vendredi , 11 décembre 2020
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Violences policières: les légères concessions de Macron ont fait bondir ces syndicats

POLITIQUE – Vont-ils à nouveau poser leurs menottes sur l’esplanade du Trocadéro? Six mois après avoir obtenu le départ de leur ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, coupable à leurs yeux d’avoir lâché les gardiens de la paix en interdisant la technique dite de “l’étranglement”, au prix d’une intense mobilisation nationale, les très puissants syndicats de police font une nouvelle fois entendre leur colère.

Mais c’est le président de la République lui-même qui en est aujourd’hui la cible. Emmanuel Macron, qui s’était bien gardé d’intervenir au printemps dernier, lors de premières manifestations anti-violences policières, a choisi cette fois-ci de répondre aux questions du média Brut pour apaiser les vives tensions qui resurgissent dans la société. 

Raté, à en croire la réaction des syndicats policiers. Évoluant sur sa ligne de crête du “en même temps”, le chef de l’État a reconnu l’existence de “policiers qui sont violents”, “qu’il faut sanctionner”, tout en rendant hommage au travail des forces de l’ordre. Il a également annoncé le lancement d’une plateforme dédiée au signalement des discriminations, estimant “insoutenable” le fait d’être “beaucoup plus contrôlé” “quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche.”

“Nous sommes racistes, ne contrôlez plus! Blocage total!!!”

Ce que disent les spécialistes de la question depuis des décennies. Jacques Toubon, l’ancien Défenseur des droits regrettait, en juin dernier lorsqu’il quittait son mandat, “la philosophie du ‘ni vu ni connu’” des pouvoirs publics sur les contrôles au faciès, répétant auprès du HuffPost, rapport à l’appui, que les jeunes hommes “perçus comme noirs ou arabes” ont 20 fois plus de chances d’être contrôlés que les autres.

Reste que les deux concessions d’Emmanuel Macron sont suffisantes pour susciter la colère des principaux syndicats de police. Ils estiment qu’avec de tels mots, le président de la République a ouvert la boîte de pandore de critiques injustes contre les forces de l’ordre, particulièrement sollicitées ces dernières années, sur le front du terrorisme comme sur celui du maintien de l’ordre. Les plus véhéments à l’égard du chef de l’État appellent même de nouveau à cesser les contrôles. 

“Nous sommes violents, n’interpellez plus! Nous sommes racistes, ne contrôlez plus! Blocage total!!!”, écrit par exemple Unité SGP Police sur les réseaux sociaux, s’estimant, dans un tract, ”lâché” par le chef de l’État. “Notre meilleur action sera l’inaction”, ajoute le document.

“Le président aura la police qu’il mérite!”

Même ressentiment du côté du syndicat Alliance. “Non la police nationale n’est pas raciste et elle ne choisit pas sa délinquance”, écrivait l’organisation sur les réseaux sociaux quelques minutes après la fin de l’interview du chef de l’État, en ajoutant: “c’est honteux. Le président aura la police qu’il mérite!” Le tout, avec un autre tract appelant “tous les policiers à ne plus faire de contrôle d’identité.”

Que disent les autres syndicats, réputés parfois plus modérés? L’émotion est palpable chez presque chacun d’entre eux après l’intervention d’Emmanuel Macron. L’UNSA estime ainsi que la police est “stigmatisée” et s’étonne de la création d’une nouvelle plateforme anti-discriminations. L’organisation pointe l’existence d’un même dispositif à l’encontre des forces de l’ordre, via la très décriée IGPN. 

Reste désormais à savoir si l’appel à la mobilisation sera entendu sur le terrain, alors que de nombreux policiers et gendarmes sont une nouvelle fois mobilisés, ce samedi, autour des manifestations “pour les droits sociaux et les libertés.”

Un problème de plus pour Emmanuel Macron qui devrait alors gérer la colère des syndicats policiers… sans pouvoir compter cette fois-ci sur son fusible place Beauvau, Gérald Darmanin étant particulièrement reconnu par ses troupes dans son rôle de “premier flic de France.”


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