mardi , 20 août 2019
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Comment expliquer à un enfant les chants de supporters homophobes dans un stade de foot

FRANCK FIFE via Getty Images

La ministre des Sports Roxanna Maracineanu a été choquée par les chants de supporters qu’elle a entendu dans l’enceinte du stade lors de la rencontre PSG-OM dimanche 17 mars.

 PSYCHOLOGIE – Dimanche 17 mars, la ministre des sports, Roxanna Maracineanu, était dans les tribunes du Parc des Princes pour la rencontre PSG-OM. Choquée par la teneur des chants de supporters, elle a annoncé une semaine plus tard vouloir mettre en place des sanctions pour que les chants à caractère homophobe disparaissent des compétitions de football. 

“Apparemment c’est historique, expliquait-elle, interrogée sur FranceInfo, mais je n’emmènerai pas mes enfants dans un match comme ça pour qu’ils me demandent ‘mais maman, que sont-ils en train de chanter?’”. D’autres parents, pour partager leur passion avec leur enfant, font le choix inverse. Dans ce cas-là, comment répondre aux questions des plus jeunes sur les chants de supporters?

Avant toute chose, rappelons qu’un enfant trop jeune n’a pas sa place dans un stade. Deux pédiatres interrogés par Ouest France, déconseillaient d’aller voir un match de foot au stade avec un enfant de moins de 6 ans pour des raisons de santé, de sécurité et de capacité de concentration. Sur son site officiel, le stade Allianz Riviera à Nice n’impose aucune limite d’âge mais déconseille la venue d’enfants avant leur 5 ans. 

“Qu’est-ce que ça veut dire PD selon toi?”

Admettons donc que les enfants qui vont au stade sont entre la fin de la maternelle et le début de l’école primaire. Ils ont malheureusement peut-être déjà vu, entendu, subi de l’homophobie. “Il faut commencer par le questionner”, conseille Thierry Morisseau, psychanalyste parisien, interrogé par Le 4Suisse. “Qu’est-ce que tel ou tel mot veut dire pour lui? Est-ce qu’il l’a déjà entendu?”

Il remarque chez tous ses patients homosexuels que “l’homophobie est intériorisée dans l’enfance. L’enfant connaît son orientation sexuelle très jeune et il comprend qu’il y a une forme de honte autour de son désir”. En fonction de sa réponse, “il ne faut pas aller trop loin dans l’explication”, conseille Joseph Agostini, psychanalyste et auteur d’essais aux éditions En Volumes. Il s’agit plutôt “d’expliquer que l’homosexualité, deux hommes ou deux femmes qui s’aiment, n’a rien à voir avec l’insulte qu’il vient d’entendre”. 

“Le stade, c’est du pulsionnel, ajoute Joseph Agostini au 4Suisse. Le gagnant est toujours ‘enculeur’. Les perdants sont comparés à des homos ou des femmes, ils sont vus comme les dominés. Si tu es un goal, tu es une ‘passoire’, si tu te blesses, une ‘tapette’. On passe du dominant au dominé quand on n’est pas à la hauteur.”

“Nous sommes tous fragiles”

Ces insultes peuvent être l’occasion de rappeler certaines choses aux enfants, filles comme garçons, conseille le spécialiste. “Nous sommes tous fragiles. Cela n’a rien à avoir avec le fait d’être une femme ou un homme. On assimile un homosexuel à un faible. Mais il est bon de redire que l’homosexualité peut se vivre très différemment, quand certaines personnes pensent encore que tous les homosexuels sont des copies de ‘Zaza Napoli’ de ‘La cage aux folles’.”

“En expliquant que stigmatiser les femmes ou les homosexuels n’a aucun sens, cela va rassurer l’enfant”, confirme encore Thierry Morisseau. Car, dans certains stades de foot, pour certains supporters, quelque chose de plus important que le football se joue. “On peut observer une hystérie masculine qui cache la peur de perdre son genre en perdant un match, une action. C’est donc important d’expliquer, en particulier aux petits garçons qui ont besoin de se viriliser, qu’il n’y a pas d’amalgame à faire entre homosexualité et virilité”. 

 


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