lundi , 21 octobre 2019
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Placido Domingo ovationné en Europe, lâché aux États-Unis


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Entre l’Europe et les États-Unis, la différence de traitement réservé au ténor espagnol Placido Domingo, accusé de harcèlement sexuel, met en lumière deux approches radicalement opposées du mouvement #MeToo par rapport au monde de la culture.

Ovationné en Europe, représentations annulées aux États-Unis. Les accusations de harcèlement sexuel contre le célèbre ténor espagnol Placido Domingo soulignent les divergences transatlantiques s’agissant de l’accueil fait aux personnalités du monde de la culture mises en cause dans des scandales.

À 78 ans, celui qui doit se produire à Szeged (Hongrie) mercredi 28 août, a été accusé par plusieurs femmes de gestes déplacés et de baisers forcés remontant à plusieurs années. Pour sa première prestation scénique depuis la publication des accusations, il a été ovationné au festival de Salzbourg (Autriche), dimanche.

Aux États-Unis, le traitement qui lui est réservé est tout autre. L’Orchestre de Philadelphie et l’Opéra de San Francisco ont annulé ses spectacles dès l’instant où les accusations ont été rendues publiques, alors qu’en Europe, les compagnies ont préféré attendre, certaines lui affichant même leur soutien.

Quand plusieurs artistes américains condamnaient publiquement les actes présumés, des chanteurs européens, eux, prenaient sa défense, à l’instar de la mezzo-soprano Maria Jose Suarez, qui a ainsi dit avoir vu des femmes « lui courir après ».

« Ce que j’ai vu, c’est quelqu’un de bon, qui est un homme qui aime les femmes, tout comme j’aime les hommes, et ce n’est pas un problème », a-t-elle déclaré à une radio espagnole.

Cette divergence dans les réactions ravive le débat de longue date sur la manière dont la société devrait ou non continuer de célébrer l’œuvre d’individus accusés d’actes répréhensibles.

« Horrible »

Le cinéaste Roman Polanski est sûrement la personnalité du monde de la culture la plus connue à avoir été accueillie en Europe bien qu’il ait été reconnu coupable du viol d’une adolescente aux États-Unis (qui continuent à demander son extradition depuis qu’il a fui vers la France en 1978). Celui-ci doit maintenant présenter son dernier film à la Mostra de Venise, mais n’a toujours pas de distributeur américain.

Pour Audrey Clinet, cofondatrice de la compagnie EROIN, qui soutient les réalisatrices débutantes, le fait que de telles personnalités continuent d’être célébrées est « tout simplement horrible ». En France, ajoute-t-elle, ces personnalités « publient toujours des livres, sont toujours invitées sur les plateaux télé ». « C’est fou de voir ça, tout le monde sait quel genre de personnes ils sont (…) Pourquoi travaillent-ils toujours ? »

Outre-Atlantique, le dernier film de Woody Allen a été lâché par Amazon, après que les accusations d’abus sexuels sur sa fille adoptive Dylan Farrow – qu’il nie – ont de nouveau fait l’objet d’une large couverture médiatique. Le long métrage pourrait ne jamais être projeté aux États-Unis alors qu’il a déjà commencé à sortir en Europe.              

Sensibilité européenne

Pendant des dizaines d’années, le cliché du « puritanisme » américain a été brandi par les défenseurs d’hommes puissants accusés d’abus sexuels. Un argument qui a refait surface suite au lancement du mouvement #MeToo en 2017, déclenché par l’affaire Harvey Weinstein. C’est suivant cette ligne que Catherine Deneuve a signé, avec une centaine de femmes, une tribune défendant la « liberté d’importuner » pour les hommes, l’estimant « indispensable à la liberté sexuelle ».

L’actrice américaine Anjelica Huston, qui a joué dans plusieurs films de Woody Allen et se trouvait à la soirée au cours de laquelle le crime de Polanski s’est produit en 1977, affirme que c’est ainsi que les choses se passaient à l’époque.

« C’est une histoire qui aurait pu arriver dix ans auparavant en Angleterre ou en France ou en Italie ou au Portugal, et personne n’en aurait entendu parler. Et c’est comme ça que ces types aiment passer leur temps », a déclaré l’actrice, aujourd’hui âgée de 68 ans, au magazine New York.

« Il y avait tout ce mouvement playboy en France quand j’étais jeune fille », a-t-elle ajouté. « C’était de rigueur pour la plupart de ces types comme Roman qui ont grandi avec la sensibilité européenne ».

Aujourd’hui, Audrey Clinet s’inquiète d’une lassitude face aux scandales, mais reste optimiste pour l’avenir, dit-elle, parce que les jeunes des deux côtés de l’Atlantique grandissent « avec une nouvelle éducation » concernant les questions d’égalité entre les sexes.

Avec AFP


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