mardi , 28 janvier 2020
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Comment Donald Trump pourrait surfer sur le conflit avec l’Iran pour se faire réélire


Après l’assassinat vendredi du général iranien Qassem Soleimani sur ordre du président américain Donald Trump, la tension est montée de plusieurs crans entre les Etats-Unis et l’Iran. Invité à l’antenne de BFM Business vendredi, Jean-Eric Branaa, professeur à Paris II, chercheur à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste des Etats-Unis, estime qu’il s’agit là de « la crise la plus grave » traversée par le pays depuis l’élection de Donald Trump.

« On craint qu’il puisse y avoir une guerre entre les deux pays depuis déjà quelque temps », concède le professeur. « Souvenez-vous en début d’année, Donald Trump avait donné cet ordre extraordinaire de frapper l’Iran et il l’avait arrêté (l’ordre – NDLR) dix minutes avant l’impact en expliquant qu’on lui avait dit qu’il y aurait beaucoup de morts ».

Outre-Atlantique, les voix qui redoutent un conflit entre les deux pays sont nombreuses, tout comme celles qui saluent l’initiative du président. Quoi qu’il en soit, les parlementaires américains se sont saisis du sujet – via une résolution – pour interdire à Donald Trump d’engager une guerre face à l’Iran. Sauf que dans le cas où l’Iran riposterait, le chef de l’Etat américain aurait tout à fait « le droit de répliquer » légalement, juge Jean-Eric Branaa.  « On a le doigt dans l’engrenage », explique-t-il, craignant une potentielle escalade militaire. 

La carte patriotique

« Il est certain que Donald Trump pense avoir ‘la baraka’ en politique étrangère. Il est certain aussi de la puissance américaine face à la puissance iranienne. Il estime que le match est déséquilibré et que, de toutes façons, si guerre il y a, ce sera une guerre rapide et à l’avantage des Etats-Unis », pointe le spécialiste des Etats-Unis.

Mais au-delà du fait de se lancer dans un conflit face à une nation iranienne qui pourrait redoubler d’efforts pour lutter contre les assauts américains et inscrire cette lutte dans la durée, Donald Trump joue également beaucoup « sur le plan intérieur », poursuit le professeur.

« Il joue aussi le regroupement derrière son panache. (…) Il a appelé au patriotisme. Désormais les Républicains vont se hisser derrière lui avec bien sûr cette idée du patriotisme, mais également les Démocrates puisque parmi les Démocrates, il y a beaucoup de patriotes. (…) Et en situation de guerre, on sait bien que les présidents agrègent. Souvenons-nous de George W. Bush qui avait atteint une cote de popularité de 90% derrière lui au début de cette guerre avec l’Irak », argumente Jean-Eric Branaa.

Si bien que selon lui, compte tenu également du fait qu’il n’existe aujourd’hui aux Etats-Unis aucun thème de campagne assez fortement développé par les deux camps, le conflit mené à l’encontre de l’Iran pourrait servir les intérêts de Donald Trump lors des prochaines élections prévues le 3 novembre 2020 en atténuant les clivages entre Républicains et Démocrates. Et lui permettre ainsi de briguer un second mandat…

Fin de la guerre commerciale: une heureuse coïncidence?

D’autant qu’en parallèle, le 15 janvier prochain, doit être signé la première phase de l’accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis. Une signature qui tombe à point nommé et qui laisse entrevoir la fin d’un conflit qui a débuté en mars 2018. Pratiquement deux ans d’opposition sur fond de rehaussement de taxes douanières et d’accusations d’espionnage industriel dont l’horizon se dégage seulement quelques mois avant les élections présidentielles américaines.

« C’est très bien joué », souligne Jean-Eric Branaa. « Le calendrier surtout [est] formidablement bien joué. Et il a même rajouté ‘Je me rendrai ensuite à Pékin pour aller négocier moi-même la phase numéro deux’. Et là on voit le conquérant sur la place internationale en termes économiques qui n’a rien lâché », commente le professeur.

Une guerre économique menée envers et contre tous qui, maintenant que les deux pays tendent vers un accord, pourrait permettre à Donald Trump d’en « récolter les lauriers », conclut le professeur.




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