dimanche , 20 septembre 2020
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Sans cas Covid, ces Ehpad se reconfinent volontairement à la rentrée

JOEL SAGET via Getty Images

Des résident dans un Ehpad d’Aulnay-sous-Bois en mai 2020 (Photo de JOEL SAGET/AFP via Getty Images)

CORONAVIRUS – La rentrée 2020 se fait à l’ombre du coronavirus et des inquiétudes suscitées par la recrudescence épidémique, y compris pour les Ehpad et leurs résidents. Alors que les chiffres des contaminations sont en hausse, la crainte qui monte en filigrane dans les établissements est celle d’un reconfinement généralisé.

Pour l’instant cette piste est exclue mais les pouvoirs publics mettent en garde contre la possibilité de reconfiner à nouveau localement. Dans le Nord pourtant, certains ne veulent pas prendre de risque. Deux Ehpad appartenant à un même groupe ont décidé de se reconfiner du 1er au 13 septembre. Aucun cas de nouveau coronavirus n’y a pourtant été détecté. Contactée par Le HuffPost, la directrice Séverine Laboue explique que la décision est venue des résidents et de leurs familles, via le Conseil de la vie sociale, où toutes les parties prenantes sont représentées.

Concrètement, toutes les visites sont interdites pendant ces quelque 14 jours. “C’est une durée qui correspond à celle de la quatorzaine, sachant que le virus a une période d’incubation de moins d’une dizaine de jours”, explique la directrice. 

Cette proposition de reconfinement volontaire, adoptée au début du mois d’août, a été proposée par Mme Deleu, la fille d’une résidente. Jointe par Le HuffPost, elle explique avoir voulu limiter le brassage du virus après la période estivale. “J’ai proposé cette solution parce qu’après les vacances et la rentrée des classe, j’ai pensé que c’était mieux pour limiter les risques de contaminations. Même s’il n’y pas de cas dans l’Ehpad, notre région est particulièrement exposée. Je ne sais pas si c’est la meilleure solution, il y en a certainement d’autres, mais c’est celle que nous avons trouvée”, détaille-t-elle.

Une décision rassurante

Dans une résidence pour personnes âges situées non loin, 16 cas de nouveau coronavirus ont été confirmés début août. Actuellement, si le département du Nord reste en orange, la métropole lilloise reste particulièrement sous haute surveillance. “C’est une décision difficile à prendre, car le premier confinement a été très dur à supporter, la vie en collectivité ce n’est pas toujours facile. Mais quand on voit le nombre de cas qu’il y a dans la région, ça fait aussi plutôt peur”, abonde Mme Vielledent, résidente de l’Ehpad. “Je viens d’avoir 98 ans, j’ai la tête et le corps qui marchent. L’aînée de mes arrières petites-filles va avoir 8 ans, et je veux être là pour voir la suite. J’ai lu dernièrement un dicton qui dit ‘si tu veux avoir 100 ans, fait des projets pour 100 ans’″.

Un autre résident abonde: “Je suis une personne à la santé particulièrement fragile et oui, j’ai peur des conséquences du virus, mais j’ai aussi envie de vivre comme tout le monde”.

Repas en collectivité et poursuite des activités

Au sein des deux Ehpad, la vie devrait continuer presque comme avant pendant ces deux semaines. Si pendant le premier confinement, les résidents ont dû rester uniquement dans leurs chambres pendant quelques jours, cette perspective-là n’est pas d’actualité. “Les repas continuent de se prendre en commun mais à bonne distance et on a maintenu les animations avec des bénévoles qui sont bien évidemment formés au respect des gestes barrières. On garde également les visites des personnels de santé extérieurs comme les kinésithérapeutes. Ça avait été une question épineuse lors du premier confinement”, explique Séverine Laboue. Une animation est organisée le matin et le soir au moins. 

Les personnels n’étant pas eux reconfinés, les cadres de santé ont rappelé consignes et gestes barrières. Ils sont désormais équipés de masques FFP2. “Après le retour de vacances, on propose à chaque membre du personnel de se faire tester, mais cela n’est pas obligatoire”, détaille Séverine Laboue. Les deux établissements ont par ailleurs fait des stocks de tests PCR à destination des résidents comme du personnel. Les infirmières ont été formées pour les manipuler. Quant à la cellule Covid-19 ouverte le 29 janvier, elle n’a jamais cessé de fonctionner et deux à trois réunions sont organisées chaque semaine. 

Contact avec les familles

Comme pendant le confinement, la direction de l’établissement assure être très attentive à la santé mentale de ses résidents. Des rendez-vous par visioconférence et par téléphone seront donc organisés. “Nous sommes attentifs au syndrome de glissement et si un de nos résidents se retrouve dans une grande détresse, nous organiserons une rencontre dans le respect des règles sanitaires”, détaille Séverine Laboue.

“Avant le reconfinement, je suis venue voir maman plus souvent, on lui a expliqué que pendant une certaine période on ne se verrait que par visioconférence. Cela reste un outil compliqué pour elle, mais je peux la voir, et c’est déjà quelque chose. Même si elle ne parle pas beaucoup on s’envoie quand même des baisers et il y a de la tendresse”, confie Mme Deleu. 

L’établissement n’est pas le seul en France à avoir fait ce choix. À Outreau, au début du mois d’août, face à certains comportements des familles, la directrice a pris la décision de refermer l’établissement. Le mois dernier, de nombreux Ehpad de France ont reçu des consignes des agences régionales de santé (ARS) leur rappelant d’être vigilants lors des visites notamment sur les distances et le port du masque. Ce qui a entraîné dans la foulée des conditions plus restrictives plus ou moins bien perçues. “Quand on dialogue et qu’on s’organise bien, c’est mieux vécu, note Séverine Laboue. Il faut être à l’écoute des résidents et de leurs familles”. 


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