mercredi , 23 octobre 2019
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La BCE ne peut pas tout en matière de relance, assène Mario Draghi


À quelques semaines de passer la main à Christine Lagarde (le 30 octobre), Mario Draghi, patron depuis 2011 de la Banque centrale européenne, entend davantage responsabiliser les membres de l’Union européenne, dans une interview fleuve au Financial Times (reprise sur le site de la BCE).

Alors que l’économie de l’Union apparaît prise en étau entre les guerres commerciales sino-américaines et le ralentissement de la croissance, et au lendemain de l’annonce de nouvelles mesures de soutien, le responsable martèle que la BCE ne peut constituer l’alpha et l’oméga de la relance.

« La politique monétaire peut faire son travail, mais en l’absence d’une capacité de stabilisation, elle le fera plus lentement et avec plus d’effets secondaires », déplore-t-il.

Or cet outil « de stabilisation », prôné par Bruxelles et Paris et qui permettrait d’aider un pays spécifiquement touché par un choc économique, ne figure pas dans le projet d' »instrument budgétaire pour la compétitivité et la convergence » sur lequel les ministres des Finances de la zone euro se sont accordés mi-juin.

Ce compromis, qui pourrait être effectif en 2021, devrait être doté d’une enveloppe bien plus modeste que les centaines de milliards d’euros réclamés par Paris, les pays du Nord étant particulièrement réticents à cette solidarité budgétaire avec leurs voisins du Sud.

Mario Draghi martèle que la BCE dispose encore de munitions : « Tous les instruments, qu’il s’agisse des taux d’intérêt, des rachats d’actifs ou du pilotage des anticipations, sont prêts à être calibrés ».

Encore des munitions

Mais les politiques budgétaires doivent prendre le relais, selon le banquier central, qui plaide pour un budget commun d’une ampleur « significative » en zone euro, indispensable à ses yeux pour relancer efficacement l’économie. Un objectif partagé par la France.

« À l’avenir », explique-t-il au Financial Times, « nous devons avoir une politique budgétaire significative en zone euro », reposant sur une « capacité budgétaire » commune et plus seulement sur des « règles guidant les politiques nationales ». Et de viser sans la nommer l’Allemagne.

Si l’idée commence à faire son chemin au niveau politique, elle créé des dissensions fortes au sein même de la BCE. Mercredi dernier, Sabine Lautenschläger a claqué la porte du conseil des gouverneurs de la banque centrale européenne à la surprise générale. Ce départ s’expliquerait par son opposition aux mesures monétaires de Mario Draghi.

« Il essaie de déplacer les lignes politiques vers un assouplissement fiscal, en disant aux politiciens que s’ils n’apprécient pas ce qu’ils voient du côté monétaire, ils doivent agir faute de quoi de nouvelles mesures de la BCE pourraient survenir » commente Frederik Ducrozet de Pictet Asset Management. Pas de quoi détendre la position allemande.

« Toutefois, si et lorsque la politique budgétaire soutient davantage la croissance, c’est ce qui pourrait faire la différence pour que l’Europe finisse par ouvrir la voie avec un policy-mix plus efficace et politiquement acceptable », poursuit l’analyste.

Mario Draghi est lucide et reconnaît d’ailleurs que cette politique budgétaire commune ambitieuse sera complexe à mettre en place. Le chemin « pourrait être long, peut-être aussi long que celui qui a conduit vers l’euro, compte tenu des difficultés politiques actuelles », estime-t’il. La faute aux coalitions gouvernementales plus que précaires dans de nombreux pays de la zone: Allemagne mais aussi Italie ou Espagne.




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