mercredi , 17 juillet 2019
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Espérons que la condamnation de l’agresseur de Julia sera une ligne rouge à ne plus franchir sur la transphobie

Le 31 mars 2019, vers 19h00, à la sortie de la station de métro République à Paris, Julia a été agressée en raison de son identité de genre. Plusieurs individus l’ont encerclée, insultée et agressée sexuellement. Un homme, âgé de 23 ans, Seddik, lui a ébouriffé les cheveux, l’a poussée et lui a portée cinq coups violents à la tête. La vidéo de l’agression transphobe est devenue virale sur les réseaux sociaux. Julia, dont nous saluons le courage et la détermination, souffre depuis lors de séquelles psychologiques au quotidien. Mercredi, son agresseur a été condamné par la 23e chambre du Tribunal correctionnel de Paris à une peine de 10 mois de prison, dont 4 mois avec sursis et mise à l’épreuve et 2 ans de suivi-socio judiciaire. La peine a été assortie d’un mandat de dépôt immédiat, d’une interdiction d’entrer en contact ou d’approcher le domicile de Julia et de l’obligation d’indemniser Julia et les associations parties civiles à ses côtés pour un total de 8 000 euros.

Le tribunal a prononcé une peine exemplaire. Il a délivré un message fort indiquant que les agressions transphobes doivent être sanctionnées à la hauteur de la gravité des faits. C’est une victoire contre la transphobie, pour les personnes trans. Il est aussi un bel encouragement à ce que les personnes trans victimes d’agressions portent plainte et soient, enfin, reconnues pleinement par les institutions policière et judiciaire. Notre association SOS homophobie, qui lutte depuis 25 ans contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie, souhaitait être partie civile au côté de Julia. Pour dénoncer la transphobie, sa violence et ses manifestations. Pour que justice soit faite.

Lors de sa garde à vue, l’agresseur a reconnu le caractère transphobe de l’agression en déclarant notamment aux policiers: “je suis en garde à vue pour avoir frappé un monsieur qui n’est pas un monsieur, mais un trans […]. Donc je l’ai frappé, ce fils de pute.”. Le cas de Julia n’est pas isolé. Il fait échos aux 210 témoignages d’actes transphobes reçus par SOS homophobie en 2018, soit 22% de plus qu’en 2017. Dans près de 20% des cas, ces témoignages font état d’une agression physique. Dans près de 10% des cas, ces actes transphobes se sont produits dans l’espace public. Derrière ces chiffres, il y a une réalité, celle de la violence et des coups, de la stigmatisation et des discriminations. Banalisée, cette transphobie s’est manifestée dès l’ouverture de l’audience de mercredi, lorsque Julia a été mégenrée par le tribunal et le greffier. Cela  souligne l’urgente nécessité de la formation des personnels de justice aux questions de discriminations en raison du genre, de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle.

Nous espérons que la décision du tribunal correctionnel tracera une ligne rouge à ne plus franchir sur les violences transphobes. Nous espérons qu’elle entraînera une prise de conscience des institutions judiciaire et policière.

Nous espérons que toute personne pourra enfin vivre son identité de genre en toute liberté dans notre pays, comme cela devrait être la règle dans un État de droit.


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