vendredi , 28 février 2020
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TikTok suspend le compte de cette ado après ses vidéos sur les Ouïgours

Instagram @ferozzaaa

Sur TikTok, une adolescente de 17 ans fait passer un message sur fond de tutoriel pour apprendre à courber ses cils.

MÉDIAS – C’est un tutoriel qui ne ressemble à aucun autre. Dans une série de vidéos récemment partagées sur le réseau social TikTok, une jeune Afghano-Américaine du nom de Feroza Aziz a tenu à parler de deux choses. Avoir de longs et magnifiques cils, d’abord. Mais surtout, alerter sur le traitement inhumain que subissent les Ouïgours en Chine.

“Salut les gars, commence l’adolescente de 17 ans. […] En premier lieu, attrapez votre recourbe-cils. Enroulez vos cils. Ensuite, reposez [l’objet] et utilisez le téléphone que vous avez entre vos mains… pour jeter un œil à ce qui se passe en Chine.”

Elle poursuit: “Regardez comment ils jettent des musulmans innocents dans des camps de concentration. Voyez comment ils séparent des familles, comment ils enlèvent des enfants, les assassinent, les violent, les obligent à manger du porc, à boire de l’alcool ou à se convertir.”

“Un autre Holocauste”

Pour cette jeune résidente du New Jersey, aux États-Unis, c’est “un autre Holocauste”. “Mais personne n’en parle. S’il vous plaît, informez-vous. S’il vous plaît, faites savoir ce qu’il se passe au Xinjiang [l’une des cinq régions autonomes du pays, NDLR] dès maintenant”, ajoute celle-ci avant de reprendre la leçon de maquillage.

Dans une enquête, publiée ce lundi 25 novembre, Le Monde et un consortium de médias dans le monde confirment “le caractère hautement coercitif des camps d’enfermement de la population ouïgoure mis en place depuis 2017, et ce en contradiction directe avec le discours public de la Chine sur ce qu’elle nomme ‘centres de formation et d’éducation’.”

Sur place, les détenus, soit une centaine de milliers d’individus environ, sont soumis à “une éducation idéologique” et à un sombre apprentissage de “la repentance et de l’aveu”.

″Il fallait penser à ce que l’on avait pu faire de mal, à nos fautes, en mettant les mains sur le mur, pendant deux heures. Puis, après, il fallait l’écrire et le donner au professeur. Personne n’était coupable de quoi que ce soit. Mais tout le monde était forcé de trouver quelque chose, des fautes qui n’avaient pas été commises. Et ils étaient punis”, a confié une directrice d’école chinoise d’ethnie kazakhe internée quatre mois au quotidien national.

1,5 million de vues

Depuis sa publication, la vidéo de Feroza Aziz a été vue pas moins de 1,5 million de fois sur la plateforme. Un succès qui ne semble pas être du goût de TikTok. L’application, filiale de l’entreprise chinoise ByteDance, n’a pas censuré, ni supprimé les séquences. Elle a tout simplement rendu impossible à l’utilisatrice de se connecter à nouveau à son compte.

Interrogés par la BBC, des responsables du réseau social nient à bloc. “TikTok ne modère en rien les contenus en raison de sensibilités politiques”, assurent ces derniers (même si lesdites vidéos ne sont plus en ligne sur la version chinoise de l’application, Douyin).

S’ils ont bloqué l’accès à son téléphone ce lundi 25 novembre, c’est parce qu’elle aurait enfreint les règles d’utilisation en matière de terrorisme à cause d’une précédente vidéo, publiée sur un autre compte depuis supprimé, dans laquelle elle fait une blague sur Ben Laden.

Pas une première

La principale intéresse est sceptique. “En tant que jeune musulmane, j’ai grandi dans une communauté blanche et dans un pays où son peuple me considère comme une étrangère. Je me suis habituée au racisme”, témoigne Feroza Aziz au Guardian. […] C’est pour ça que j’ai créé mon compte TikTok. Je fais des vidéos amusantes sur les remarques discriminatoires auxquelles je suis confrontée tous les jours.”

Après avoir été bannie temporairement du site à la suite de son commentaire sur l’ancien terroriste, la jeune femme décide de créer un nouveau compte. Mais voilà, immédiatement après avoir parlé des Ouïghours, elle ne parvient plus à se connecter. “Je trouve ça très suspect”, concède-t-elle. 

Cette affaire renferme bien des mystères. Elle rappelle les accusations de censure dont l’application a déjà fait l’objet. Au mois de septembre, le quotidien britannique épinglait la même plateforme pour ce cas de figure. Preuve à l’appui, il avait dévoilé des documents confidentiels dans lesquels on apprenait que des contenus politiques jugés négatifs pour le gouvernement chinois avaient été supprimés. 




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