lundi , 17 juin 2019
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Européennes 2019: ça veut dire quoi pour ce pêcheur

EUROPÉENNES – “On est dedans, il faut faire avec”. Sur le pont de son navire, Jean-Michel Fournier, pêcheur à Boulogne-sur-Mer, ne déborde pas d’enthousiasme à l’évocation du mot “Europe”. “Pour moi, on n’en avait pas besoin pour grandir”, ajoute-t-il à notre micro.

À l’approche des élections européennes du 26 mai, ce professionnel de la mer, issu d’une quatrième génération de marins, a partagé avec Le 4Suisse ses nombreux griefs envers Bruxelles, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Entre les quotas de pêche, une nouvelle “obligation de débarquement” qui bouscule le quotidien de son équipage et le Brexit qui pourrait redéfinir sa zone d’activité, les préoccupations européennes sont multiples pour cet entrepreneur.

“Je prends l’exemple du bar, qu’on a dû balancer trois fois cette année. Croyez-moi, l’équipage, quand il sait qu’il a du mal à boucler ses fins de mois, il tire la tête”, explique par exemple Jean-Michel au sujet des totaux admissibles de captures (TAC), communément appelés “quotas de pêche”.

Comme plusieurs de ses confrères et consœurs, il juge déconnectées ces restrictions, même si ces dernières sont négociées chaque fin d’année à partir d’avis scientifiques.

Une nouvelle obligation “contraignante”

Autre sujet de crispation issu de la Politique commune de la pêche (PCP): la nouvelle “obligation de débarquement”, qui interdit le rejet à la mer des prises non désirées. 

Cette mesure bouscule le quotidien des équipages, puisque ces derniers doivent maintenant revenir au port pour décharger leurs captures accidentelles. Selon leur taille, celles-ci peuvent ensuite être vendues, détruites ou transformées en farine animale. L’Union européenne veut ainsi inciter à une pêche plus sélective et plus propre.

Mais pour Jean-Michel, “c’est contraignant”. Le professionnel y voit une perte de temps et d’argent. ”Ça nous arrive de pêcher cinq ou six tonnes de petit chinchard. On n’a plus de place en cale. Ça met en danger la flotabilité du navire et on consomme du carburant en plus”, ajoute-t-il au micro du 4Suisse.

Brexit : 70% du chiffre d’affaires menacé

Jean-Michel attend surtout des députés européens, pour les premiers mois de leur prochaine législature, une attention particulière sur la question des eaux anglaises et du Brexit.

Car si aucun accord n’est signé sur ce sujet précis en cas de retrait britannique de l’UE, le pêcheur craint de ne plus avoir accès à cette zone lucrative, où il recueille 60 à 70% de son chiffre d’affaires. “On va forcément retrouver tout le monde (Hollandais, Belges) repris dans les eaux françaises”, déplore Jean-Michel.

Cette inquiétude de voir les frontières de son travail reculer peut paraître paradoxale pour ce professionnel plus prompt à critiquer les grands ensembles supranationaux. Mais le pêcheur réplique: “les droits de pêche historiques datent d’avant l’Europe. Mon grand-père travaillait même à trois milles nautiques des côtes anglaises! Il faut simplement garder ces droits”.

Depuis la signature en 1964 de la Convention de Londres sur la pêche, les pêcheurs français peuvent jeter leurs filets jusqu’à six milles nautiques des côtes anglaises. Mais cette entente est aujourd’hui remise en question par le ministre de l’environnement britannique, l’eurosceptique Michael Gove.

En cas de “no deal”, “ce serait un drame”, avouait en mars le ministre de l’agriculture et de l’alimentation Didier Guillaume, sur les ondes de Sud Radio. “Il n’y pas du tout d’autre possibilité de report ailleurs. (…) Donc, nous avons commencé à envisager des solutions sociales d’arrêt de bateaux”, ajoutait-il.


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