dimanche , 26 janvier 2020
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Retraites: le retrait provisoire de l’âge-pivot peut-il éteindre la contestation?

AFP

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, à Paris, lors de la manifestation contre les retraites, le 11 janvier 2020.

POLITIQUE – Il l’a fait. Après plusieurs semaines d’inflexibilité, le Premier ministre Édouard Philippe a retiré -au moins provisoirement- du projet de loi sur les retraites le très controversé âge pivot, le temps de laisser une chance à la conférence de financement souhaitée par les syndicats réformistes de proposer des solutions alternatives jusqu’au mois d’avril.

Laurent Berger, qui avait fait dès le 5 décembre de ce point de la réforme une “ligne rouge”, s’en est félicité. “Une victoire pour la CFDT”, a-t-il écrit sur Twitter à peine l’annonce du Premier ministre connue. Pas sûr que les autres syndicats réunis en intersyndicale qui se battent pour “le retrait” intégral du texte aient apprécié. “Tout le monde rigole, y compris le gouvernement, il aurait pu être plus modeste…”, confie l’un d’entre eux, sous couvert d’anonymat.

“Mesure d’apaisement”

“Cette annonce est une vraie mesure apaisement”, se félicite, auprès du 4Suisse, Laurent Escure, le secrétaire général de l’Unsa qui réclamait ce retrait. Le responsable syndical ne souhaite pas se prononcer sur la possibilité d’une continuité du mouvement de grèves, mais il assure que “cette annonce va sans doute contribuer à apaiser, car une grande partie de l’émoi dans l’opinion publique c’était l’âge pivot”.

En effet, 66% des Français étaient opposés à cette mesure paramétrique destinée à rendre le système équilibré, selon notre dernière enquête exclusive YouGov. Le gouvernement s’est donc résolu à adresser également un signal à l’opinion publique, pariant sans doute sur l’affaissement du soutien des Français à la grève qui jouait contre le gouvernement depuis le départ.

“Ils vont s’éteindre faute de combattants”

Autre élément qui joue en la faveur du gouvernement, l’épuisement du mouvement syndical. “Nous ne faisons pas la grève par plaisir”, rappelle Pierre Roger, de la CFE-CGC un syndicat des cadres. Après plus de 38 jours de grèves -du jamais vu depuis 1968- et autant de jours de salaires en moins, les grévistes sont épuisés comme ils nous l’ont confié lors de la manifestation du 9 janvier comme vous pourrez le voir dans la vidéo ci-dessous.

″Ils vont s’éteindre par faute de combattants”, prédit un spécialiste du dossier. En effet, le nombre de grévistes diminue au fil des jours et la RATP a annoncé ce 11 janvier qu’elle constatait pour le 12 janvier une “nette amélioration du trafic par rapport aux dimanches précédents”. 

“Je ne vois pas le mouvement s’arrêter tout de suite”, tempère Pierre Roger. Son syndicat, qui n’a pas l’habitude de faire des grèves aussi suivies ne semble pas prendre le chemin d’un abandon du bitume. “Je ne nous vois pas quitter le mouvement à ce stade”, confie celui qui ne peut s’exprimer sur la reconduction des grèves, car “nos instances se réunissent la semaine prochaine et ce sont elles qui décident”. 

Et si ”ça ranimait la fureur des troupes”

Pour autant, Pierre Roger n’est pas convaincu des capacités du mouvement à se poursuivre. “Est-ce qu’il y aura encore beaucoup de monde pour faire les manifestations?”, interroge-t-il, sans cacher ses doutes. L’intersyndicale avait appelé à de nouvelles mobilisations les 14, 15 et 16 janvier dont les modalités devaient être “précisées” ce samedi soir.

Comme Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux nous le confiait cette semaine au cours d’une interview, “la stratégie du pourrissement” organisée selon lui par Emmanuel Macron peut conduire à des formes de “radicalisation. “On ne peut pas exclure que ça ranime la fureur des troupes”, confirme Pierre Roger. Même sentiment pour une autre source qui tient à l’anonymat: “Ça peut tout à fait continuer à crisper, peut-être sous d’autres formes”.

″Ça montre qu’on peut les faire reculer”

Au contraire, certains, dans le cortège parisien, réagissaient à ce recul d’Édouard Philippe avec un regain d’optimisme pour obtenir le retrait complet de la réforme. C’est le cas du député insoumis Éric Coquerel. “Je prends ça comme un encouragement, ça montre qu’on peut les faire reculer, il faut aller jusqu’au bout maintenant pour le retrait pur et simple”, insiste l’élu de Seine-Saint-Denis.

Si la continuité du mouvement de grève est plus qu’incertaine, la division du front syndical, elle, est une certitude. Et la conférence de financement prévue jusqu’au mois d’avril à laquelle la CFE-CGC a d’ores et déjà prévu de participer ne fera, selon selon plusieurs sources “que démontrer nos désaccords”. 




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