vendredi , 23 août 2019
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Fin d’une saison embouteillée et meurtrière sur l’Everest


Lorsque Edmund Hillary et Tensing Norgay devenaient, le 29 mai 1953, les premiers explorateurs connus à réaliser l’ascension de l’Everest, ces deux hommes n’imaginaient pas que plus de soixante ans plus tard, des centaines d’alpinistes peu formés à de tels efforts à haute altitude, rendraient le culminant de l’Himalaya semblable à une rame de métro en heure de pointe. C’est pourtant la nouvelle réalité du toit du monde, pris d’assaut par 807 personnes en 2018. Un chiffre qui, selon les prévisions, devrait être battu cette année.

Une situation dramatique. Depuis le début de la saison, période annuelle pendant laquelle l’ascension est possible et qui touche à sa fin, onze personnes sont mortes. Le dernier en date est un Américain, qui a été victime ce mardi d’un « problème cardiaque et est mort au col Sud », déclarait Mira Acharya du département du tourisme du Népal.

Plus tôt dans le mois, un Britannique et un Irlandais ont également trouvé la mort. Le premier, qui avait atteint le sommet samedi matin, s’est effondré en redescendant, au bout de 150 mètres seulement. 

Embouteillages mortels

Et la cause de cette recrudescence des décès sur l’Everest est bien connue. Observateurs et alpinistes fustigent le trop grand nombre de grimpeurs, au niveau technique insuffisant qui, désireux d’ajouter le sommet à leur palmarès personnel, ralentissent les personnes derrière eux et les mettent ainsi en danger.

En raison de ces lenteurs, « les bouteilles d’oxygène de nombreux grimpeurs s’épuisaient », a raconté l’alpiniste indienne Ameesha Chauhan, soignée à Katmandou pour des gelures à la main gauche. « Certains grimpeurs sont morts à cause de leur propre négligence. Ils insistaient pour atteindre le sommet alors que leur oxygène s’amenuisait, ce qui mettait leur vie en péril. »

« J’ai vu des alpinistes sans aptitudes de base s’appuyer complètement sur leurs guides sherpas », a déclaré la jeune femme de 29 ans, parvenue au sommet jeudi et qui a échappé au gros des encombrements, n’y passant que 20 minutes.

« Mort. Carnage. Chaos »

Signe de l’engorgement, une impressionnante photo prise mercredi montrait des sportifs emmitouflés et en crampons piétinant en file indienne. Signé de l’alpiniste Nirmal Purja, qui s’est mis au défi de réaliser les quatorze « 8.000 » de la planète en seulement sept mois, le cliché a fait le tour du monde.

« Je n’arrive pas à croire ce que j’ai vu là-haut. Mort. Carnage. Chaos. Queues. Cadavres sur la route et dans les tentes au camp 4. Des gens à qui j’ai essayé de faire rebrousser chemin qui ont fini par mourir. Des gens être traînés en descente. Enjamber des corps », a relaté sur son compte Instagram l’alpiniste Elia Saikaly.

Si la critique sur les alpinistes insuffisamment chevronnés est récurrente depuis le développement des expéditions commerciales sur l’Everest dans les années 1990, elle s’est accentuée ces dernières années, avec l’émergence de multiples agences bon marché. Il est désormais possible de s’offrir l’Everest pour environ 20.000 dollars, soit moins d’un tiers de ce que facturent les opérateurs les plus réputés.

Cette saison a aussi vu le Népalais Kami Rita Sherpa, un guide de 49 ans, battre son propre record du monde en réussissant ses 23e et 24e ascensions de l’Everest. La Sud-Africaine Saray Khumalo, 47 ans, est elle devenue la première femme africaine noire à poser le pied sur le toit du monde.

Un an et demi après son sauvetage hivernal dramatique dans l’Himalaya, la Française Elisabeth Revol a de son côté renoué avec les « 8.000 » en grimpant coup sur coup l’Everest et le Lhotse voisin.




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