lundi , 13 juillet 2020
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Alourdie par sa dette de 66 milliards de dollars, l’Argentine se dirige vers un nouveau défaut de paiement


L’Argentine s’acheminait vers un nouveau défaut de paiement vendredi en n’honorant pas une échéance de 500 millions de dollars, mais la négociation pour la restructuration de 66 milliards de dollars de sa dette se poursuivait. 

Tard jeudi soir, le gouvernement a prolongé pour la seconde fois le délai qu’il avait fixé pour la restructuration, en désignant le 2 juin comme nouvelle échéance.

La prolongation de la période de négociation de seulement dix jours semble montrer que le gouvernement argentin et ses créanciers sont proches d’un accord, bien que la nouvelle date limite ne soit pas forcément définitive, comme l’a précisé jeudi le gouvernement.

« Anecdotique »

Les tractations devaient aboutir à l’origine au plus tard le 8 mai mais, en l’absence d’accord, elles avaient été étendues jusqu’à vendredi, date à laquelle est dû le paiement d’intérêts de 500 millions de dollars. S’il n’est pas annulé, le pays sera en défaut de paiement, le neuvième de l’histoire du pays.

Il semble acquis que ce paiement ne sera pas honoré car le gouvernement a inclus les trois titres de l’échéance, appelés 2021, 2026 et 2046, dans le plan de restructuration et il considère la date de vendredi comme « anecdotique », selon le mot du ministre de l’Economie, Martin Guzman.

Quelques heures à peine avant l’expiration du délai pour le paiement, le principal groupe de créanciers de l’Argentine a toutefois exigé du gouvernement « une discussion directe et immédiate ». 

Un défaut « très court »

« Le groupe se félicite de l’intention exprimée par l’Argentine de travailler avec les créanciers, mais les actes sont plus éloquents que les mots. Au cours du mois dernier, l’Argentine n’a pratiquement pas eu de communication substantielle avec ses créanciers », indique un communiqué du groupe composé de plusieurs fonds d’investissement, dont BlackRock ou Fidelity. 

Martin Guzman a proposé aux détenteurs d’obligations un échange contre de nouveaux titres avec un délai de grâce de trois ans sans paiement, une réduction de capital de 5,4 % et 62 % d’intérêts. Mais son offre a été rejetée. Les créanciers ont présenté leurs propres propositions que le gouvernement dit étudier.

« Si la majorité (des créanciers) est d’accord pour un échange, le défaut sera très court », a relevé auprès de l’AFP l’économiste Marina Dal Poggetto de la société EcoGo. « Mais s’ils bloquent la négociation, nous allons le payer cher », souligne-t-elle.

Toujours en crise

En 2001, avec un défaut historique de 100 milliards de dollars, le pays avait connu sa pire crise sociale et économique. 

Près de vingt ans après, l’Argentine se trouve à nouveau en mauvaise posture: l’économie est en récession depuis deux ans, l’inflation a atteint des sommets (53% en 2019) et la pauvreté n’a cessé de grimper (33% en 2019). 

La pandémie du nouveau coronavirus a fortement ralenti l’activité économique et  forcé le gouvernement à débloquer des fonds pour atténuer ses effets sur les habitants et les entreprises les plus vulnérables.

Le Fonds monétaire international, qui soutient l’Argentine dans sa restructuration, s’est dit cependant confiant face à « la volonté des deux parties de poursuivre les discussions pour parvenir à un accord », selon son porte-parole Gerry Rice.

D’après le calendrier de la dette, d’autres échéances d’intérêts sont prévues fin juin. Avec un délai de grâce de 30 jours, le pays pourrait compter sur un répit jusqu’à fin juillet.

Les fonds vautours surveillent

Mais s’il n’y a pas d’accord à cette date, « les détenteurs d’obligations penseront probablement qu’il sera plus commode de faire appel à la justice, étant donné la difficulté pour l’Argentine de parvenir à un accord à court terme », estime Ignacio Labaqui de Medley Global Advisors.

Une situation de défaut de paiement permet en effet aux créanciers d’exiger devant la justice internationale une « accélération » du remboursement de la dette, à savoir la demande de son paiement intégral.

Tout est une question de temps. Pour la société de conseil Capital Economics, il existe « un risque croissant que les négociations s’éternisent jusqu’à l’année prochaine ».

Autre menace : que des fonds spéculatifs, connus sous le nom de « fonds vautours », acquièrent la dette argentine à bas prix avant de se tourner vers la justice internationale. En 2014, ils avaient déjà remporté une victoire judiciaire contre l’Argentine.




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