dimanche , 8 décembre 2019
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3 événements qui pourraient déstabiliser l’économie en 2020

La croissance mondiale en 2020 devrait rester au plus bas. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a abaissé ses prévisions pour l’année prochaine et n’anticipe pas de franche reprise en 2021, en raison des tensions commerciales persistantes qui risquent de continuer à peser sur les échanges et les investissements. Selon l’OCDE, la croissance devrait donc continuer à évoluer sous la barre des 3% au niveau mondial en 2020, à 2,9%. Elle remonterait ensuite légèrement, à 3% en 2021.

« Ces taux de croissance sont les plus bas depuis la crise financière », a commenté l’organisation. En Europe, la France afficherait une croissance de 1,2% en 2020, après 1,3% cette année, tandis que l’Allemagne observerait un ralentissement à 0,4%, après 0,6% en 2019. Pour relancer l’activité sur le continent, la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, pourrait jouer un rôle déterminant.

La banque d’investissement Saxo Bank s’est livrée à plusieurs « prévisions chocs » pour l’année à venir qui modifieraient radicalement les perspectives d’investissement et l’économie si elles venaient à se réaliser :

Christine Lagarde relève les taux de la BCE

Christine Lagarde pourrait estimer que la politique monétaire aurait atteint ses limites et déciderait donc de procéder à un premier relèvement des taux le 23 janvier 2020. « Cette première hausse est suivie d’une autre plus tard, cela ramène rapidement le taux directeur à zéro et il devient même légèrement positif avant la fin de l’année », anticipe Saxo Bank. Cette décision viserait un double effet. Elle permettrait de contraindre les gouvernements à prendre le relais de la politique monétaire accommodante de la BCE.

« C’est le seul moyen un peu coercitif pour contraindre à une relance budgétaire. Mais pour l’Allemagne, il faudrait en plus une tournure négative de son marché du travail pour pousser le gouvernement à agir (le pays affiche un taux de chômage de seulement 5%, ndlr) », estime le chef économiste de Saxo Bank Christopher Dembik. Les taux bas ont facilité jusqu’ici l’octroi de crédits avec de faibles intérêts aux ménages et aux entreprises au sein de la zone euro. Mais pas seulement. 

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« La triste réalité est que les taux de dépôt négatifs ont certes contribué à l’augmentation des exportations par le biais de la dépréciation de l’euro, mais ils entraînent surtout une perturbation des marchés financiers et un affaiblissement des institutions financières et bancaires », constate Saxo Bank. Les taux bas, voire négatifs, affectent la rentabilité des banques et pourraient nuire sur le long terme à la solidité du secteur bancaire européen. Ce serait la deuxième raison pour laquelle Christine Lagarde pourrait décider de les relever. 

La réaction du marché pourrait être « étonnamment positive » et les banques de l’Union européenne ferait alors « partie des secteurs les plus performants en 2020 », prédit la banque d’investissement. 

Les Etats-Unis mettent en place une ‘America first tax’

Autre prévision choc de Saxo Bank : l’instauration d’une nouvelle taxe par les Etats-Unis, qui ne manquerait pas d’alimenter la guerre commerciale, notamment avec la Chine. Le pays souhaiterait à la fois réduire son déficit commercial — qui atteignait 621 milliards de dollars en 2018 — et mieux taxer les revenus engendrés à l’étranger par les entreprises américaines. En pleine campagne pour l’élection présidentielle de novembre, et alors que les sondages lui prédiraient une défaite cuisante, Donald Trump instaurerait une « America first tax » pour tenter de reprendre la main et valoriser son discours protectionniste.

Cette taxe forfaitaire viendrait en remplacement de tous les autres droits de douane existants et s’élèverait à 25% des revenus bruts des entreprises engendrés à l’étranger. Ces nouveaux droits ne manqueraient pas de susciter de vives protestations de la part des partenaires commerciaux des Etats-Unis. « L’Europe serait concernée dans la mesure où beaucoup d’entreprises américaines ont des activités sur le continent et y réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires », précise Christopher Dembik.

Mais la Chine, où des entreprises comme Apple produisent et sous-traitent une bonne partie de leurs biens, serait plus durement touchée. Surtout si cette taxe, dont l’objectif serait d’inciter au rapatriement des productions sur le territoire américain, faisait son effet.

La Hongrie sort de l’Union européenne

Enfin, Saxo Bank voit éventuellement la Hongrie suivre l’exemple du Royaume-Uni et engager une procédure pour quitter l’Union européenne (UE). Le pays est en froid avec Bruxelles, alors que l’article 7 du traité de l’UE a été activé le 12 septembre 2019 par les eurodéputés contre la Hongrie. Cette procédure la plus radicale contre un pays bafouant les règles européennes, souvent qualifiée « d’arme nucléaire » institutionnelle, peut aller jusqu’à la suspension des droits de vote de l’Etat concerné au Conseil de l’UE. 

Le Premier ministre Victor Orban, membre du Fidesz, un parti politique très à droite, se voit reprocher des manquements à l’Etat de droit, notamment des atteintes à l’indépendance de la justice, des médias, ainsi qu’aux libertés individuelles et aux droits des réfugiés. 

Mais s’il décide de tourner le dos à l’UE, son pays pourrait être le premier à en pâtir, alors que son succès économique depuis 2004 provient notamment des transferts de capitaux de Bruxelles, qui dopent en particulier le secteur de la construction. Selon une estimation du cabinet d’audit KPMG, reprise par Saxo Bank, l’adhésion à l’UE a apporté environ 3% de croissance du PIB par an à la Hongrie. 

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Ce serait aussi une mauvaise nouvelle pour les autres États de l’UE. « Mais sur le plan économique, la Hongrie n’est pas la Pologne ou la République tchèque », tempère Christopher Dembik. Les échanges avec l’Europe de l’Ouest et notamment l’Allemagne sont bien moins conséquents. « L’impact d’une sortie du pays resterait localisé », conclut-il. Une nouvelle sortie de l’UE donnerait toutefois l’image d’une Union qui se délite et tendrait à l’affaiblir face aux puissances chinoise et américaine. 

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