jeudi , 24 septembre 2020
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Que valent les masques chirurgicaux pas chers vendus sur Internet ?


Le prix de vente des masques chirurgicaux est plus que jamais scruté par les Français. Alors que son usage s’est généralisé ces dernières semaines sur le territoire, l’achat de masques représente une dépense non négligeable au moment où le pouvoir d’achat de certains est en berne, à cause notamment de la crise liée au Covid-19. S’ils sont disponibles depuis le début de la pandémie en pharmacie, on peut également les acheter en grandes surfaces depuis avril dernier et le confinement.

Les distributeurs assurent vendre à prix coûtant et ne pas souhaiter faire des masques des produits d’appel. Mais la guerre des prix a déjà commencé : dernier exemple en date, le groupement Les Mousquetaires, via un communiqué de presse, a annoncé mardi que la boîte de 50 masques jetables serait désormais vendue au prix de 9,95 euros dans ses enseignes Intermarché et Netto. Le discounter Action, de son côté, vendait déjà des boîtes de 50 masques chirurgicaux à ce tarif là. Et les prix devraient encore baisser dans les semaines à venir, les coûts d’achat pour les masques étant de plus en plus faibles.

La boîte de 50 masques à partir de… 1,68 euro sur le site d’Amazon

Si on cherche un prix vraiment cassé, on se tourne en général vers Internet. Et on n’est pas déçus : sur Amazon, par exemple, on pouvait commander mercredi 23 septembre une boîte de 50 masques « jetables pour le visage » au prix de 1,68 euro. Ou encore une boîte de « 50 masques jetables 3 couches » au prix de 1,92 euro. Certes, pour ces deux produits, il faut s’armer de patience car la livraison n’est prévue qu’entre les 19 et 28 octobre prochains, mais le prix à de quoi attirer.

Sur le site de vente en ligne Rakuten, 118 résultats s’affichent quand on tape « masques chirurgicaux » dans la barre de recherche. Si tous les produits présentés ne sont pas uniquement des boîtes de 50 masques jetables, la moins chère était affichée à 6,84 euros ce mercredi. Et la livraison assurée à partir du 2 octobre pour ce produit. Encore bien moins cher que les 50 masques à 9,95 euros proposés chez Intermarché ou chez le discounter Action.

Les éléments à vérifier au moment de l’achat de ses masques jetables

Mais peut-on vraiment se fier à ces masques vendus à prix cassé et sont-ils suffisamment qualitatifs pour bien se protéger du coronavirus ? Business Insider France a contacté l’AFNOR, l’Association française de normalisation, qui est en charge de coordonner l’élaboration des normes et de faciliter leur utilisation avec pour objectif de protéger le consommateur. Selon elle, concernant les masques chirurgicaux jetables, quatre points sont à vérifier au moment de l’achat :

  • l’identification claire du fabricant et/ou du fournisseur
  • la présence d’un numéro de lot. En cas de rappel de produits défectueux, il garantit une bonne traçabilité.
  • la marque CE doit figurer sur l’emballage. Si son impression paraît artisanale ou incomplète, la méfiance est de rigueur.
  • mais aussi la mention « NF EN 14683 » qui est la norme de référence pour les masques chirurgicaux jetables. Grâce à cette norme, on a la présomption que le fabricant se conforme à cette norme et commercialise bien des dispositifs médicaux en phase avec les standards demandés.

« Si on n’a pas ces mentions, le fabricant ne revendique par cette conformité. Il faut être vigilant car on ne sait pas du coup sur quel niveau de performance le masque vendu est proposé », précise Rémi Reuss, responsable développement en santé/sécurité au travail au sein de l’AFNOR normalisation.

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Ces points sont simples à vérifier en supermarché, par exemple, quand on tient dans ses mains la boîte de 50 masques, mais qu’en est-il sur Internet ? « Les mêmes indications doivent figurer sur Internet », confirme Rémi Reuss. En regardant plus en détail les fiches descriptives des masques vendus sur les sites e-commerce cités précédemment, on se rend compte qu’il est impossible de vérifier ces éléments précis et qu’on n’a que peu d’informations sur les produits vendus.

‘Un petit prix doit interroger’

Alors, doit-on toujours se méfier quand on voit un prix très attractif affiché pour une boîte de 50 masques ? Pour Rémi Reuss, « un petit prix doit interroger. Cela ne veut pas dire qu’un produit cher est mieux, mais de façon générale, il faut être encore plus vigilant et s’assurer que les mentions sont présentes ». Compliqué sur Internet…

Contacté par Business Insider France pour avoir des précisions, Rakuten a confirmé qu’ils refusaient « systématiquement les masques vendus par des particuliers, pour des raisons sanitaires ». Et de préciser : « les vendeurs professionnels doivent fournir un certificat de conformité concernant les masques sanitaires afin d’être autorisés à vendre sur notre plateforme. » Rakuten ajoute aussi que « les masques vendus sur la plateforme répondent aux normes européennes CE » et que « le nom du fabricant figure sur la fiche produit ».

Concernant les prix, le groupe affirme que le prix moyen d’une boîte de 50 masques est actuellement à « environ 8-10 euros », soit deux fois et demi moins cher qu’au mois de mai, grâce à la baisse du prix de vente de ses fournisseurs, majoritairement originaires de Chine pour ce qui concerne la fabrication des masques jetables.

Joint également par Business Insider, Amazon France n’a pour le moment pas répondu à nos sollicitations.

Plus de 20 000 contrôles réalisés par la DGCCRF depuis mai dernier

Des contrôles ont quand même lieu pour vérifier la qualité des masques importés et commercialisés en France. Contacté par Business Insider France, la DGCCRF, Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, assure que ses agents ont effectué entre le 4 mai et le 17 août dernier près de 20 200 contrôles, à la fois sur les masques chirurgicaux, mais aussi sur les masques grand public, y compris sur les plateformes de vente en ligne. Au global, le taux d’anomalie constaté est situé entre 7 et 8%.

La DGCCRF précise que « d’une manière générale, les remontées récentes témoignent d’une amélioration du résultat des contrôles ». Les anomalies établies lors des contrôles effectués ces derniers mois portaient notamment sur l’information des consommateurs : les conseils d’utilisation sont par exemple partiels ou manquants.

Mais dans de « rares cas », la DGCCRF a décelé des problèmes plus importants : « des justificatifs de conformité, attestant de la performance des masques, ou la traçabilité de certains produits pouvaient être insuffisants », précise-t-elle. La DGCCRF a notamment effectué il y a peu une consignation de 55 000 masques, auprès de grossistes à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Ces masques présentaient « des défauts de conformité et de sécurité ».

Reste que même si vous réussissez à acheter un masque jetable de qualité, il ne faut quand même pas oublier de bien l’utiliser (le porter convenablement, le jeter au bout de 4 heures, …) pour garantir son efficacité maximale. « C’est bien de se poser la question du bon achat », confirme Rémi Reuss de l’AFNOR, « mais s’il est mal utilisé, cela apporte un faux sentiment de sécurité qui est dangereux ».

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