lundi , 1 juin 2020
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L’Allemagne entre en récession mais son économie résiste pour l’instant mieux que celle de la France


Comme la France, l’Allemagne est officiellement entrée en récession au premier trimestre 2020, son activité ayant été plombée par l’épidémie de coronavirus.

Le pays fait néanmoins mieux que nous avec un recul de « seulement » 2,2% de son PIB contre -5,8% en France pour les trois premiers mois de l’année.

L’économie allemande connaît son « pire résultat depuis la crise économique » de 2008/2009, et « son deuxième plus mauvais depuis la Réunification » en 1990, indique l’office fédéral des statistiques Destatis alors même que les mesures de restrictions visant à endiguer la pandémie, au prix d’un fort impact sur l’activité, ont débuté mi-mars, en fin de trimestre. 

Pour autant, « ce n’est qu’un début », a commenté l’économiste Carsten Brzeski, de la banque ING, puisque la pandémie devrait affecter bien plus violemment le deuxième trimestre.

Pour le deuxième trimestre, entre avril et fin juin, les principaux instituts économiques du pays prévoient une chute de 10% du PIB sur un an, du jamais-vu depuis 50 ans.

Pour l’ensemble de l’année 2020, le gouvernement allemand s’attend à une récession de 6,3%, la plus forte depuis le début des statistiques en 1970. 

-6,3% prévus pour l’année 2020

« Les conséquences de la pandémie pour ce trimestre sont extrêmement graves », a commenté Albert Braakman, de Destatis, lors d’une conférence de presse en ligne.

L’industrie exportatrice, pilier du modèle économique allemand, souffre particulièrement, après avoir déjà été plombée en 2019 par les tensions commerciales et les inquiétudes liées au Brexit.

En mars, la production industrielle a reculé de 9,2% sur un mois, du jamais vu depuis 1991, selon Destatis.

Le secteur automobile est sinistré: les immatriculations se sont effondrées en mars de 37,7% sur un an, la pire chute depuis 30 ans. En avril, l’Allemagne a produit 97% de voitures en moins sur un an.

Les conglomérats industriels sont également à la peine, puisque Thyssenkrupp et Siemens voient chuter la demande de nombreux secteurs clients.

La compagnie allemande Lufthansa perd actuellement un million d’euros « par heure » à cause de la chute du trafic aérien, quand le numéro 1 mondial du tourisme TUI, s’apprête à supprimer 8.000 emplois.

Rebond

Avec la réouverture en mai des magasins et de nombre de lieux publics, l’objectif est désormais d’accélérer la relance. Berlin prévoit un rebond dès 2021, avec une croissance attendue de 5,2%, espérant renouer en 2022 avec les niveaux de production de 2019.

« L’Allemagne sortira de la crise plus rapidement et plus vigoureusement que les autres pays occidentaux », car elle a « dépensé plus d’argent pour sauver son économie », et a été « moins touchée » par le virus, prédit Carsten Brzeski.

Pour faire face à la crise, Berlin a tourné le dos à la rigueur budgétaire, adoptant un plan ambitieux de garanties publiques de prêts et d’aides directes aux entreprises, représentant un volume de 1.100 milliards d’euros.

Mais l’économie « ne pourra reprendre que si (ses) principaux partenaires commerciaux », dont « ses voisins européens », la Chine et les Etats-Unis, « renouent avec la croissance », souligne Jens-Oliver Niklash.

Une condition d’autant plus délicate à remplir que le coronavirus attise les tensions sino-américaines, qui pourraient, comme en 2019, plomber le commerce mondial, et l’industrie exportatrice allemande.

L’Allemagne est d’ailleurs « structurellement plus faible » qu’il y a dix ans, lors de la « crise de 2008/2009 », estime Carsten Brzeski. Le PIB n’avait progressé que de 0,6% en 2019, freiné par les difficultés de l’industrie.




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