samedi , 19 octobre 2019
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Baisse des taux, rachats d’actifs… Faut-il s’attendre à de nouvelles mesures chocs de la BCE?


A quelques semaines de son départ, Mario Draghi veut frapper fort. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) devrait dévoiler, ce jeudi, un ensemble de mesures de relance monétaire, dans un contexte de ralentissement de la croissance dans la zone euro. Si la BCE a surtout brillé par sa prudence ces derniers mois, l’institution semble désormais se montrer plus offensive, comme le laissait entendre, au cœur du mois d’août, Olli Rehn, gouverneur de la banque centrale finlandaise et membre de la BCE. « Lorsque vous avez affaire aux marchés financiers, il est souvent judicieux de donner davantage plutôt que de décevoir, et il est préférable d’avoir un ensemble de mesures politiques très solide », expliquait-il au Wall Street Journal.

La BCE a toujours rappelé qu’elle ne manquait pas d’outils pour renforcer sa politique accommodante et tenter ainsi d’atteindre l’objectif des 2% d’inflation en zone euro, alors qu’elle plafonne à 1,0% sur un an en août. Concrètement, la première mesure devrait concerner les taux directeurs sur les dépôts des banques (actuellement à -0,40%), dont la baisse est désormais actée pour la plupart des observateurs. « L’inconnu porte sur l’ampleur de cette baisse » commente Eric Bourguignon, directeur des activités sur titres pour compte de tiers de Swiss Life Asset Managers. « Elle sera en tout état de cause au moins de 0,10 point mais elle pourrait aussi attendre 0,20 point, ce qui ramènerait le taux de dépôt à -0,60%. » Cela revient à pénaliser encore plus les dépôts, pour inciter les banques à plutôt réinjecter leurs liquidités dans l’économie.

Le taux de refinancement des banques de la BCE, fixé à 0,0% depuis 2016, ne devrait quant à lui pas bouger. 

Le grand retour du quantitative easing

Mais un autre outil est aussi évoqué. La BCE devrait mettre en place un système de paliers (« tiering ») conduisant à appliquer différents taux à différentes banques en fonction de leur taille et de leur solidité financière, histoire de ne pas accabler les établissements les moins solides. Si cette méthode est déjà utilisée en Suisse ou encore en Norvège, son application dans la zone euro s’avérera nettement plus complexe. Faut-il appliquer des taux différenciés à partir de telle taille de bilan, de tel niveau de fonds propres? Où placer les seuils? De son côté, Barclays suggère que la meilleure approche serait de raisonner en fonction du solde de liquidités (total des dépôts diminué du montant emprunté) de chaque établissement auprès de la BCE.

L’autre grande question concerne le QE (pour quantitative easing, ou assouplissement quantitatif). Mis en place en 2015 pour relancer l’activité en Europe, il avait finalement pris fin, du moins en partie, en décembre dernier pour donner davantage de manoeuvre à la BCE en cas de récession. En réalité, depuis janvier, l’institution n’achète des obligations sur le marché qu’en réinvestissant les montants remboursés par les émetteurs au fur et à mesure des échéances. Pas de rachat nets, donc, depuis cette période, mais le maintien d’un bilan d’actifs à un niveau élevé.

Quelles réactions pour les marchés?

Mais l’institution pourrait finalement reprendre plus vite que prévu cette pratique. « En revanche, elle ne devrait pas entrer dans les détails d’un tel projet avant sa réunion d’octobre », juge Eric Bourguignon. De son côté, Barclays s’attend à des annonces concrètes: une reprise des achats nets au rythme de 20 à 30 milliards d’euros d’argent frais par mois, dès janvier prochain. Enfin, la BCE devrait confirmer le lancement le 19 septembre prochain d’une nouvelle opération de refinancement ciblée à long terme (TLTRO-III).

Reste la question des marchés financiers dont les réactions sont souvent épidermiques lors des réunions des grandes banques centrales. Ces derniers jours, ils se montrés plutôt optimistes, s’attendant à un renforcement de la politique accommodante. Compte tenu de la communication offensive de la BCE, ces dernières semaines, les « annonces sont largement intégrées dans les cours et ne devraient pas provoquer de grands remous », estime Eric Bourguignon.

Message de prudence

Pour autant, plusieurs membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, ont d’ores et déjà affiché leur opposition aux mesures envisagées. Le gouverneur de la Banque centrale autrichienne, Ewald Nowotny ne juge « pas utile » un nouveau QE. De son côté, Vítor Constâncio, vice-président de la Banque centrale européenne, rappelle que « nous ne sommes pas en récession » et qu’un paquet de mesure « n’est pas nécessaire pour le moment. »

« Il y a deux façons d’analyser ce tir groupé à quelques jours de la réunion » analyse Alexandre Baradez, responsable Analyses Marchés chez IG France. « Soit des mesures d’envergure sont réellement envisagées et les « faucons » montrent publiquement leurs désaccords avec les « colombes » de la BCE, soit ils estiment que les marchés (obligataires et actions) sont trop confiants et ils envoient un message de prudence en amont pour éviter une trop forte volatilité le jour des annonces… » Réponse, ce jeudi, à 13h30.




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