mercredi , 23 octobre 2019
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Pourquoi les leaders ont besoin de raconter des histoires pour fédérer

Pensez aux grands leaders qui ont traversé les siècles, qu’ils soient hommes et femmes politiques, défenseurs des droits sociaux ou dirigeants d’entreprise. De nombreux noms doivent immédiatement vous venir en tête: Jésus, Obama, Martin Luther King, Gandhi, Napoléon, Steve Jobs, Alexandria Ocasio-Cortez, Greta Thunberg, De Gaulle… Bien sûr, tous n’ont pas la même place dans l’Histoire et au-delà du débat qui consisterait à savoir si vous êtes en accord avec leur pensée ou non, force est de constater qu’ils sont tous parvenus à réaliser une prouesse, celle de fédérer des individus derrière une vision commune pour le meilleur mais parfois également pour le pire. Il suffit d’évoquer le nom d’Hitler pour s’en convaincre.

Pour parvenir à donner naissance à ces communautés, ils ont eu recours à la “colle sociale” la plus puissante: les histoires. Dans Sapiens, l’historien Harari souligne parfaitement comment ces dernières ont permis au genre Sapiens de s’imposer parmi l’espèce Homo en lui conférant des capacités uniques d’association et de collaboration à grande échelle. Car en tant qu’animal social, les récits sont ainsi notre plus petit dénominateur commun c’est-à-dire le seul moyen de faire communion sur le long terme. Mais pour comprendre cette spécificité, il est nécessaire de s’intéresser à une figure essentielle, celle du leader qui se révèle toujours comme le conteur d’histoires en chef.

En 2017, des chercheurs du University College de Londres ont étudié le peuple Aeta, un peuple philippin de chasseurs-cueilleurs. Ils avaient pour objectif de déterminer quels critères les membres du groupe mobilisaient pour reconnaître leurs leaders. Ils ont ainsi demandé à 300 Aeta de désigner les cinq personnes qui étaient les plus compétentes dans des activités vitales pour la survie de la société comme la pêche ou la chasse. Mais en observant la place centrale des récits dans cette communauté, ils ont décidé d’ajouter à leur questionnaire la capacité à raconter des histoires. Et, en effet, les conteurs d’histoires avaient deux fois plus de chance de figurer parmi les personnes choisies! Ces résultats ont été à nouveau confirmés dans de nombreuses autres sociétés à travers le monde et montrent bel et bien que le conteur d’histoires jouit d’un pouvoir unique dans tout groupe humain.

Mais alors pourquoi les leaders ont-ils tant besoin d’histoires pour fédérer?

L’histoire permet d’établir une vision et un objectif commun à atteindre

Pour fédérer il est d’abord nécessaire d’établir une vision de long terme, souvent enthousiasmante, avec des objectifs communs à atteindre. Ces derniers motivent et favorisent le passage à l’action pour relever les défis qui se dressent devant nous. Dans son combat pour l’égalité, Martin Luther King fixait ainsi pour horizon ultime l’existence d’une société où il n’y aurait plus de discriminations raciales. Dans le monde de l’entreprise, Steve Jobs rassemblait autour de l’idée de créer et offrir à ses clients des produits au design irréprochable et facile à utiliser. Hitler, lui aussi et tragiquement, parvint à fédérer autour de sa volonté d’imposer la supériorité de la race aryenne. Par la description d’un avenir meilleur, le récit permet aux audiences de se projeter et pour le leader d’agir comme un guide.

L’histoire doit avoir une raison d’être puissante

Mais pour que le récit agisse comme une véritable “colle sociale”, il doit faire écho à des valeurs profondes partagées par les audiences visées. Comme l’affirme Simon Sinek dans son ouvrage Start with why: “Les gens n’achètent pas ce que vous faites, mais pourquoi vous le faites”. Autrement dit, les leaders doivent communiquer des histoires qui mettent en lumière les raisons auxquelles ils croient et pour lesquelles leurs interlocuteurs sont invités à s’engager. Les grandes religions monothéistes, constituées de nombreux mythes et paraboles, s’incarnent ainsi dans des leaders qui tracent un chemin vers le bonheur, la paix ou encore la sérénité. De la même façon, les hommes et les femmes politiques, de tout temps, essaient de concevoir un récit comme une voie d’accès à des valeurs cardinales: l’égalité, la liberté, la fraternité, la sécurité, l’ordre… Mais attention, il s’agit là d’un exercice difficile car si l’audience soupçonne que les raisons sous-jacentes au récit ne sont pas authentiques et justes, elle se détournera immédiatement du conteur d’histoires qu’elle considérera dès lors comme un simple manipulateur.

L’histoire doit toujours faire appel à la raison et aux émotions

Notre attachement à un groupe ne peut se résumer qu’à un froid calcul rationnel, purement factuel. Le lien d’appartenance est chargé d’émotions et de relations affectives. Or, les excellents récits partagent toujours une connaissance sur le monde qui nous entoure tout en véhiculant des émotions fortes. Par exemple, toute histoire repose sur un la figure du héros. Le chercheur Paul Zak montre ainsi que ce dernier permet à l’audience d’entrer en empathie avec lui et ainsi de ressentir, par procuration, ses émotions. L’empathie éprouvée entraîne alors la sécrétion d’ocytocine, une molécule liée au sentiment de confiance envers autrui. Autrement dit, les récits provoquent des réactions biologiques qui favorisent la constitution de groupes soudés. En outre, grâce aux émotions, les leaders créent de la passion pour les idées partagées et pas simplement une adhésion de raison (bien que celle-ci soit également nécessaire).

La mission première d’un leader est ainsi de fédérer autour d’une vision. Or, pour y parvenir, les histoires demeurent, et cela depuis des millénaires, le moyen le plus efficace. Elles permettent de partager une vision galvanisante à travers des objectifs ambitieux à atteindre, de souligner les raisons profondes qui poussent à passer à l’action et de développer un lien à la fois rationnel et émotionnel au réel.

 

 

 

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