lundi , 27 mai 2019
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Contre l’antisémitisme, Emmanuel Macron promet de « prendre des lois »

POLITIQUE – Des dizaines de milliers de personnes unies dans la rue pour rejeter l’antisémitisme: et après? Profitant d’une journée de mobilisation républicaine contre la recrudescence des violences visant les juifs, Emmanuel Macron a promis d’agir pour sanctionner sans relâche les « individus haineux ». « On prendra des actes, on prendra des lois et on punira », s’est engagé le chef de l’État en se recueillant devant les stèles couvertes de croix gammées dans le cimetière de Quatzenheim (Bas-Rhin), dont 96 tombes ont été découvertes profanées.

Place de la République, où la quasi-totalité du gouvernement et des partis politiques était représentée mardi soir, le premier ministre Édouard Philippe a lui-même semblé annoncer de nouvelles initiatives législatives. « Se rassembler, c’est nécessaire. Ça n’est pas suffisant, mais c’est nécessaire pour dénoncer ce qui n’est pas acceptable. Ensuite il y aura du travail d’éducation, de formation, probablement un travail législatif aussi », a déclaré le chef du gouvernement à l’issue de la cérémonie.

Reste à savoir de quel travail législatif il peut s’agir. Le président de la République précisera probablement ses intentions ce mercredi dans la soirée, lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives (Crif), où il doit prononcer un discours. Mais ses marges de manoeuvre sont limitées, tant la France a déjà multiplié les grandes marches et les plans de lutte contre l’antisémitisme. Sans grand résultat jusqu’ici.

La ritournelle des plans contre l’antisémitisme

En mars 2018, le premier ministre Édouard Philippe avait déjà convoqué la presse au Musée national de l’Histoire de l’immigration à Paris pour y dévoiler son « plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme » après l’agression d’un enfant portant une kippa à Sarcelles (Val d’Oise).

Un exercice imposé pour tous les chefs de gouvernement qui se sont succédé à Matignon depuis une décennie, mais rarement suivi d’effet en raison de promesses jamais appliquées ou de la recrudescence conjoncturelle des délits antisémites. Exemple: sur les 40 mesures promises par Manuel Valls en 2015, seules un peu plus de la moitié ont été engagées et/ou réalisées.

Il y a un an, Édouard Philippe s’était engagé à faire pression sur l’Europe pour qu’elle impose aux hébergeurs et réseaux sociaux de retirer rapidement les contenus haineux. Il avait par ailleurs confié à l’enseignant franco-algérien Karim Amellal, à la députée LREM Laetitia Avia et au vice-président du Crif Gil Taïeb une mission visant à plancher sur un nouvel arsenal législatif contre les « discours haineux ».

C’est bien cette piste qui devrait se préciser dans les jours et mois qui viennent. L’exécutif envisage d’inscrire dans la loi « avant la fin de l’année » des dispositions visant à « mettre en cause la responsabilité » des réseaux sociaux lorsqu’ils colportent des propos haineux tombant sous le coup de la loi. En mars, le gouvernement penchait pour instaurer de lourdes amendes, comme en Allemagne, contre les réseaux sociaux qui ne retirent pas des propos haineux sous 24 heures, la « fermeture des comptes ayant diffusé de manière massive et répétée » des messages de haine. Ou encore « l’enquête sous pseudonyme » de cyber-enquêteurs sur les espaces de discussion en ligne.

Pénaliser l’antisionisme, une fausse piste

Mais ces mesures seront de peu d’effet sur la profanation répétée de lieux de culte ou les injures et agressions visant les juifs dans la rue, à l’image de celle subie par le philosophe Alain Finkielkraut en marge d’une manifestation des gilets jaunes.

Pour répondre à l’injure de « sale sioniste » employée par un de ses agresseurs, un groupe de députés mené par l’élu LREM Sylvain Maillard a proposé de pénaliser l’antisionisme au même titre que l’antisémitisme. Proposition qui s’est heurtée à une levée de boucliers, y compris dans son propre camp, beaucoup lui opposant le droit de dénoncer la politique de l’État d’Israël sans forcément verser dans la haine des juifs.

Emmanuel Macron a d’ailleurs d’ores et déjà refermé cette porte. « Je confirme que ceux qui, aujourd’hui dans le discours, veulent la disparition d’Israël sont ceux qui veulent s’attaquer aux Juifs. Je pense néanmoins que lorsqu’on rentre dans le détail, la condamnation pénale de l’antisionisme pose d’autres problèmes », a tranché le chef de l’État.

Pressé d’agir, ce dernier devra aussi répondre aux appels lancés par la droite et l’extrême droite de s’attaquer à la radicalisation islamiste, accusée par certains de nourrir la recrudescence des actes antisémites en France. On a appris lundi qu’un des agresseurs d’Alain Finkielkraut gravitait dans les sphères salafistes.

Sur la chaîne de télévision israélienne I24News, la présidente du RN, Marine Le Pen, a dénoncé les élus qui « pour des raisons électoralistes, ferment les yeux » sur le « fondamentalisme islamiste ». « Avant de changer la loi, commençons déjà par l’appliquer. Que les actes antisémites soient jugés. Derrière les actes antisémites, il y a la question de l’islamisme intégriste », a abondé le président des Républicains Laurent Wauquiez.


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