mardi , 21 mai 2019
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Après deux fausses couches, j’aurais aimé qu’on fasse aussi attention à ma douleur de père

Je souhaite partager la perte de deux bébés in utero à 6 mois et demi et de 8 mois de grossesse. La perte de ces deux bébés a eu lieu avec mon ex conjointe. Nous avons eu 3 enfants ensemble qui se portent très bien. Et 2 qui nous ont quitté in utero.

Quand je l’ai rencontrée, elle avait déjà un enfant avec un ex conjoint. Je me suis occupé de cet enfant comme le mien mais très vite nous voulions le nôtre. Je ne connaissais rien à la grossesse ni à l’accouchement. Mais je savais que ma compagne n’étais pas en forme et quand elle a fait venir le médecin parce qu’elle vomissait du sang, j’ai vraiment commencé à m’inquiéter.

Le médecin a conclu à une mauvaise gastro et l’obstétricien nous a dit que tout allait bien et que nous attendions un petit garçon. Je ne me suis pas inquiété plus que ça. Mais je me souviendrai toujours de ce vendredi après-midi ou je suis allé la chercher chez l’obstétricien. Elle m’a rejoint sur le parking et m’a dit: « Son cœur s’est arrêté. Ils ne savent pas ce qui s’est passé ». On a pleuré sur le parking de l’hôpital puis elle m’a expliqué ce qui s’était passé. Et ce qui allait arriver: « Il faut revenir lundi, ils vont provoquer l’accouchement ».

On a fait tout ce qu’on a pu pour s’occuper l’esprit et penser à autre chose. Mais on y a pensé tout le temps. Je ne savais pas quoi faire ou quoi dire. Ce qu’elle me reprochera plus tard. Mais comment savoir quoi faire ou quoi dire quand on a 24 ans et qu’on ne sait rien de la vie et encore moins d’une grossesse?

Le lundi, elle ne voulait pas que je sois là. Elle m’a obligé à partir après l’avoir déposée sur le parking de l’hôpital. J’ai fait le tour du pâté de maisons et je suis retourné à l’hôpital. J’ai prévenu les sages-femmes et le médecin que j’étais là. Ils m’ont installé dans sa chambre et j’ai attendu qu’elle sorte de la salle d’accouchement. Elle était groggy à cause de l’anesthésie pour le curetage. Je ne sais toujours pas si elle était contente que je sois là ou pas. Beaucoup de personnel médical est passé la voir avant qu’elle parte et lui ont demandé comment elle allait et lui ont proposé de l’aide psychologique pour après.

Les mois qui ont suivi ont été difficiles et nous avons eu beaucoup de discussions. Les médecins ont fait des analyses et une autopsie du bébé et ma compagne a dû subir une batterie de tests. Mais les médecins n’ont rien trouvé et ils nous ont simplement dit que ça arrive plus souvent qu’on le pense.

C’est vrai. Quand nous avons été sur internet et que nous avons cherché un peu on s’est rendu compte que nous n’étions pas les seuls.

Nous avons finalement eu une petite fille 1 an et demi après puis une deuxième 1 an après la première.

Lorsqu’elle est tombée enceinte la quatrième fois et qu’on nous a annoncé que c’était un garçon, nous étions très contents et tout se passait bien. Je me souviens qu’elle était un peu inquiète avant le rendez-vous avec l’obstétricien car elle ne l’avait pas beaucoup senti bouger la veille.

Quand elle est revenue du rendez-vous et qu’elle m’a dit que le cœur du bébé s’était arrêté, je n’y croyais pas. Je pensais à un cauchemar qui recommençait. Cette fois, les médecins étaient inquiets car perdre deux enfants in utero est rare. Ils voulaient savoir autant que nous ce qui s’était passé. Elle a dû à nouveau accoucher d’un enfant mort… Mais cette fois, il a fallu lui donner un prénom, choisir si on voulait l’enterrer ou l’incinérer et le déclarer à la mairie pour qu’il soit inscrit sur le livret de famille.

De nouveaux tests ont été pratiqués sur le bébé ainsi qu’une autopsie. Rien. Les médecins n’ont rien trouvé.

A nouveau, plein de personnes se sont intéressées à la santé psychologique de ma compagne et à sa détresse. Mais je suis obligé de constater qu’à aucun moment on ne m’a demandé comment j’allais. Ni la première fois ni la deuxième.

Pourtant j’aurais bien aimé de l’aide. Je ne savais pas comment réagir face à ma compagne et je ne savais pas comment digérer ces deux morts. Ce mot est lourd de sens et même si je n’ai pas porté cet enfant et donc que c’est plus « facile » pour moi, pourquoi devrait on faire attention à moi. On m’a laissé de côté. On m’a demandé de faire comme si tout allait bien et de ne pas faire de vague.

Je n’avais pas le droit d’être en deuil ou de dire que j’étais mal. C’était réservé à ma compagne. Mais je suis un parent aussi. Je souffre aussi, certes différemment. Mais c’est réel aussi. Alors pourquoi m’avoir laissé de côté et demander de me taire? Je ne le saurai jamais mais si j’écris ceci, c’est pour qu’on ne laisse pas ces papas qui souffrent de côté. Ils faut les aider aussi et leur tendre la main au lieu de les laisser sur le bord de la route.

Il m’aura fallu plus de 10 ans pour me sentir assez à l’aise face à ces deux expériences et pouvoir en parler. Pour dire aux autres qu’ils ne sont pas les seuls dans ce cas et que tout le monde a le droit d’être aidé.


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