lundi , 20 janvier 2020
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Derrière une industrie minière florissante, l’Australie face au changement climatique


Asseoir la pérennité et le développement de sa filière minière ou prendre des mesures pour lutter contre les gaz à effet de serre… En Australie, la question ne date pas d’hier. Mais elle peine, malgré l’urgence de la situation, à trouver un écho suffisant.

Voilà des mois que des incendies sans précédent ravagent le Sud-Est du pays. Des feux qui s’avéraient jusqu’à présent hors de contrôle et qui commencent tout juste à être maîtrisés. Mais le mal est fait. Et les conséquences pour l’environnement dramatiques. Depuis septembre 2019, ce sont plus d’un milliard d’animaux qui ont péri au milieu des flammes, 25 personnes ont été tuées, plus de 1.800 maisons ont été réduites à néant et 5,5 millions d’hectares seraient partis en fumée.

Un drame que certains observateurs vont même jusqu’à qualifier d' »holocauste » pour la faune et qui pourrait bien conduire à l’extinction de plusieurs espèces, alertent-ils.

Face à l’horreur de la situation, les autorités locales sont à la peine. Et pour cause, on leur reproche d’y avoir indirectement contribué. Les critiques à l’encontre du Premier ministre de centre-droit Scott Morrison, concernant sa politique environnementale, se multiplient. Ce dernier est accusé d’avoir favorisé ce type de drame. Les climatologues sont, d’ailleurs, clairs. Si le climat se réchauffe rapidement, c’est notamment à cause des émissions liées à l’exploitation minière et à la combustion du charbon australien. 

Face aux risques climatiques, l’argument économique

Mais les autorités australiennes ne l’entendent pas de cette oreille… Du fait de sa « géologie exceptionnelle », comme le souligne le ministère de l’Economie et des Finances français, l’Australie posséderait « les plus importantes réserves de nickel, de plomb, d’uranium et de sable » au monde. A titre d’exemple, le pays se hisse au premier rang mondial des réserves d’or, de fer, zinc, zircon et de nickel, au deuxième rang pour ce qui est du cuivre, de l’argent et du cobalt et au quatrième rang mondial des réserves de charbon (« black coal »).

Une richesse qui fait de l’Australie le premier pays producteur de bauxite, d’alumine, de titane, de tantale et de zircone, ainsi que le premier exportateur d’or, de minerai de fer, de charbon, de bauxite et d’alumine. Des ressources minérales qui représentent à ce jour 8% du PIB australien et 58% de la totalité des exportations du pays, aime à rappeler le principal défenseur de cette industrie, le Conseil australien des minéraux (Minerals Council of Australia – MCA) dans ses publications. Des minerais absorbés en grande partie par la Chine, qui achète 30% des exportations australiennes (tous services et biens confondus). Au point que l’ingérence de l’empire du Milieu dans les affaires intérieures de l’Australie est crainte par certains politiques du pays. 

Un emploi sur dix dans le pays

L’Australie comptabilise pas moins de 400 sites miniers et les entreprises qui les exploitent génèrent d’importants profits. Sur l’exercice 2017-2018, la filière a enregistré 225 milliards de dollars australiens (soit 139,250 milliards d’euros) de chiffre d’affaires. En outre, le MCA met en exergue le fait que près de 77% des revenus générés par les principaux producteurs de minerai de fer du pays restent en Australie et que les revenus en question sont payés sous forme de paiements aux fournisseurs ou de taxes et de redevances au gouvernement.

Pas peu fier de sa filière, le Minerals Council of Australia assure par ailleurs que l’industrie minière et le secteur des services d’équipement minier (METS) fournissent aujourd’hui des emplois à 1,1 million d’Australiens – soit un emploi sur 10. Le tout, accompagné « de belles perspectives d’avenir », prône l’instance. Le MCA offre d’ailleurs des bourses annuelles aux doctorants et aux chercheurs pour encourager l’innovation dans ce domaine. Enfin, le Conseil australien affiche sa volonté constante de respecter, dit-il, « les droits de l’Homme ». Mais quid de la faune et de la flore? Sur ce plan, l’instance reconnaît qu’une « action mondiale soutenue est nécessaire pour réduire les risques de changement climatique d’origine humaine ». Or, entre les mots et les actes, il demeure de tout évidence un monde.

Un jackpot pour le fisc

Mais est-ce véritablement étonnant? Sur son site, le MCA indique clairement que la filière minière australienne dispose de tout le soutien du gouvernement pour se développer. D’une part, parce que le secteur minier contribue largement au financement des routes, des écoles, des hôpitaux, de la police et d’autres services. D’autre part, parce que selon des chiffres d’une étude de Deloitte publiée en mars 2019 et citée par le MCA, « les sociétés minières australiennes ont payé 18,6 milliards de dollars en impôt sur les sociétés en 2017-18 ». Soit le montant « le plus élevé depuis le boom des investissements miniers en 2011-12 ». De plus, les sociétés minières se sont également acquittées de « 12 milliards de dollars de redevances en 2017-2018, générant des revenus totaux de près de 31 milliards de dollars » pour les autorités. 

Le reflet de rendements annuels considérables que la filière minière australienne – bien que consciente des enjeux – n’envisage, pour l’heure, aucunement de raboter. En attendant, selon Niklas Hagelberg, un expert en changement climatique du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), il apparaît que « les méga-feux pourraient bien devenir la nouvelle norme à mesure que les températures mondiales [continueront] d’augmenter ».




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