samedi , 17 août 2019
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Européennes 2019: ça veut dire quoi pour ce fabricant de sacs plastiques

ÉLECTIONS – “L’Europe, elle a été faite à l’envers”, se désole Pierre Cogne, fabricant de sacs en plastique et en papier à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie). Depuis la création de son entreprise en 1984, ce chef de PME ressent de plein fouet les effets des directives, normes, règlements ou accords votés par les eurodéputés.

“Nous avons fait l’Europe monétaire, nous aurions dû faire l’Europe sociale avant, tempête l’homme de 57 ans, qui se décrit pourtant comme ‘résolument optimiste’. Elle nous met des contraintes qui ne sont pas forcément adaptées à notre façon de vivre, à nos professions, à nos machines, à nos structures.”

Située à environ 500 mètres de la frontière avec la Suisse, l’entreprise qu’il a créée avec son frère fabrique des sacs en papier et en plastique pour les commerçants, artisans et associations, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Dans les années 80, le nouveau produit qui fait fureur, c’est le sac en plastique. “C’était pas cher, solide, et ça pouvait porter 900 fois son poids, raconte Pierre Cogne. On n’avait pas les mêmes notions de pollution, c’était pas du tout polémique, au contraire, c’était un produit très moderne. ” À l’époque, aucune réglementation ne vient troubler le quotidien de la petite entreprise.

“Un vrai produit écologique”

En 2005, une première loi française veut interdire les sacs plastiques non biodégradables d’ici 2010. Mais les décrets d’application ne seront jamais publiés. Sentant le vent tourner, l’entreprise Cogne & Fils se met à fabriquer des sacs “oxo-dégradables”. Un plastique dans lequel on ajoute un additif pour qu’il se dégrade s’il se retrouve dans la nature.

“À ce moment-là, c’était un vrai produit écologique, justifie Pierre Cogne. Mais on s’est rendus compte ensuite que les particules restaient dans la nature et que ce n’était pas le produit que l’on espérait. Comme quoi, les produits d’aujourd’hui peut-être dans le temps ne seront pas forcément les produits écologiques de demain…”

Dix ans plus tard, la petite PME qui tourne bien a embauché quelques salariés et fabrique 60% de sacs en oxo-dégradable et 40% en plastique classique. “En pays de Savoie, sur les stations de ski, mettre de la marchandise, des bouteilles ou des chaussures de ski dans un sac papier, s’il neige… tout tombe par terre, explique-t-il. Les commerçants ont encore besoin de sacs plastiques solides.”

La situation géographique de l’entreprise participe à son développement, favorisé par le marché commun européen. “La Haute-Savoie est devenue hyper attractive en termes d’emploi, acquiesce-t-il. Nous avons une progression d’habitants la plus élevée de France. La libre-circulation bien évidemment a permis tout ça.” 

Loi sur les sacs plastiques à usage unique

En 2015, le Parlement européen signe un texte sur la réduction massive de sacs plastiques à usage unique. La France, qui est sur le point d’accueillir la Cop 21, veut montrer l’exemple. L’Assemblée vote à l’unanimité pour les bannir. Mais le décret d’application, publié un an et demi plus tard, ne les interdit pas totalement.

“La première chose qui a été faite, c’est que le sac oxo-dégradable a été totalement interdit tout de suite, raconte Pierre Cogne. Et ensuite, il a été décidé que tout sac sorti de caisse pour des produits à contact non alimentaire, qu’il soit biodégradable ou pas, devrait faire 50 micromètres d’épaisseur.” 

Pour Pierre Cogne, la mesure est absurde. “Les sacs étant plus épais, nous en fabriquons moins par jour, mais nous les vendons plus cher, détaille-t-il. Mais nous ne passons pas moins de plastique qu’avant. C’est un peu une aberration.” 

Aucune règle ne vient encadrer la matière dont sont faits les sacs, sauf ceux qui sont en contact avec des aliments. “On peut utiliser des sacs plus fins, mais il faut qu’ils soient en matière biodégradable. Il y a une norme européenne mais la France est un peu plus contraignante et va dans le bon sens.” 

La France oblige ces sacs à usage alimentaire à être composés de 30% de matière biodégradable issue de l’agriculture et 70% de polyester. Progressivement, les chiffres doivent s’inverser pour atteindre 80% de biodégradable en 2024. Actuellement, ils sont à 40% biodégradables.

Gobelets, assiettes, pailles, fourchettes

Entre-temps, l’entreprise s’est diversifiée et vend également de la vaisselle jetable et toutes sortes d’objets en papier, carton et plastique. En 2019, une directive européenne stipule que les produits en plastique à usage unique seront interdits d’ici 2021 dans toute l’Union européenne.

“On vient de découvrir avec effroi, un effarement total, que ça ne sera pas interdit: de nouveau on fait la même erreur, des gobelets plus épais, des pailles plus épaisses, des fourchettes plus épaisses, se désole Pierre Cogne. Qui sont dits ‘réutilisables’, comme si on allait réutiliser de la vaisselle jetable. Là je ne comprends pas.”

Pour lui, pas d’inquiétude cependant. Cela fait déjà des années qu’il vend des produits en matières biodégradables. “Dans notre entreprise, on a même programmé d’arrêter la vaisselle plastique à la fin de l’été, ajoute-t-il. On laisse finir les associations qui ont un budget moins élevé.” Grâce à un groupement de distributeurs, Point E, il a accès à toutes sortes de matières innovantes.

“Le consommateur choisira, mais nous avons déjà des produits en bambou, en pulpe de canne, en amidon, en PLA (bioplastique, ndlr), en son…” énumère-t-il. Le problème pour ses clients, qui sont des commerçants et des associations, c’est le prix, “quatre fois plus cher, en moyenne”.

“Le mot-clef, c’est d’être raisonnable”

Quand on lui demande s’il compte arrêter également la fabrication de sacs plastiques, sa réponse est négative. “Les gens en ont besoin. Le sac biodégradable est une alternative, mais ce n’est pas costaud, tout comme le sac en papier”, explique-t-il. Autre écueil: le volume. “Un sac en papier, c’est 7 fois plus volumineux qu’un sac plastique. Donc le commerçant préfère stocker de la marchandise qu’il va vendre, que de la marchandise qu’il va donner.”

Aujourd’hui, l’entreprise fabrique environ 50% de sacs en papier et 50% en plastique. “Le mot-clef, c’est d’être raisonnable, conclut-il. Les sacs plastiques ont été distribués en excès à cause de la grande distribution. À partir du moment où le produit est donné sans utilité, il n’est plus respecté.”


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