samedi , 11 juillet 2020
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Pour l’université numérique! | Le Huffington Post LIFE

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR – Depuis quelques semaines, la question de l’entrée des universités dans l’ère du numérique agite la communauté des universitaires.

D’aucuns se plaignent de ce qu’on profiterait de la crise sanitaire pour pousser en la matière le bouchon un peu plus loin, et même un peu trop loin. À leurs yeux, sous couvert de mesures prises pour la santé des usagers et du personnel, le Ministère envisagerait ce qui n’était qu’au stade de projet embryonnaire et lointain hier et qui serait possible et imaginable de réaliser dès aujourd’hui: un enseignement hybride, une formation essentiellement à distance (qui n’exclut pas le présentiel, mais de préférence à faible dose), une université dite numérique.

Une aberration pour certains.

L’avenir à portée de mains (et de claviers) pour d’autres.

Pourquoi trembler devant cette université numérique qui semble apporter tant d’avantages et qui, de toute façon, finira bien par arriver un jour ou l’autre? N’est-il pas temps de prendre les devants et de mettre en place cette révolution numérique de l’enseignement supérieur?

Trois arguments au minimum peuvent être avancés pour favoriser cette avancée du cyberenseignement.

Une université démocratique

Ne pourrait-on pas y voir (enfin) une université ouverte réellement à tous? L’université d’aujourd’hui a beau essayer de trouver des pis-aller, cela ne change rien: celui ou celle qui veut faire des études supérieures, mais qui habite un lieu éloigné d’une université est obligé(e) de débourser des sommes conséquentes. Pour trouver à se loger sur place, d’abord. Et évidemment, la plupart des grandes villes qui abritent les universités françaises ne sont pas réputées pour être les moins chères du pays. Pour pouvoir manger, ensuite, et plus généralement pour subvenir à ses besoins pendant les années de formations. L’étudiant(e) ne gagnerait-il pas à pouvoir rester chez lui/elle? Un abonnement internet et un ordinateur lui suffiraient pour pouvoir étudier, hormis quelques déplacements sporadiques.

Pas de dépense inutile, juste des dépenses nécessaires.

Une université écologique

Dans une autre hypothèse, l’étudiant(e) qui ne réside ni trop près ni trop loin d’une université est dans l’obligation, pour s’y rendre, d’utiliser les transports, qu’ils soient individuels ou collectifs, peu importe. Or, l’université numérique supprime cette obligation. Et voilà que d’un seul et unique coup, le porte-monnaie, bien souvent léger, de l’étudiant(e) se trouve épargné en même temps que les sources de pollution de la planète sont allégées. C’est du gagnant-gagnant. Sans compter le gain de temps; se déplacer moins pour travailler plus. Que la règle devienne que les étudiants ne suivent plus, en principe, les cours en présentiel et voilà que l’université se trouve aussi déchargée de frais de chauffage, de climatisation, et tout simplement de lourdes charges de fonctionnement. Tout le monde s’y retrouve donc…

Une université en phase la jeunesse et plus interactive

Les détracteurs de l’université numérique se justifient en indiquant qu’il faut un contact avec les étudiants pour s’assurer qu’on ne les perd pas. C’est vrai. Mais que le contact soit direct ou virtuel change peu de choses: dans tous les cas, des étudiants se désisteront d’eux-mêmes, surtout pour les promotions très fournies des premières années. Dans cette perspective, l’université numérique sera plus à même d’identifier ceux qui auraient besoin d’un soutien supplémentaire, voire d’une réorientation à très brève échéance, faisant gagner un temps précieux à l’étudiant(e) éventuellement paumé(e), l’échange qui s’ensuivrait avec un responsable pédagogique permettant de déterminer ses besoins et ses aspirations. Une université plus réactive.

Allons plus loin en ce qui concerne, cette fois, les irréductibles étudiants inscrits dans une formation qu’ils comptent achever à raison du minimum requis pour l’obtention de leurs diplômes, comprenez, trois ans pour la licence, deux ans pour le master, etc. Les adversaires du cyberenseignement s’inquiètent de ne plus parvenir à interagir avec les différentes promotions. Cette crainte est infondée, car l’outil numérique permet d’interagir encore mieux qu’en présentiel. L’éventail des possibilités pédagogiques s’étoffe. L’amphithéâtre ou la classe virtuels permettent en effet un potentiel d’interactions qui n’existent pas en condition présentielle, en raison de locaux sous-équipés en technologie. L’université numérique booste les virtualités d’échanges entre l’enseignant et l’étudiant. Le fond du cours s’enrichit nécessairement. Pourquoi s’en priver?

C’est un fait, et il va falloir s’y faire.

Aucune raison sérieuse ne s’oppose à l’université numérique

Toutes les démarches sont facilitées. Les jeunes eux-mêmes sont nés dans ce monde numérique qui ne ressemble guère à celui dans lequel “les plus vieux qu’eux” ont grandi. C’est à nous, leurs aînés, de faire la démarche de les comprendre. Or, les jeunes maîtrisent ce mo (n) de numérique auquel ils sont connectés toute la journée. L’enseignement supérieur doit suivre cette voie du progrès en balayant les réticences fondées largement sur la peur.

Alors oui, bien sûr, cela demandera à la plupart des professeurs de revoir leurs manières de dispenser leurs enseignements. C’est probablement le problème structurel majeur. Et contrairement à ce qu’excipent les opposants à cette réforme, cela exigera en outre un temps de travail supplémentaire (qui devra naturellement être pris en compte). Mais avec des résultats probablement inespérés: une université connectée à une jeunesse elle-même connectée. En phase avec la société.

Cette évolution est en route: l’université numérique se fera. Et si ce n’est pas pour aujourd’hui, ce sera pour demain. Nul doute que la communauté universitaire a cette capacité à relever ce défi dont l’horizon s’avère déjà prometteur pour tous. Alors, autant “entrer” tout de suite dans une pédagogie innovante!




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