jeudi , 24 septembre 2020
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Réutiliser un masque chirurgical qui a traîné, est-ce une bonne idée?

COVID-19 – Boîtes hermétiques, machines à laver ou détergents seront-ils les nouveaux alliés des masques chirurgicaux? C’est en tout cas ce qu’avancent plusieurs scientifiques, bousculant l’idée répandue selon laquelle les masques chirurgicaux sont à usage unique. Michael Chang, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université Health Science Center de Houston, au Texas, encourage les personnes qui souhaitent réutiliser leur masque chirurgical à le placer dans une boîte pendant 72 heures et à réaliser des rotations avec quatre masques. 

“Nous savons d’après les dernières publications que le Covid-19 peut survivre sur les surfaces. Or 72 heures semblent être le nombre d’heures maximum nécessaires pour qu’un virus disparaisse d’une surface”, explique-t-il au HuffPost. Il précise toutefois que le contenant choisi doit impérativement laisser passer de l’air: plus le masque est sec, moins il est propice au développement du coronavirus. 

D’autres virus que le Covid-19 

Une méthode de décontamination critiquée par certains chercheurs qui, eux, privilégient le lavage à l’eau. Philippe Cinquin, professeur en informatique médicale et directeur du laboratoire Techniques de l’ingénierie médicale et de la complexité informatique, mathématique et applications de Grenoble et qui a travaillé plusieurs mois avec un consortium sur la réutilisation des masques chirurgicaux, estime pour sa part que la méthode de la boîte est propice au développement d’autres virus que le Covid-19. “Selon les conditions dans lesquelles le masque aura été utilisé, il peut s’être chargé en d’autres micro-organismes si ceux-ci trouvent des conditions favorables comme les dépôts organiques, l’humidité. On ne peut donc garantir le niveau de charge microbiologique”, déplore-t-il, contacté par le HuffPost. 

Le laver 10 fois en machine avec détergent 

Quant aux 72 heures suggérées par le spécialiste Michael Chang pour désinfecter son masque, Philippe Cinquin affiche le même scepticisme. Et soutient qu’après avoir réalisé un essai avec ses collègues du consortium, les fameux trois jours ne suffisaient pas à désactiver le SARS-COV-2. “Pour être sûr de le désactiver, il faudrait attendre plusieurs jours, davantage que trois”, assure-t-il. 

Pour lui et ses collègues du Centre national de recherche scientifique (CNRS), avec qui il s’est penché sur la question, le lavage du masque reste la technique la plus optimale. “Nous avons démontré que les masques chirurgicaux peuvent être lavés au moins 10 fois en machine avec détergent, et conservent dans ces conditions leur compatibilité avec la norme qui prévoit que plus de 98% d’un aérosol de particules d’un diamètre moyen de 3 microns soient filtrés”, affirme-t-il. 

Pouvoir de filtration bien supérieur aux masques en tissu 

Des résultats confirmés par une équipe lilloise de scientifiques qui estime que, même après avoir perdu en efficacité, un masque lavé à l’eau restera toujours plus filtrant qu’un masque en tissu. “Le masque chirurgical est très efficace en termes de filtrage. Comme ce masque a une efficacité globalement supérieure à la moyenne des autres masques, même après avoir été lavé et donc après avoir perdu sa charge électrostatique, ce masque reste plus efficace que les autres”, a déclaré Philippe Vroman, enseignant-chercheur au laboratoire Gemtex de l’Ensait, à Roubaix, dans France Bleu Lille.

Une supériorité sur les masques en tissu qui s’explique par la matière du masque chirurgical, ainsi que sa charge électrostatique. Parmi les trois couches du masque chirurgical, le “meltblown” correspond à une sorte de voile non tissé au pouvoir filtrant très élevé:  il filtre à 95% des particules mesurant 3 microns, ainsi que des particules plus petites. Par ailleurs, la charge électrostatique du masque chirurgical augmente largement son pouvoir de filtration, lui permettant de filtrer des particules mesurant 0,1 micron. Si mouiller ou laver son masque lui fait perdre sa charge électrostatique, baissant ainsi son niveau de filtration, “il reste donc bien supérieur à celui des masques grand public qui ne filtrent que 90% des particules de 3 microns”, résume Philippe Vroman. 

Pas de recommandation officielle 

Reste que, en dépit de ces conclusions, aucune recommandation officielle ne semble se dessiner. D’après Philippe Cinquin, l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) a refusé d’examiner le protocole proposé par son équipe, en raison d’un décret qui interdit la réutilisation de dispositifs médicaux à usage unique. “Nous ne pouvons donc pas réaliser la dernière étape de nos travaux, l’essai en vie réelle, déplore le spécialiste. Ce qui empêche de disposer des éléments qui seraient indispensables pour confirmer que cette réutilisation de masques après plusieurs cycles d’usage et de lavage est applicable en vie réelle”. 

En attendant, plusieurs autres pistes, moins répandues sont évoquées par des chercheurs. Laver son masque au sèche-cheveux, le faire bouillir au four, l’imbiber d’eau oxygénée ou d’alcool figure parmi les méthodes évoquées. “Il faut les prendre avant des pincettes, commente Michael Chang. Et il faut faire preuve de beaucoup de prudence avec ces techniques, étant donné qu’il existe encore moins de recherche sur ces techniques, que pour celle du lavage ou de la boîte”. 


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