mardi , 18 juin 2019
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Avant le Brexit, le Royaume-Uni fait des provisions d’insuline

BREXIT – À un peu plus d’un mois du Brexit, le Royaume-Uni fait des provisions d’insuline pour être prêt en cas de divorce brutal avec l’Union européenne, où sont produits ces précieux médicaments.

Près de 3,7 millions de Britanniques, dont la Première ministre, Theresa May, sont diabétiques. Ils souffrent d’un trouble d’assimilation des sucres par l’organisme. L’insuline, une hormone normalement produite par le pancréas, leur permet de se soigner en régulant la glycémie.

Or le Royaume-Uni importe massivement ce produit vital et à quelques semaines d’un départ de l’UE encore nimbé d’incertitude, des malades s’affolent de possibles pénuries en cas de sortie sans accord de l’UE. Certains ont donc entrepris de se constituer des réserves, contre l’avis des autorités.

« J’ai commencé il y a environ deux mois », explique à l’AFP David Burns, un enseignant de 37 ans qui vit à Londres.

« Habituellement, j’allais chercher de l’insuline une fois par mois, maintenant j’en cherche toutes les deux semaines et je vais continuer jusqu’à ce que je sois assuré que tout ira bien. Mais nous nous dirigeons probablement vers un ‘no deal' », s’inquiète ce père de famille.

Londres et Bruxelles tentent toujours de réussir leur divorce. Aucune des deux parties ne souhaite une rupture sans accord, synonyme de rétablissement de contrôles douaniers et sanitaires et de possibles délais aux frontières. Mais la date prévue de Brexit, le 29 mars, se rapproche, et l’incertitude nourrit les craintes.

Produit vital

Au sein de l’association Diabetes UK, « nous entendons dire que les gens s’assurent d’avoir des réserves un peu plus importantes que d’habitude », note Robin Hewings, chef des politiques de l’association, interrogé par l’AFP.

Robin Hewings ne redoute pas une « pénurie nationale » mais craint des problèmes localement.

Les groupes pharmaceutiques fournissant le Royaume-Uni ont pourtant pris les devants, dépassant les recommandations du gouvernement qui leur avait demandé de prévoir six semaines de stocks supplémentaires.

Le Danois Novo Nordisk, qui fournit plus de la moitié de l’insuline utilisée au Royaume-Uni, a ainsi doublé ses réserves dans le pays.

« Nous continuerons à constituer des stocks d’ici le 29 mars, date à laquelle nous nous attendons à atteindre environ deux fois et demi notre niveau normal de réserves (environ 17 semaines) en prévision d’une potentielle sortie sans accord », indique le groupe.

Le Français Sanofi, qui produit de l’insuline près de Francfort, en Allemagne, a également fait des provisions de médicaments, dont l’insuline, au Royaume-Uni, pour pouvoir tenir 16 semaines.

Le ministère de la Santé tente de rassurer

Son concurrent américain Eli Lilly dit aussi faire « tout son possible pour se préparer au Brexit » mais souligne que « des circonstances indépendantes de notre responsabilité pourraient perturber l’approvisionnement en médicaments ».

« Un Brexit sans accord aurait pour effet de mettre fin complètement et brutalement à plusieurs décennies de partenariat entre le Royaume-Uni et l’UE sur la réglementation des médicaments et la surveillance de la sécurité des médicaments », prévient Eli Lilly.

Diabetes UK et une autre association, JDRF, ont appelé le gouvernement à fournir plus de détails sur ses préparatifs en cas de « no deal » pour lever les inquiétudes. Ils soulignent qu’outre l’insuline, les personnes diabétiques utilisent d’autres médicaments ou produits importés comme des aiguilles, des pompes à insuline, ou des dispositifs pour mesurer la glycémie.

De son côté, le ministère de la Santé se veut rassurant, saluant les efforts de l’industrie pharmaceutique.

« Nous sommes confiants que, si chacun fait ce qu’il doit faire, l’approvisionnement en médicaments ne sera pas interrompu en cas de no deal », a commenté un porte-parole du ministère interrogé par l’AFP.

Mais ces préparatifs sont loin de rassurer tous les malades: « Si je n’ai pas d’insuline, je pourrais tomber malade en quelques jours et mourir en quelques semaines », déclare David Burns, « Je ne veux pas prendre ce risque ».


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