lundi , 1 juin 2020
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Alors que le chômage explose, la dette des étudiants américains atteint des sommets


La progression est vertigineuse. En 14 ans, la dette des étudiants américains a été multiplié par plus de 3 passant de 481 milliards de dollars début 2006 à 1683 milliards de dollars début 2020, selon les chiffres de Learnbonds.com

Aujourd’hui, environ 45,5 millions d’Américains ont contracté des dettes pour leurs études. C’est le niveau le plus élevé jamais enregistré et il représente plus de 10% de la dette totale des ménages américains.

En ce qui concerne les montants, les prêts allant de 25.000 à 50.000 dollars sont les plus courants, avec 9,5 millions d’Américains concernés. Viennent ensuite les prêts de 10.000 à 25.000 dollars (9,2 millions d’étudiants). Learnbonds dénombre par ailleurs 7,5 millions d’Américains avec une dette étudiante d’un montant compris entre 5.000 et 10.000 dollars et 8,3 millions d’Américains avec des crédits dans la tranche allant de 0 à 5.000 dollars. Mais, cela peut grimper beaucoup plus haut. Il y a ainsi 800.000 étudiants ayant une dette en cours s’élevant à 200.000 dollars ou plus.

Un boulet à vie

Pour les étudiants concernés, le remboursement de cette dette ressemble parfois à un boulet pour la vie. Rappelons qu’en 2012, Barack Obama affirmait qu’il avait fini de rembourser son crédit étudiant en 2004, soit à peine quatre ans avant son élection à la présidence des Etats-Unis à l’âge de 47 ans…

Il semble que le niveau de dette soit proportionnellement inversé à celui du classement des universités. Ainsi, les étudiants de l’Université de Princeton, classée au premier rang du pays, ont la moyenne d’endettement la plus faible, à 9.059 dollars. Par contre, les étudiants de la Northwestern University, au neuvième rang, ont la moyenne de dette étudiante la plus élevée, soit 32.395 dollars.

L’explication est assez simple selon  Learnbonds.com: les universités les plus reconnues sont majoritairement fréquentées par les étudiants issus des familles les plus riches, qui ont donc moins besoin de faire appel à un crédit pour financer leurs études.

Si les prêts étudiants explosent, c’est parce que le coût des universités américaines a bondi, passant de 41.000 dollars par an pour les plus coûteuses en 2013-2014 à 50.000 dollars pour la période 2019-2020, soit une progression de 22% sur la période.

Risque de défaut?

Ce niveau de dette des étudiants américains doit-il inquiéter en faisant resurgir le spectre de l’éclatement d’une bulle, à l’image de l’explosion en plein vol des prêts immobiliers à risque (crise des subprimes) qui ont provoqué la crise financière de 2007-2008?

En théorie non. Si ce poids freine la capacité à emprunter pour d’autres achats importants comme l’immobilier, le risque de défaut est relatif. Car les emprunteurs ont vocation à avoir un niveau d’étude élevé et donc une bonne rémunération à terme. Contrairement aux prêts subprimes accordés à des Américains dont la capacité de remboursement était douteuse. Par ailleurs, la dette étudiante est majoritairement garantie par le gouvernement fédéral et peu titrisée (20% des créances seulement).

Mais la crise économique qui traverse les Etats-Unis à cause de l’épidémie de coronavirus et du confinement de l’économie bouscule la donne. Avec un taux de chômage désormais à 14,7%, le risque de défaut bondit. 

La crise due au coronavirus change la donne

De quoi créer un cercle vicieux: une multiplication des défauts sur la dette étudiante entraînerait un assèchement du crédit en général et donc une baisse de la consommation des ménages, qui s’appuie elle même fortement sur le crédit. Elle fragiliserait également les banques américaines qui sont nombreuses à consentir des prêts étudiants mais surtout les finances publiques puisque  les prêts fédéraux représentent au moins 25% de tous les prêts étudiants. 

Ce thème est en tout cas un sujet fort de la campagne pour la présidentielle américaine, notamment du côté des démocrates. Bernie Sanders, qui a depuis abandonné la course à la primaire, promettait par exemple d’effacer intégralement cette dette en la finançant par une taxe sur Wall Street.




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