dimanche , 8 décembre 2019
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Hubert Védrine: « tout le monde sait qu’il y a des problèmes avec l’Otan »


Le 70e anniversaire du sommet de l’Otan à Londres débute ce mardi dans une ambiance particulièrement crispée. Outre les récurrents différends entre pays membres sur le dossier syrien ou le financement de l’organisation, les derniers échanges entre la France et les Etats-Unis vont un peu plus plomber l’ambiance. Même si pour l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, « tout le monde sait qu’il y a des problèmes » avec l’Otan. 

Invité ce mardi à l’antenne de BFM Business dans l’émission « 12H, L’heure H », Hubert Védrine estime qu' »Emmanuel Macron, pour toutes sortes de raisons que l’on peut comprendre, met les pieds dans le plat ». Selon lui, le président français « met un pied dans la fourmilière donc c’est normal qu’il y ait toutes ces réactions dans un premier temps ». Avant d’ajouter: « Il faut laisser retomber toute cette agitation. Et je pense qu’après, même ceux qui veulent à tout prix faire comme si l’Otan marchait bien, ne posait aucun problème, ils seront obligés » de se rendre compte qu’Emmanuel Macron « n’a pas entièrement tort », explique l’ancien ministre des Affaires étrangères.

Le 7 novembre dernier, le président français déclarait, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire britannique The Economist, que l’Otan était actuellement dans une situation de « mort cérébrale », à la suite de l’offensive lancée par Ankara dans le nord-est de la Syrie sans aucune concertation préalablement menée avec les alliés, mais avec l’assentiment du président américain Donald Trump.

Des propos que le chef de l’Etat américain est loin d’avoir apprécié. Quelques heures seulement avant le début du sommet prévu ce mardi 3 décembre au soir à Buckingham Palace, le président américain s’en est pris à ce jugement, le qualifiant de « très insultant ».

La véritable question, pour Hubert Védrine, porte avant tout sur le fait de déterminer si les alliés sont encore d’accords entre eux « sur ce pour quoi ils sont alliés ». Avant d’ajouter: « Contre qui? Pour faire quoi? Dans quelle zone? Et est-ce qu’on est absolument sûr de la garantie américaine qui avait été arrachée par les Européens à l’origine en 49 grâce à Truman (…)? C’est ça la base de l’alliance. Elle est contre qui maintenant? Pour protéger de quoi? (…) Tout le monde sait qu’il y a des problèmes, que ce n’est pas clair. Tout le monde dit ‘non, non, non… Il ne faut pas en parler’. Et le président français dit: ‘Non il faut en parler’. Et comme le fait de demander d’en parler ne produit rien, il l’a fait à sa façon » en mettant « les pieds dans le plat ».

L’Europe dépendante de la protection américaine

A cette interrogation, l’ancien secrétaire général de l’Élysée répond que tout est une question de capacité pour les Européens de se défendre eux-mêmes sans dépendre de la protection américaine. Si les Européens « devaient reconnaître que l’on n’est pas sûrs de la protection américaine, que les temps ont changé, il faudrait que les Européens fassent un effort sur eux-mêmes gigantesque pour créer une capacité européenne de défense. Ils ne sauraient pas comment s’organiser. Ils ne sauraient pas qui mettre à la tête. (…) Donc les Européens sont d’accords pour ne pas poser de questions qui les mettraient devant des choix impossibles ».

Et de conclure: « Tous les participants demandent la protection américaine ». Les Européens « font comme si la protection américaine était garantie et les dispensaient de faire un effort particulier ».




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