vendredi , 23 août 2019
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entre Porochenko et Zelensky, « le match est plié »


En lice pour le second tour de la présidentielle en Ukraine, Petro Porochenko et Volodymyr Zelensky se sont affrontés vendredi dans un débat qui ne devrait pas remettre en cause la victoire annoncée du comédien de 41 ans, novice en politique.

Alors que le peuple ukrainien s’apprête à élire, dimanche 21 avril, son nouveau président, un homme fait cavalier seul en tête :Volodymyr Zelensky, sorti grand gagnant du premier tour. Le comédien de 41 ans, novice en politique, a remporté plus de 30 % des voix au premier tour, soit deux fois le score de son principal opposant, le président en poste Petro Porochenko. Une large avance qui devrait encore s’accentuer au second tour selon les sondages.

« Je suis le fruit de vos erreurs »

« Je ne suis pas un homme politique. Je suis un homme simple venu casser ce système », a déclaré le comédien candidat en ouverture du débat télévisé organisé au stade olympique de Kiev, vendredi 19 avril.

Devant des milliers de partisans survoltés, Volodymyr Zelensky s’est posé en rempart à la corruption des élites. Et s’est présenté comme un candidat moderne, honnête et naturel, le nouveau visage dont l’Ukraine a besoin : « Je suis le fruit de vos erreurs et de vos promesses », a-t-il lancé, apostrophant son rival, le président Porochenko.

Volodymyr Zelensky était jusqu’alors connu comme l’acteur phare de la série télévisée « Serviteur du peuple ». Il y incarne un professeur d’histoire devenu président qui lutte contre la corruption des oligarques. Depuis le début de la campagne, il joue au maximum la carte de son personnage, allant jusqu’à donner le nom de la série à son parti politique.

Pour le correspondant de France 24 Gulliver Cragg, ce candidat est le reflet de son époque : « L’Ukraine s’inscrit dans une tendance mondiale avec des stars du show business qui font leur entrée en politique, comme Donald Trump. Volodymyr Zelensky a basé toute sa campagne sur les réseaux sociaux. Les autres candidats ont été obligés de s’adapter. »

S’il a emporté haut la main la bataille de l’image et promet de lutter contre la corruption, Volodymyr Zelensky a cependant encore fort à faire pour se présidentialiser. « Son programme reste à préciser, explique à France 24Tatiana Kastouéva-Jean, chercheuse à l’IFRI. Sur le plan intérieur, il peut s’appuyer sur deux prises de choix, les ministres des Finances et de l’Économie, mais pour la politique internationale, c’est le flou complet. »

Un président en chute libre

Alors que le pays s’enlise dans la crise économique, le président en poste depuis cinq ans, Petro Porochenko, suscite un très fort rejet. Pour Galia Ackerman, chef du bureau Russie à la revue Politique internationale, le vote contestataire est avant tout dû à la chute vertigineuse du niveau de vie. Or, ce problème est largement imputable aux instances internationales. « Pour accorder des prêts, l’UE et le FMI ont exigé que l’Ukraine augmente considérablement le prix des hydrocarbures, décrypte Galia Ackerman. Ils ont fixé des quotas très limitatifs pour les produits ukrainiens alors que l’Ukraine a perdu une grande partie du marché russe. Les gens se sont considérablement appauvris. »

Elections en Ukraine: l’analyse de Galia Ackerman

Résultat : Petro Porochenko cristallise aujourd’hui toutes les critiques. Alors qu’il avait promis de lutter contre la corruption, il a dû limoger un proche accusé de détournement de fonds à un mois du premier tour. Durant le débat, Volodymyr Zelensky s’en est donné à cœur joie : « Comment se fait-il que l’un des pays les plus pauvres soit dirigé par le président le plus riche de son histoire ? », a-t-il lancé à son adversaire.

Petro Porochenko a quant à lui fustigé « l’incompétence totale » de son rival, qu’il accuse de « jouer avec le pays ». Mais pour Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po et directeur du site EurAsia, le résultat de l’élection ne fait aucun doute : « Le match est plié. Il y a un tel rejet du pouvoir en place que même l’indécision ne semble pas pouvoir bénéficier au président. »

L’ombre russe

Autre sujet clé du débat, le conflit avec la Russie. Le président Petro Porochenko s’est posé en unique défenseur des intérêts ukrainiens face à Moscou. « Un acteur sans expérience ne peut pas faire la guerre avec l’agresseur russe », a-t-il prévenu.

Un positionnement qu’il n’a cessé de marteler durant sa campagne au slogan évocateur : « Armée, langue, foi ». De son côté, Volodymyr Zelensky, russophone, considère que les langues russe et ukrainienne doivent pouvoir cohabiter. Une position qui fait grincer des dents à l’ouest, où beaucoup de citoyens voient la promotion de la langue ukrainienne comme une garantie de la souveraineté du pays.

Volodymyr Zelensky joue la carte de la langue russe pour se positionner en médiateur, promettant de relancer les discussions avec Moscou, aujourd’hui au point mort. Une stratégie habile selon Tatiana Kastouéva-Jean : « Il oppose à la rhétorique guerrière du gouvernement une vision pacificatrice. Or, les priorités ont changé en Ukraine, le peuple réclame avant tout des réformes contre la vie chère et la corruption.« 

Les soutiens de Petro Porochenko ont tenté de jeter le discrédit sur Volodymyr Zelensky, accusant le comédien de conflits d’intérêts avec la Russie. Mais aucun élément concret n’a jusqu’ici permis d’affirmer cette thèse.

Le test des législatives

Si l’élection de Volodymyr Zelensky semble courue d’avance, les regards se tournent déjà vers la prochaine étape, les législatives prévues pour octobre.

« Il y a six mois entre les deux échéances, un temps extrêmement long en politique », explique Tatiana Kastouéva-Jean. « Volodymyr Zelensky va devoir se battre pour la majorité parlementaire, or l’enthousiasme qu’il suscite risque de retomber si les annonces et actes concrets ne sont pas au rendez-vous. » Une analyse partagée par Florent Parmentier : « Le jeu sera à nouveau ouvert. Il est fort probable que le parti de Porochenko mise dès aujourd’hui sur un retour politique en octobre. »


Retrouvez cet article sur : AFP

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