mardi , 11 août 2020
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Photos artistiques: reflet scintillant d’une pandémie

©antoine D’ Agata / Magnum Photos


Ghania Adamo

À Genève, le Musée international de la Croix-Rouge propose une exposition de photos réalisées durant la crise sanitaire par la prestigieuse agence Magnum et par des internautes de tous pays, invités à s’exprimer sur le site internet du musée. Les multiples témoignages et clichés recueillis rejoindront la collection permanente de l’institution genevoise. Histoire de constituer «une mémoire collective de cette période de crise».

La préoccupation mondiale face à la crise sanitaire passe aussi par les photos. Une centaine est à voir d’ici janvier prochain au Musée international de la Croix-Rouge (MICR), à Genève. Elles sont le produit de la prestigieuse agence Magnum et des internautes de tous horizons, invités à poster sur le site du musée leurs photos et commentaires ayant trait à la crise. Cela donne une exposition au titre bien ciblé: «Covid-19 et Nous par Magnum photos et Vous».

Une ambiguïté à lever d’entrée de jeu: l’exposition ne se veut pas seulement le reflet d’une inquiétude mondiale, elle dit également la capacité des humains à se soustraire au mal de la pandémie grâce à la pratique du sport, au jardinage, aux concerts, danses et apéritifs numériques… Bref, grâce aux activités entreprises durant le confinement, en Suisse, en Europe, en Amérique. L’idée de l’exposition est née lors d’une rencontre à New-York entre la directrice culturelle de Magnum Photos et Pascal Hufschmid. «Je lui ai fait part de mon envie d’apporter une plus-value à l’effort collectif fourni par nos citoyens durant la crise; elle était partante», explique le directeur du MICR.

Deux expositions et un film

Le projet a donc vu le jour à la mi-mai et se déploie en trois phases. D’abord, une exposition numérique des photos de Magnum et d’internautes à découvrir sur le site internet du MICR. Ensuite, les tirages de ces mêmes photos qui rejoindront les cimaises du musée vers le début du mois de juillet. Enfin, un film qui sortira en septembre, coproduit par le MICR et Magnum. «Il comprendra, entre autres, les témoignages et photos de nos visiteurs et internautes, recueillis sur notre site. Nous entendons ainsi constituer une mémoire collective de cette période de crise, qui entrera plus tard dans nos collections», confie Pascal Hufschmid.

Afin d’éclairer le regard du lecteur, nous avons choisi cinq photos: deux de Magnum et trois réalisées par des internautes.

Des armées de scientifiques mobilisées dans le monde ne parviennent pas à neutraliser le coronavirus. Le commun des mortels s’inquiète. C’est qu’une bulle mystérieuse entoure ce micro-organisme pernicieux, créant une atmosphère de conjuration qu’Alex Majoli laisse entrevoir dans une image saisissante. En noir et blanc, s’y produit une équipe de médecins de l’hôpital Cannizzaro, à Catane. Autant dire une brigade policière qui cherche à contrer les actions terrorisantes de ce criminel de Covid. Un polar des années 50 ne réussirait pas mieux la pose. ©alex Majoli / Magnum Photos
Dans la rue, sur un trottoir, aux abords d’un lac, au milieu d’un parc public… on les voit de plus en plus ces gants de protection contre le virus, devenus des gants de pollution. Des associations pour la sauvegarde de l’environnement lancent des appels, alertant l’opinion publique sur ce phénomène. Antoine d’Agata dénonce lui aussi l’incivisme des populations. Ses quarante-neuf mains en plastique creusent l’écart entre l’homme et sa planète. ©antoine D’ Agata / Magnum Photos
Voici le vieux Milan sous couvre-feu. S’offre au regard la façade d’un immeuble populaire, avec ses balustrades encombrées de linge et de tapis. On pense fatalement au décor d’Une journée particulière, le film chef-d’œuvre d’Ettore Scola (sorti en 1977) qui évoque la rencontre entre Hitler et Mussolini à Rome, en 1938. Autre époque, autre épidémie. Le virus s’appelait alors fascisme. © Camilla Piana, Milan, Italie
La Grande Pomme confinée! Une rue silencieuse de la mégapole américaine trouve sa propre musique à travers le personnage d’un violoniste masqué, qui joue dos à un mur de briques et de portes. Que fait auprès de lui cette passante? Vient-elle poser des sous dans l’étui du violon? Peu importe la réponse. Ce qui accroche le regard, c’est le décor: verticalité et horizontalité dessinent ici une géométrie urbaine tirée au cordeau. On dirait une toile d’Edward Hopper. © Valérie de Graffenried, New York, USA
Trois hommes dans la campagne bâloise. Ils pique-niquent et composent une petite communauté qui se fiche de la distanciation sociale. Peut-on vivre isolé? Non. Nous sommes cet arbre aux multiples branchages, que l’on voit à l’arrière-plan, irrémédiablement liés les uns aux autres. © Roland Schmid, Bâle, Suisse

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