dimanche , 27 septembre 2020
Accueil » Actualité » Que devient la vraie grotte de Lascaux aujourd’hui?

Que devient la vraie grotte de Lascaux aujourd’hui?

AP Photo/Pierre Andrieu, Pool

La grotte de Lascaux compte aujourd’hui parmi l’un les monuments les plus visités de France. (AP Photo/Pierre Andrieu, Pool)

PRÉHISTOIRE – La grotte de Lascaux compte aujourd’hui parmi les monuments les plus visités de France. Révélée en 1940 par quatre adolescents, elle fête ce samedi 12 septembre les 80 ans de sa découverte. Personne n’y entre si ce n’est, très rarement, des agents de conservation, des restaurateurs et des microbiologistes. “Nous avons tout fait à l’envers à Lascaux”, déplore Muriel Mauriac, de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Nouvelle-Aquitaine, conservatrice du site depuis 2009.

Le site est ouvert au public en 1948, lors de son inauguration officielle. Pour cela, de grands travaux sont entrepris: modification de l’entrée, creusement de l’éboulis, installation d’une machine à traiter l’air. Résultat: plus de 1800 visiteurs entrent chaque jour dans la grotte. Jusqu’à une première crise en 1955. Les scientifiques comprennent alors que le CO2 et l’humidité rejetés par les touristes mettent en péril les parois et les peintures du site. En 1963, la grotte est fermée au public sur décision du ministre d’État chargé des affaires culturelles André Malraux.

Tout alors a été mis en oeuvre pour enrayer les dégâts et rééquilibrer l’écosystème. À partir de 1983, les touristes curieux devaient se contenter de Lascaux 2, puis de Lascaux 4, ouvert en 2016  (le III est une exposition itinérante). Fac-similés de toutes les parties ornées de la grotte de Lascaux, salle des taureaux, diverticule axial, passage, puits… Ces centres visent avant tout à éloigner définitivement le public du fragile Lascaux 1 et de ses alentours. 

Lascaux 4 est-il l’avenir du tourisme du tourisme archéologique?

Sanctuariser la grotte 

“Nous nous devons de conserver Lascaux 1 pour la transmettre, d’une part, et pour continuer d’enrichir notre connaissance de la grotte”, explique Muriel Mauriac. Dans les années 2000, deux épisodes de prolifération microbiologiques ont d’ailleurs donné lieu à la création d’un conseil scientifique, en 2010, pour veiller à sa conservation. En juillet 2001, des moisissures blanches ont surgi sur le sol de la grotte, tandis qu’en 2006, des taches noires ont atteint les peintures. Un traitement au biocide a permis de faire disparaître les premières moisissures, mais une série de recherches sont encore en cours pour percer le mystère de l’apparition des tâches noires, liées à un champignon.

Si ces dernières n’ont pas disparu aujourd’hui, la forte réduction du temps de présence humaine a permis à Lascaux de “retrouver une stabilité qu’elle n’avait jamais connu avant”, d’après la conservatrice.  Et pour cause, “pour veiller à la bonne conservation de la grotte, il faut que le différentiel entre la température de l’air de la grotte et celle de la roche soit quasiment infime. Toute présence humaine libère de la chaleur et rompt cet équilibre fragile”, poursuit-elle.

Des travaux sont également menés aux alentours de la grotte, en vue de sa sanctuarisation. L’État s’est employé, au fil des années, à racheter des terrains autour pour maîtriser le ruissellement des eaux et les pollutions dévastatrices. Une route qui passait à proximité a été fermée à la circulation, le parking tout proche de Lascaux 2 bloqué, et les mares avoisinantes asséchées. “Il faut agir sur toutes les composantes de la grotte, explique Muriel Mauriac, et pas seulement sur les parois”. 

180 heures de visites en 2019

Surveiller l’évolution de l’écosystème sans perturber l’équilibre interne de la grotte, c’est également l’objectif de l’installation des quelque 200 capteurs, reliés à un superviseur, qui libèrent des données sur les températures de la grotte toutes les minutes. Des installations qui nécessitent toutefois maintenance et remplacement. Des agents de conservation chargés du suivi des parois et de ces installations font donc partie des rares personnes à descendre dans la grotte.

À ces inspections s’ajoutent celles d’une équipe de restaurateurs-conservateurs qui s’occupent, eux, du suivi des parois et des peintures. Ils entrent par roulement de deux. Au total en 2019, le nombre d’heures de visites s’est élevé à 180. Et la conservatrice de se réjouir: “En 2020, comme la grotte s’est retrouvée confinée avec nous, les fluctuations ont été réduites et la grotte en a bénéficié. Nous sommes retournés à un équilibre quasiment parfait.”

En parallèle, les équipes de chercheurs enrichissent notre connaissance de l’écosystème de la grotte. Le projet MicroPaGO, coordonné par Delphine Lacanette (I2M Bordeaux), vise notamment à comprendre ce que serait le climat de la grotte à l’époque paléolithique si elle n’avait pas été remaniée. “Grâce à ces travaux, se réjouit Muriel Mauriac, nous avons mieux compris le fonctionnement de la grotte du point de vue de son climat. Nous nous sommes notamment rendu compte qu’il y avait des périodes plus ou moins favorables à ce qu’on y entre. Périodes qui varient, d’une année sur l’autre”. 

MEHDI FEDOUACH / AFP

Le fac-similé de Lascaux 4 est ouvert en 2016 à Montignac-Lascaux. 

L’objectif à terme de Delphine Lacanette et de son équipe est de restituer en 3D l’état de la grotte à l’époque paléolithique. “Je m’appuie sur les données des centaines de capteurs installés dans la grotte pour connaître les températures et les niveaux de CO2. Je croise ces données avec les relevés laser obtenus entre 2012 et 2014 par les géomètres pour récupérer la morphologie de Lascaux et modéliser en 3D, ce qu’aurait été la grotte sans intervention humaine”, explique-t-elle. Dans le cadre du projet, l’équipe s’est également rendue une seule fois à Lascaux 4, pour compléter les archives obtenues grâce aux relevés laser. 

“Un Lascaux 5, comme un Lascaux 4 enrichi”

Quant aux objets archéologiques qui étaient dans la grotte, ils ont été exfiltrés, pour une partie d’entre eux, entre les années 1940 et 1950 et font également l’objet d’études. Le projet LascO (contextualisation des sols paléolithiques de la cavité) vise notamment à préciser la chronologie de Lascaux. Il est financé, en outre, par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), et dirigé par Mathieu Langlais et Sylvain Ducasse, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). “C’est un projet essentiel, parce qu’il réévalue la connaissance archéologique de la grotte que nous avons”, se félicite la conservatrice Muriel Mauriac. Les travaux sont menés sur les collections d’objets conservés dans différentes institutions, au Musée national de la préhistoire ou à l’Institution de paléontologie humaine à Paris notamment. C’est embarrassant pour nous parce que nous ne pouvons par réunir toutes les collections”, s’agace Sylvain Ducasse.

Sauvés pour une partie par l’abbé Glory dans les années 1950, les objets archéologiques ont, pour beaucoup, été détruits lors de l’aménagement de la grotte en 1940. Un drame, pour Sylvain Ducasse: “On ne travaille qu’avec environ 10% de ce qu’il y avait initialement sur les sols, et nous avons aujourd’hui environ 700 objets avec lesquels travailler. Cela signifie des parures, de la faune, des outils en silex, des ossements d’animaux manipulés, des coquillages…”

Il n’empêche que les deux chercheurs sont parvenus à des conclusions qui devraient jeter une lumière particulière sur notre connaissance de Lascaux. “Nous avons daté des ossements de rennes issus de zones différentes de la grotte pour connaître la date de l’occupation de la grotte. Et nous avons compris que des chasseurs-cueilleurs ont vraisemblablement occupé la grotte il y a 21 000 ans, c’est à dire 2000 années de plus récent que ce que l’on pensait. Nous avons tendance à rapprocher Lascaux de la phase culturelle du solutréen, en -24 000, mais ce que nous avons trouvé nous fait beaucoup douter de cette attribution”, explique Sylvain Ducasse. À terme, Mathieu Langlais et Sylvain Ducasse souhaiteraient mettre au jour un Lascaux 5. “Ce serait comme Lascaux 4, mais enrichi de ce que l’on a découvert”, conclut Sylvain Ducasse.

 À voir également sur Le HuffPost : Des spéléologues israéliens découvrent la plus longue grotte de sel au monde 


Première apparition