samedi , 26 septembre 2020
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une infirmière dénonce des hystérectomies abusives sur des femmes migrantes dans un centre de détention

Une infirmière ayant travaillé dans un centre de détention raconte que très régulièrement, une opération de retrait de l’utérus était pratiquée sur des femmes migrantes, sans qu’elles sachent toujours pourquoi.

Après avoir travaillé dans un centre d’accueil des immigrants en Géorgie (États-Unis) une infirmière dénonce dans un témoignage de graves abus médicaux, concernant notamment des hystérectomies (retrait total ou en partie de l’utérus) fréquentes chez les femmes détenues.

Ses déclarations, appuyées par d’autres témoignages, ont pris la forme d’une plainte lundi, portée par plusieurs ONG. L’histoire a été relayée par de nombreux médias américains, et a fait réagir différents élus, qui dénoncent cette situation.

« Le collectionneur d’utérus »

Tous les témoignages convergent vers un même constat: un taux élevé de femmes retenues dans le Centre de détention du comté d’Irwin à Ocilla (Géorgie), ont subi des hystérectomies. « Tous les utérus ne peuvent pas être dans un si mauvais état », déclare Dawn Wooten, l’infirmière lanceuse d’alerte.

Des femmes étaient souvent confiées à un gynécologue, en dehors du centre, que Dawn Wooten surnomme de façon macabre « le collectionneur d’utérus ». « Toutes celles qu’il voit, il leur retire l’utérus ou les trompes », explique-t-elle dans la plainte.

Elle raconte également des fautes médicales graves. Ce gynécologue devait par exemple retirer l’ovaire gauche d’une femme, sur lequel se trouvait un kyste. Mais il se trompe et retire le droit. La patiente doit donc subir une nouvelle opération pour l’ablation de l’ovaire gauche, et perd toute chance de concevoir un enfant.

Un « camp de concentration expérimental »

Certaines hystérectomies semblent même être pratiquées sans raison, et surtout sans que les détenues soient au courant de ce qui va leur être fait. « Plusieurs détenues m’ont dit qu’elles étaient allées voir le médecin et avaient subi des hystérectomies, sans savoir pourquoi elles y étaient allées », explique Dawn Wooten.

Elle craint que certaines, ne parlant pas anglais, n’aient pas compris ce que le personnel médical leur expliquait au sujet de l’opération. La question se pose alors de leur consentement à cet acte médical.

Plusieurs femmes ayant été détenues dans ce centre confirment ce taux particulièrement élevé d’hystérectomies. L’une d’elles, détenue d’octobre à décembre 2019, raconte que cinq femmes lui ont dit avoir subi cette opération. Elle explique à Project South avoir même pensé qu’il s’agissait d’un « camp de concentration expérimental. C’est comme s’ils expérimentaient des choses sur nos corps ».

Des « allégations anonymes et non prouvées »

Les hystérectomies ne sont pas la seule condamnation du rapport, qui contient également des critiques concernant l’hygiène et le traitement des détenus: selon différentes déclarations, ils n’ont pas été assez protégés en pleine crise du coronavirus outre-Atlantique. Des employés du centre auraient par exemple continué de travailler alors qu’ils présentaient des symptômes du coronavirus, mais également certains ayant été testés positifs.

Le service d’immigration et d’application des douanes américain (ICE), gérant les centres de détention, a réagi à l’affaire, déclarant prendre « très au sérieux toutes les allégations », et s’en remettre au Bureau de l’inspecteur général pour toute enquête. « Cela dit, en général, les allégations anonymes et non prouvées, faites sans aucun détail vérifiable, doivent être traitées avec le scepticisme qu’elles méritent », ajoute l’agence, dans une déclaration relayée par CNN.

Le directeur médical des services de santé d’ICE a assuré de son côté que les hystérectomies pratiquées l’avaient été sur la base de recommandations « examinées par l’autorité clinique de l’établissement et approuvées ».

« Une violation stupéfiante des droits humains »

Plusieurs représentants politiques ont réagi à ces témoignages. « Si cela est vrai, les conditions épouvantables décrites dans la plainte de la lanceuse d’alerte – y compris les allégations d’hystérectomies de masse pratiquées sur des immigrantes vulnérables – constituent une violation stupéfiante des droits humains », écrit Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants.

« Il est stupéfiant qu’après une opération massive de séparation de la famille, de très nombreuses agressions sexuelles contre des détenus, l’emprisonnement d’immigrants dans des centres de détention infectés par le COVID et maintenant des rapports d’hystérectomies de masse (ce que les États-Unis ont déjà fait auparavant), l’abolition de l’ICE fasse débat », écrit la représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, faisant référence aux précédents scandales qui ont éclaboussé l’institution.

La plainte a été déposée au nom des immigrantes détenues et de l’infirmière lanceuse d’alerte, par les ONG Project South, Georgia Detention Watch, Georgia Latino Alliance for Human Rights et South Georgia Immigrant Support Network.

Salomé Vincendon Journaliste BFMTV




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