vendredi , 25 septembre 2020
Accueil » Finance » Les recharges en plastique souple de vos lessives ne sont pas si écolos

Les recharges en plastique souple de vos lessives ne sont pas si écolos


1,1 million de tonnes d’emballages plastiques sont mises chaque année en circulation sur le marché français. Mais seulement 29% de ces emballages sont à l’heure actuelle recyclés, selon les chiffres 2019 de Citeo, groupe spécialisé dans le recyclage des emballages ménagers, qui accompagne les entreprises pour les aider à diminuer l’impact de leurs emballages sur l’environnement. De quoi donner le tournis aux consommateurs. Pour leur achat de lessive, ces derniers peuvent donc se tourner vers les recharges vendues dans des poches de plastique souple, pensant que c’est plus écologique et meilleur pour l’environnement que les gros flacons en plastique rigide. Mais est-ce vraiment le cas ?

Il suffit de regarder les mentions sur les emballages de ces recharges plastiques pour se rendre compte que la réponse n’est pas si évidente qu’on pourrait d’abord le penser. Sur la majorité de ces recharges, il est indiqué « poche souple plastique à jeter » : elles sont donc à jeter à la poubelle directement, sans passer par la case recyclage. Elles seraient notamment trop légères pour être recyclées, comme l’indique le site Eco-Emballages. Autre problème : leur composition, faite de plusieurs matériaux disposés en couches, ne permettrait pas non plus leur recyclage avec les méthodes mécaniques actuelles existant dans les centres de tri. Ces emballages en plastique souple doivent donc être jetés à la poubelle. Ils seront ensuite incinérés avec les autres déchets ménagers.

Contacté par Business Insider France, la marque l’Arbre Vert nous a confirmé ce problème de recyclage, par l’intermédiaire de Géraldine Séjourné, directrice marketing et communication : « les emballages actuels de nos recharges souples sont une association de plusieurs matériaux dont le PE. Elles ne sont pas recyclables en tant que tel et doivent être jetées avec le reste des déchets ménagers (…) ». Le PE, ou polyéthylène, désigne les polymères d’éthylène : c’est la matière plastique la plus utilisée actuellement, et qui est, elle, facilement recyclable. Ce « mono » plastique est ensuite transformé en sacs poubelles, ou encore en films d’emballage s’il est transparent.

70% de plastique en moins pour les recharges de lessive ?

Mais alors, si ces recharges en plastique ne peuvent pas être recyclées, quel est l’intérêt pour le consommateur de les utiliser ? Pour la marque l’Arbre Vert, l’argument est simple : la recharge en plastique souple a un poids plus faible que le bidon d’origine. Cela représente « 70% de plastique en moins par rapport à un bidon équivalent », toujours selon Géraldine Séjourné. « Cette recharge permet surtout la réutilisation du bidon d’origine plusieurs fois », précise-t-elle. « Depuis 2014, nos ventes en format recharge ont permis d’économiser 88 tonnes de plastique », affirme ainsi la directrice marketing et communication de l’Arbre Vert.

Même son de cloche du côté de la marque Rainett, autre acteur du marché des lessives « vertes » en France : « les recharges, c’est 70% de plastiques en moins », explique Delphine Hyafil, directrice Marketing de Rainett France, citant le même chiffre que son concurrent. Elle confirme également que les recharges sont « historiquement assez importantes en volume » pour la marque, 80% des ventes de lessive seraient faites via les recharges en plastique souples pour Rainett.

‘Mieux vaut sortir complètement du plastique à usage unique’, selon Zéro Waste France

Si ces recharges souples ne sont pas recyclables, sont-elles tout de même bénéfiques pour l’environnement, car générant moins de plastique, comme l’affirme les marques ? Interrogé par Business Insider France, Valentin Fournel, directeur Éco-conception de Citéo, confirme que « de manière générale, on est plutôt d’accord avec ça ». Il précise : « on a mis un bonus pour la mise en place des recharges, car même si elles ne sont pas recyclables, la quantité de plastique utilisée est tellement moindre que c’est quand même vertueux ».

Les entreprises paient chaque année à Citéo une contribution basée sur le poids des emballages qu’elles mettent sur le marché, sur le type de matériaux utilisés et sur leur volume. L’entreprise distribue des bonus et des malus, en fonction des emballages traités : une réduction de 8% sur la contribution totale est ainsi appliquée aux entreprises utilisant ces recharges en plastique souple.

À lire aussi — Ikea propose de reprendre vos anciens meubles en échange d’un bon d’achat

Mais pour l’association Zéro Waste France, spécialisée dans les problématiques liées aux déchets, l’argument ne tient pas. Interrogée par Business Insider France, Moïra Tourneur, responsable du plaidoyer au sein de l’association, explique : « oui, avec les recharges, on réduit le poids du plastique, mais cela reste du plastique à usage unique, qui n’est en plus pas recyclable ». Elle enfonce le clou : « pour le consommateur, plutôt que de tomber dans le piège des marques, mieux vaut sortir complètement du plastique à usage unique ».

Développer des recharges 100% recyclables

Existe-t-il aujourd’hui des solutions pour sortir de cette impasse ? L’extension des consignes de tri, à tout le territoire français d’ici fin 2022, permettra au consommateur de mettre les recharges en plastique souple directement dans les poubelles jaunes de tri. Mais le problème restera la même car leur composition empêchera toujours tout recyclage une fois arrivées au centre de tri.

La solution la plus simple serait donc de changer la composition de l’emballage de ces recharges de lessive pour passer à du mono matériau, uniquement du PE, comme pour les bidons rigides. Valentin Fournel de Citéo le confirme : « tous les travaux d’éco-conception vont dans ce sens. Les recharges en mono matériau vont rapidement se développer, un basculement du marché va s’opérer ».

À lire aussi — Apple, Ikea et d’autres multinationales appellent l’UE à viser une baisse de 55% des émissions de gaz à effet de serre

Chez l’Arbre Vert, Géraldine Séjourné admet que l’entreprise travaille à « développer des recharges en mono-matériau, comme il commence à en apparaître sur le marché », mais sans donner plus de précisions sur un déploiement éventuel. La marque propose en attendant, et depuis trois ans, de recycler ses recharges de lessive via un programme porté par Terracycle, qui collecte les emballages et leur donne une seconde vie, en les transformant en mobilier urbain par exemple.

Pour Rainett, les choses semblent un peu plus avancées : la marque assure travailler sur le développement d’une recharge 100% recyclable depuis maintenant quatre ans. Lancé en Allemagne, le projet est déjà opérationnel dans ce pays et il va pouvoir être déployé dans l’Hexagone. « Nous lancerons dans les mois qui viennent en France une poche 100% recyclable », précise Delphine Hyafil. « Elle sera fabriquée en mono matériau, 100% PE, que ce soit le film, le bec verseur ou le bouchon. Même la partie imprimée de l’emballage sera détachable et fixée sans colle pour assurer un recyclage complet », complète-t-elle.

Acheter sa lessive en vrac ou la faire soi-même

Mais toutes ces initiatives, parfois encore en gestation, restent clairement insuffisantes pour l’association Zéro Waste France. « Acheter un bidon recyclable, d’accord, mais cela n’est toujours pas écologique », affirme Moïra Tourneur. « Les bidons de lessive ne sont pas recyclés pour faire d’autres bidons de lessive, ce n’est donc pas vertueux », précise-t-elle. Elle martèle : « encore une fois, si on veut réduire le plastique, mieux vaut utiliser moins de plastique à usage unique ».

La solution, toujours selon l’association, passerait donc par l’achat de pastilles de lessive vendues en vrac dans les magasins spécialisés. Histoire d’éviter tout emballage. Il est aussi possible, pour les plus courageux, de faire soi-même sa lessive : « un pain de savon de Marseille, du bicarbonate de soude et de l’eau » suffisent à fabriquer sa propre lessive, précise Moïra Tourneur.

À lire aussi — Carrefour et Monoprix répondent à l’attaque de l’ONG Foodwatch sur les emballages


Retrouvez cet article sur : Business Insider