dimanche , 26 mai 2019
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Ce qui va désormais déterminer l’avenir de l’Algérie

La candidature de Bouteflika à un cinquième mandat a libéré la colère d’un peuple qui a trop longtemps vécu l’humiliation d’un pouvoir opaque, persuadé d’avoir trouvé le moyen inattaquable de se perpétuer à jamais: l’organisation d’une corruption généralisée.
Cette dérive est inhérente à tout système présidentiel centré sur un homme providentiel entouré de courtisans et coupé du peuple. La distribution de la rente a permis à ce système d’aller plus loin encore en faisant du peuple une clientèle en attente de ses faveurs.
Ce système se perpétue aussi dans les régimes occidentaux dont nous avons hérité autour d’un “Président Soleil” soumis à l’onction électorale. Cependant cette forme de gouvernance connaît partout une crise politique, économique et morale. Sa parade à la crise consiste à lancer un débat qui permet de vider les griefs et de magnifier une liberté de paroles sans autres objectifs que de renforcer le pouvoir en place. 
Les Algériens rejettent avec raison ce système. Ils rangent  dans le même opprobre les hommes qui ont contribué à le perpétuer. Et les opposants institutionnels n’échappent pas à la critique. Jusqu’à présent la population algérienne a géré la contestation avec mesure, discipline et patience. La police et l’armée ont sympathisé avec la population tout en assumant leur devoir de maintien de l’ordre. Le peuple algérien est mature et peut à présent construire une nation moderne. Sous réserve de refuser toute forme de démagogie, de parler le langage de la sincérité, de faire confiance.

Il est encore trop tôt pour tirer le bilan de l’ère Bouteflika. Un constat de la situation est tout de même nécessaire pour aborder des propositions. La corruption a gangrené toutes les couches de l’administration et de la société et pourrit le quotidien des Algériens. Plus grave, le pouvoir a choisi de signer des contrats clé en main avec des groupes étrangers pour des pans entiers de l’économie. Il a importé le modèle des pays du Golfe. A quoi sert que la jeunesse étudie sérieusement ou apprenne un métier puisque les réalisations se font par des techniciens et des ouvriers étrangers, depuis la conception jusqu’au dernier clou, la dernière vis?

Ce choix a profité aux bureaucrates contents de monopoliser la décision économique au nom de leur supposée expertise. Le pouvoir a tout de même constaté l’impasse et a réagi en offrant aux jeunes le leurre de l’ANSEJ. Mais, ceux-ci désabusés ont fini par gonfler les rangs des harragas. Il faut beaucoup de temps et de courage pour réparer les dégâts.

Il faut toutefois reconnaître que le régime n’a pas réussi à tout détruire. L’Algérie a encore beaucoup d’atouts. L’agriculture bénéficie de transferts financiers conséquents. La production agricole est en hausse. Il faut dire que la pluie est revenue en quantité ces dernières années. La question du logement est en voie de résolution, les infrastructures autoroutières existent en partie. L’aisance financière a permis le remboursement intégral de la dette extérieure malgré l’avis réservé de tous les spécialistes. L’armée a été modernisée et professionnalisée à marche forcée. On parle d’un budget supérieur à 10 Milliards USD. Les dangers nous entourent, l’Armée veille sur la sécurité d’un territoire immense.

L’Algérie est un pays indépendant, qui peut définir sa politique en conformité avec ses intérêts. Peu de pays du tiers-monde ont ces atouts en main, y compris parmi ceux réputés riches.

Toutefois, la tâche est immense. La fin de l’époque Bouteflika est aussi celle du début de l’après pétrole. Les revenus des hydrocarbures baissent, les besoins de la population augmentent, les investissements nécessaires sont lourds. Il faut maintenir une armée performante et refuser la facilité de la dette extérieure. Il faut au contraire réparer la monnaie bien malade. Il est donc impératif de substituer rapidement à une économie de la rente, une autre de la production. L’augmentation de la production, de la productivité doivent se faire à marche forcée. La rente doit être progressivement consacrée aux investissements, et aux réserves de sécurité.

Mais, c’est le politique qui permettra de mobiliser les énergies. Le débat sur la répartition de la rente doit céder la place aux motivations et objectifs du développement. Pour mobiliser les citoyens, la transparence est de règle. Le pouvoir doit être comptable de ses actes devant eux. La société a le devoir de protéger les humbles contre les abus de l’administration. Nul ne doit se sentir exclu, particulièrement les gens simples. Bien au contraire, chacun doit avoir la conviction d’appartenir de plein droit à la communauté et de voir son destin pris en compte.

Si l’Etat doit conserver ses fonctions régaliennes, toutes ses fonctions régaliennes, Il faut faire confiance aux citoyens. Nous devons créer des institutions régionales et communales ayant un réel pouvoir, y compris financier. Ces institutions doivent être démocratiques et transparentes. Les prérogatives de ces institutions doivent obéir au principe de subsidiarité. Tout ce qui relève du local doit être traité localement dans le respect des lois du pays. Ces institutions seront ouvertes à l’opposition conformément aux choix issus des urnes. Ceci pour permettre la respiration politique. Les élites politiques doivent devenir une force de proposition, des arbitres, des médiateurs du débat citoyen. En transformant le Président en ultime arbitre du débat citoyen, nous ferons évoluer nos institutions en conformité avec notre Histoire.

L’Algérie est le chemin obligé de l’Afrique du Nord, depuis la Méditerranée jusqu’à la ligne Equatoriale, de l’Océan Atlantique à la Mer Rouge.L’Algérie est un vecteur d’équilibre de l’Afrique. L‘ambiance de la contestation qui se développe en Algérie masque le bruit des forces négatives qui tentent de déstabiliser un pays indispensable à la paix régionale. En sortant de l’impasse et en entamant sa marche vers l’avenir, l’Algérie donnera l’exemple et contribuera à éloigner les dangers, pour elle et pour ses voisins.

 

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