vendredi , 21 février 2020
Accueil » Actualité » « The Lighthouse » réunit Robert Pattinson, Willem Dafoe et un phare aux allures de pénis en érection

« The Lighthouse » réunit Robert Pattinson, Willem Dafoe et un phare aux allures de pénis en érection

A24

Robert Pattinson dans “The Lighthouse.”

CULTURE – Décidément, le cinéma est friand d’histoires de colocataires infernaux. Parfois, les choses trouvent une conclusion plutôt paisible, avec l’idée que les opposés s’attirent (la série The Odd Couple, le film Adieu, je reste) ou l’heureuse rencontre entre deux bouffons compatibles (Frangins malgré eux). Mais, parfois, la mésentente des intéressés finit en homicide (JF partagerait appartement), expulsion (Mes meilleures amies) ou autre événement tragique.

The Lighthouse oscille entre ces extrêmes. Robert Pattinson et Willem Dafoe y campent des gardiens de phare qui se partagent une cabane rudimentaire sur une île lointaine, au large du Maine, dans les années 1890. Ils y sont installés pour quatre semaines, entre tâches éreintantes et surveillance du phare. Quand le temps tourne à l’orage, la relation entre les deux hommes devient électrique. Les problèmes symptomatiques liés à la cohabitation dans un espace confiné (émotions refoulées, corvées ménagères redondantes, ennui, repas répétitifs, hormones en folie, flatulences) donnent rapidement naissance à une lutte de pouvoir.

Mais derrière ce psychodrame se dissimule une tendresse tacite que l’on pourrait qualifier d’homoérotique.

Ephraim Winslow (Robert Pattinson) est l’apprenti de Thomas Wake (Willem Dafoe), gardien chevronné. Seuls l’un avec l’autre, ils s’engagent dans une lutte acharnée où Ephraim se soumet au caractère dominant de Thomas. Même s’ils incarnent des paradigmes gorgés de masculinité, la solitude entraînée par leur isolation révèle en fait un profond besoin d’affection.

Au départ, Ephraim, indigné par la situation, semble entretenir une obsession œdipienne envers Thomas, vieux pirate bourru. Il est visiblement jaloux de l’accès au phare, édifice à l’aura mystique, dont profite son chef, tandis qu’il est relégué à des tâches ingrates. Cette jalousie donne cependant lieu à une dimension plus érotique, nourrie par des euphémismes phalliques et de l’alcool bon marché. Plus les deux hommes répriment leur besoin de compagnie, plus intimité et animosité se confondent. À un moment, Ephraim et Thomas se retrouvent à danser en pleine nuit, à deux doigts d’échanger un baiser.

Pourtant, The Lighthouse ne précise pas la nature exacte du désir de ses personnages. Serti d’un noir et blanc très net qui accentue les décors XIXe siècle, le film est un vertigineux tourbillon d’ambigüités. En entremêlant humour et suspense, le réalisateur Robert Eggers déploie la même paranoïa frémissante qui faisait le sel de son excellent premier film, The Witch, sorti en 2016. Le caractère hypnotique de l’histoire rend impossible toute distinction entre les actes réels et ce que les personnages imaginent.

À l’origine, c’est Max, le frère de Robert Eggers, qui travaillait sur un scénario. “Quand il a dit ‘histoire de fantôme dans un phare,’ j’ai grosso modo imaginé une scène de dîner entre les deux personnages dans un lieu poussiéreux, aux objets rouillés et moisis, le tout en 35 mm noir et blanc, avec des visages barbus et moustachus, de la fumée de pipe, des pulls à torsade…”, se remémore-t-il.

Ces premières images en tête, les deux frères se sont plongés dans des recherches historiques et planché sur l’écriture du scénario, avec la certitude que les préférences sexuelles d’Ephraim et Thomas devaient rester ouvertes à toute interprétation. Le film n’en est que plus intrigant même s’il ne nous est pas donné le plaisir de voir Robert Pattinson et Willem Dafoe passer à l’acte.

J’ai profité de conversations individuelles menées avec le réalisateur et ses deux acteurs pour les sonder sur l’homoérotisme qui jalonne The Lighthouse. Quelques spoilers mineurs vous attendent ci-dessous. Avancez donc dans la lecture avec précaution (leurs réponses ont été condensées pour davantage de clarté).

A24

Willem Dafoe et Robert Pattinson dans “The Lighthouse.”

La genèse

Le sous-texte queer de The Lighthouse n’est pas évident. S’agit-il de quelque chose dont ils ont discuté?




Première apparition