mardi , 21 mai 2019
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Après Christchurch, la Nouvelle-Zélande veut « changer ses lois » sur le port d’armes

CHRISTCHURCH – La législation néo-zélandaise sur les armes est interrogée, au lendemain de l’attaque terroriste de deux mosquées dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 mars à Christchurch. Lors d’une conférence de presse dans la soirée, la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a promis des réformes.

« Je peux vous dire une chose, nos lois sur les armes vont changer », a assuré la Première ministre, indiquant que l’homme suspecté du meurtre de 49 personnes, âgé de 28 ans, possédait un petit arsenal d’armes semi-automatiques et disposait d’un « permis de port d’armes acquis en novembre 2017 ».

« Le simple fait (…) que cet individu ait acheté un permis et acquis des armes de ce type, cela me fait dire que les gens vont vouloir que cela change, et je m’y engage », a-t-elle expliqué.

Trois tentatives infructueuses ces 14 dernières années

Jacinda Ardern a noté que des tentatives de modification de la loi avaient eu lieu en 2005, 2012 et 2017, et précisé qu’il fallait envisager une interdiction des armes semi-automatiques.

Elle a aussi confirmé que l’attaquant comme les deux complices présumés qui ont été arrêtés, dans des circonstances que la police n’a pas précisé, n’étaient pas sur le radar des services de renseignement. Le premier avait pourtant publié en ligne un manifeste évoquant des projets d’attentat anti-musulman. « Ils n’étaient surveillés ni ici ni en Australie », a-t-elle assuré, ajoutant qu’une enquête était menée sur cet aspect du drame.

La Nouvelle-Zélande a durci le conditions d’accès aux armes semi-automatiques en 1992, deux ans après qu’un malade psychiatrique a tué 13 personnes à Aramoana, sur l’île du sud. Néanmoins, il suffit d’avoir plus de 16 ans pour demander un permis de port d’arme standard après des séances d’instruction en matière de sécurité. Ils peuvent alors acheter un fusil et l’utiliser sans contrôle.

La police urbaine en Nouvelle-Zélande n’est pas armée. Les unités des forces spéciales, armées, interviennent le cas échéant.

Même si le taux de décès par arme à feu est relativement bas en Nouvelle-Zélande, la législation sur les armes y est considérée moins contraignante que dans les autres pays développés en dehors des États-Unis. Il faut un permis spécial pour détenir une arme à feu en Nouvelle-Zélande mais il n’existe pas de registre national les recensant.

Un fusil à pompe et des variantes civiles de fusils d’assaut militaires

L’assaillant avait acheté deux fusils semi-automatiques, deux fusils de chasse et un fusil à pompe. Le terrible bilan du massacre est largement lié au fait que le tireur était équipé de fusils d’assaut semi-automatiques, des armes dont l’actualité américaine prouve régulièrement le redoutable pouvoir létal. Sur une vidéo publiée en direct sur Facebook par l’extrémiste auteur du carnage -une séquence que les autorités demandent de ne pas propager-, on le voit faire feu sur ses victimes à cadence rapide, tirant probablement des centaines de balles.

La police néo-zélandaise n’a en revanche pas dévoilé la marque de ces armes, qu’il a recouvertes d’inscriptions néonazies ou faisant référence à des personnages ayant tué des musulmans.

La vidéo montre un fusil à pompe ainsi que des variantes civiles de fusils d’assaut militaires conçus pour faire le plus de victimes possible en un temps record.

AFP

Capture d’écran de la vidéo du terroriste de Christchurch.

Des armes utilisées dans les tueries américaines

De telles armes ont tristement prouvé leur efficacité dans la litanie des fusillades endeuillant régulièrement les États-Unis. Surtout quand ces engins sont équipés de chargeurs à grande capacité, contenant 30 balles voire davantage.

Que ce soit dans un cinéma du Colorado (82 victimes, dont douze morts en 2012), le carnage dans une école de Newtown (26 morts en 2012), l’attentat jihadiste en 2015 à San Bernardino (quatorze morts), on retrouve ces fusils légers. Ils sont également présents dans la tuerie perpétrée lors d’un concert en octobre 2017 à Las Vegas (58 morts, 500 blessés) et la tragédie de février 2018 du lycée de Parkland en Floride (17 morts). Ou encore le massacre dans une boîte gay d’Orlando en juin 2016 (49 morts). Chez les 53 survivants ont été constatées des blessures souvent très graves, étant donné l’extrême vélocité des projectiles et leur forte capacité à détruire les tissus.

Les fusils semi-automatiques présentent souvent une crosse pliable ou télescopique, une poignée et des chargeurs amovibles. « Ces caractéristiques augmentent la létalité de l’arme en la rendant plus facile à décharger, recharger et manœuvrer dans un espace fermé », explique l’organisation Violence Policy Center.

À Newtown, San Bernardino, Parkland, Las Vegas ou ailleurs, les tireurs ont notamment utilisé un AR-15, fusil d’assaut décliné dans de multiples versions et dont la désignation militaire est M16. Les fabricants les présentent comme des objets de sport et de loisir, ou encore comme la meilleure réponse au besoin d’autodéfense des Américains.

« Même si l’industrie des armes choisit d’appeler les armes d’attaque semi-automatiques des ‘fusils modernes de sport’, il n’existe pas de différence importante entre elles et des armes militaires », souligne le Violence Policy Center.


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