lundi , 13 juillet 2020
Accueil » Finance » Seul contre tous, le Royaume-Uni remet en jeu sa légendaire insubmersibilité

Seul contre tous, le Royaume-Uni remet en jeu sa légendaire insubmersibilité


Insubmersible Royaume-Uni? L’histoire l’a prouvé. Mais le futur reste incertain. A l’instar du reste de la planète, le pays est entré dans une des périodes les plus dangereuses de son ère moderne. D’abord, par l’impact de la crise du coronavirus sur le plan sanitaire et sur le plan économique.

Mais aussi parce que le Royaume-Uni a finalement conclu son Brexit, le 31 janvier dernier, peut-être au pire moment. Quand l’Europe continentale tente de se mettre d’accord sur un plan de relance à la hauteur de la récession, Londres doit y faire face seule, sans les lourdeurs européennes mais aussi sans l’aide financière précieuse de l’Union européenne.

D’autant plus que les chiffres sont alarmants. Le dernier en date? Plus d’une entreprise sur cinq compte licencier des salariés dans les trois mois, selon une étude de l’institut Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD) et du groupe de travail temporaire Adecco. Les autres entreprises ont arrêté de recruter et gèlent les salaires.

Retour aux années 1980

La crise fait ainsi renaître les vieux démons avec un taux de chômage prévu à 10% voire 12%, comme dans les difficiles années 1980, selon la Banque d’Angleterre (BoE). Du côté de la croissance, les perspectives sont aussi très sombres. Une chute de 14% du PIB est attendue cette année. Une récession « plus rapide et profonde que tout ce à quoi nous avons assisté au siècle précédent, voire depuis plusieurs siècles » prévenait au début du mois Gertjan Vlieghe, membre du Comité de politique monétaire de la BoE.

Les prévisions ne sont, en réalité, pas plus dramatiques que pour la plupart des autres pays, à commencer par la France. Mais cette crise, le Royaume-Uni devra donc l’affronter probablement seul.

Le Premier ministre Boris Johnson s’est donné jusqu’au 31 décembre prochain pour conclure un accord commercial avec l’Union européenne mais les négociations, interrompues pendant plusieurs semaines en raison du coronavirus, patinent.

Pire, le ton est clairement en train de monter entre les deux anciens partenaires. « L’UE veut essentiellement que nous obéissions aux règles de leur club, même si nous n’en sommes plus membres, ils souhaitent avoir le même accès à nos zones de pêche que celui dont ils bénéficient actuellement, tout en limitant notre accès à leurs marchés », s’est plaint mardi le ministre Michael Gove. Autant dire que le « ton » des critiques britannique est mal passé à Bruxelles.

Parier sur le versatile Trump

Or, en juin prochain, les Britanniques devront décider s’ils souhaitent prolonger le délai de transition pour négocier. Pour le moment, Boris Johnson martèle son opposition à une telle prolongation. Mais un échec au 31 décembre rendrait la situation commerciale du Royaume-Uni très incertaine, dans ce contexte de crise économique.

En réalité, la majorité conservatrice a toujours souhaité s’appuyer sur son allié de toujours, les Etats-Unis. Mais entre le coronavirus et les élections américaines incertaines, cela ressemble,  encore une fois, à un pari.

Donald Trump, qui a soutenu le Brexit, a fait miroiter un « accord magnifique » avec Boris Johnson en septembre dernier. Avant de changer d’avis en décembre… puis de réaliser un nouveau virage à 180 degrés. Désormais, les deux pays ont lancé les négociations pour un accord « ambitieux » selon la ministre britannique chargée du Commerce international, Liz Truss et son homologue américain Robert Lighthizer.

Cette perspective rencontre plusieurs obstacles. Tout d’abord, les critiques se sont élevées au Royaume-Uni contre un accord trop libre qui ouvrirait la voie au redoutable bœuf aux hormones américain. Les inquiétudes autour d’une possible (mais démentie) privatisation du système de santé britannique a aussi entraîné une levée de boucliers.

Nouveaux tarifs douaniers

« Il n’y a aucune chance qu’un accord commercial entre le Royaume-Uni et les États-Unis soit conclu avant les élections américaines de cette année » renchérit l’ancien Secrétaire économique du Trésor britannique Ed Balls, dans le Financial Times. La réélection de Trump se complique avec la crise économique, repoussant l’accord commercial promis. Et puisque Londres n’entend pas prolonger la transition pour négocier avec l’Europe, le Royaume-Uni pourrait bien se retrouver démuni à la fin de l’année, en pleine récession. La livre sterling, déjà bousculée par la crise, sera probablement un marqueur fort de cette instabilité à venir.

Coincé, le gouvernement de Johnson a donc décidé, cette semaine, d’établir un nouveau régime douanier, attractif, censé remplacer le tarif extérieur commun de l’Union européenne, en supprimant  tous les droits de douane inférieurs à 2%. En réalité, ces nouveaux tarifs abaissent de nombreuses barrières pour faciliter les échanges voire supprimer des taxes sur des produits divers, du lave-vaisselle aux les produits hygiéniques en passant par le cacao. Selon le ministère du Commerce international, ce sont près de 62 milliards de livres d’importations qui ne seront pas taxées. En revanche, les voitures, l’agneau ou encore le bœuf britanniques seront « protégés » par des taxes sur les importations.

Tensions politiques

Un pari sur l’avenir car la crise pourrait faire resurgir les démons politiques, à commencer par les velléités de départ de l’Ecosse, relancées par le Brexit. La crise sanitaire a d’ailleurs renforcé les différences entre les différentes nations : quand Boris Johnson actait le déconfinement, l’Ecosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles appelaient à rester chez soi. « Si vous êtes en Ecosse, c’est la loi écossaise qui s’applique, et la loi, pour l’instant, dit que vous ne devez sortir de chez vous que pour des raisons essentielles » a lancé  la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon. L’Ecosse n’assouplira son déconfinement que le 28 mai prochain. 

L’année 2020 sera donc semée d’embûches pour le Royaume-Uni. Une fois de plus, le pays devra démontrer son éternelle capacité de résilience…




Retrouvez cet article sur : BFM Business