourtant, nous pouvons sans aucun doute témoigner que les conditions de vie dans ces îles grecques sont parmi les pires au monde. Quel dommage que ces migrants ne soient pas les touristes auxquels les charmes des îles grecques sont vendus comme irrésistibles alors que, depuis quatre ans, la carte postale paradisiaque de Lesbos a laissé place à l’enfer de Moria.

En 2016, le tristement célèbre accord UE-Turquie a institutionnalisé le renvoi de réfugiés en Turquie, tout en maintenant délibérément des conditions de vie dégradantes et insalubres dans les « points chauds » des îles grecques comme Samos et Lesbos afin de dissuader davantage de personnes de chercher refuge en Europe.

Aujourd’hui, avec l’UE, nous sommes fondamentalement d’accord sur un point: il faut mettre un terme à cette situation. L’annonce d’un nouveau pacte européen sur les migrations ce 23 septembre 2020 en offre une occasion rare. Ce «nouveau départ» promis par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pourrait être l’occasion de faire table rase de cinq années de mesures de confinement systématique et de se projeter sur une solution durable et humaine.

Une nouvelle politique migratoire, A quoi cela pourrait-il ressembler?

Pour commencer, l’acte fondateur de ce nouveau départ appelle un pacte de solidarité globale qui s’étendrait par-delà les frontières de l’Europe, englobant les pays de destination ainsi que les pays de transit et d’origine. Concrètement, cela consisterait à enterrer les politiques de «dissuasion» en développant des voies sûres et légales de demande d’asile.

Ensuite, dans l’attente de l’octroi d’un statut, à la mise en œuvre d’un dispositif fondé sur l’accueil et non sur la détention. Cela impliquerait de voir les migrants avant tout comme des victimes alors qu’aujourd’hui ils semblent être davantage considérés comme des délinquants ou des criminels.

Enfin, à une attention renouvelée à l’intégration, donnant la priorité au soutien économique et social aux migrants, quel que soit leur statut, afin d’offrir un minimum de perspectives à des êtres humains enclavés entre un passé détruit et un avenir suspendu. 

Tant que cela ne sera pas fait à l’échelle européenne et au-delà, nous continuerons à contempler, incrédules, les Aylan s’échouer sur les plages, les Oscar et Valéria flotter sur les rives, et les Moria s’embraser.

Le point de vue exprimé dans cette tribune est celui de son auteure, et ne reflète pas obligatoirement la position de swissinfo.ch


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