samedi , 23 mars 2019
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Cancer de l’enfant: des maladies rares – Santé


« Il existe 60 types de cancers pédiatriques, et chacun est donc une maladie rare », explique à l’AFP Patricia Blanc, présidente de l’association française Imagine For Margo, qui finance des programmes de recherche en oncologie pédiatrique. Le cancer est diagnostiqué chaque année chez 300.000 enfants et adolescents dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé.

C’est « une cause majeure de décès » chez les enfants et les ados, souligne l’OMS. Dans les pays à revenu élevé, plus de 80% des enfants en guérissent, mais « dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire ce chiffre est seulement de 20% ».

Chaque année en France, il y a 2.500 nouveaux cas, dont la moitié chez les moins de 5 ans, et environ 300 enfants de moins de 15 ans en meurent, selon l’Institut national du cancer (INCa). En Belgique, c’est en moyenne 350 nouveaux cas de tumeurs qui sont diagnostiqués chez les enfants de 0 à 14 ans.

Selon les derniers chiffres fournis par la Fondation Registre du Cancer, 405 tumeurs (majoritairement des leucémies (111) ; des tumeurs du système nerveux central, intra-crâniennes et spinales ont touché des enfants ou encore 55 cas de lymphomes) ont été rapportées.

La répartition des cancers pédiatriques est très différente de celle des cancers de l’adulte. Chez l’enfant, les leucémies représentent un tiers des cas, devant les tumeurs du système nerveux central et les lymphomes.

De grosses disparités existent: si certaines leucémies peuvent être vaincues quasiment à chaque fois, on n’arrive pas à venir à bout de certaines tumeurs cérébrales très agressives.

En outre, la plupart des cancers de l’adulte n’existe pas chez l’enfant. Ainsi, les cancers du sein, des poumons, du colon ou du rectum, très répandus chez les adultes, sont rarissimes chez les petits. Et contrairement à ceux des adultes, « il est très rare que (les cancers pédiatriques) s’expliquent par le mode de vie » (tabac, alcool, etc.), selon l’OMS.

« La recherche sur les cancers de l’enfant est spécifique car ce sont des maladies très différentes » de l’adulte, dit à l’AFP le professeur François Doz, directeur adjoint de la recherche clinique au centre d’oncologie Siredo de l’Institut Curie à Paris.

– L’exemple de l’immunothérapie –

Ces différences s’observent dans l’un des domaines les plus prometteurs de la lutte contre le cancer: l’immunothérapie, qui consiste à renforcer les défenses du corps contre la maladie et a été couronnée l’an passé par le prix Nobel de médecine.

La technique d’immunothérapie dite « par inhibiteurs de check-point » « n’a pas démontré le même caractère révolutionnaire » chez les enfants que chez les adultes, concède le Pr. Doz.

Cette technique consiste à utiliser des protéines appelées anticorps pour neutraliser certaines molécules qui empêchent le système immunitaire de se défendre contre le cancer.

Plus les tumeurs ont subi de mutations génétiques, plus ces anticorps sont efficaces.

Or, « les tumeurs pédiatriques sont différentes de celles des adultes et sont porteuses de beaucoup moins de mutations », selon le Pr. Doz. Du coup, la réponse à ces traitements est moindre.

Pour autant « d’autres médicaments d’immunothérapie peuvent stimuler d’autres réponses immunitaires: l’histoire n’est pas close ».

Certains types d’immunothérapie ont ainsi donné des résultats probants chez les enfants. C’est le cas des cellules car-T utilisées contre les leucémies. Il s’agit de cellules immunitaires reprogrammées pour détecter et combattre les cellules cancéreuses.

« Pour les techniques qui ont remporté des succès, il faut tenter de faire encore mieux », plaide Mme Blanc, qui a fondé son association avec son mari en 2011 après le décès de leur fille de 14 ans, atteinte d’une tumeur cérébrale.

« Pour les techniques qui ont déçu, il faut mieux comprendre le système immunitaire de l’enfant et développer une recherche spécifique », poursuit-elle en notant que cette recherche est « moins intéressante » pour les labos à cause de la rareté des cancers pédiatriques.

De plus, « l’immunothérapie n’est pas la seule piste importante », fait valoir le Pr. Doz.

Parmi les autres voies de recherche, il cite l’épigénétique (étude de l’activité des gènes liés au cancer) ou les techniques qui visent l’environnement tumoral, c’est-à-dire non pas la tumeur elle-même mais des cellules qui peuvent interagir avec elle.


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