mardi , 18 février 2020
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Taxe GAFA, défense, climat… Les défis qui attendent Thierry Breton à la Commission


Comment taxer les grands acteurs du numérique et faire en sorte que les Etats accordent leurs violons? Quels leviers activer pour inciter les entreprises européennes à prendre davantage en compte les enjeux climatiques? Comment constituer une industrie européenne de défense forte et unifiée? A toutes ces interrogations, Thierry Breton se doit aujourd’hui d’apporter des réponses concrètes.

« Pas d’optionalité » sur la taxe GAFA

A l’antenne de BFM Business ce lundi, le nouveau commissaire européen au Marché intérieur a tout d’abord tenu à revenir sur l’épineuse problématique que constitue la taxe GAFA et sur la posture des Etats à propos de celle-ci.

« Il y a une discussion effectivement qui se déroule aujourd’hui au sein de l’OCDE sur une juste taxation des grands acteurs du numérique, quels qu’ils soient du reste, Européens, non-Européens. C’est une discussion qui est parfaitement légitime (…) Maintenant, il faut évidemment avancer. Donc nous souhaitons, encore une fois à la Commission, qu’un accord soit trouvé avec l’ensemble des partis et que ce soit un accord qui soit un accord contraignant bien entendu. Pas d’optionalité (…) C’est un impôt qui doit être payé par tous et de façon équitable et pas uniquement sur la base du volontariat », avertit Thierry Breton.

Industrie européenne de défense

En charge également de superviser la nouvelle direction générale dédiée à l’industrie de la défense et de l’espace au sein de la Commission européenne, Thierry Breton voit la constitution de celle-ci comme une avancée significative en matière de défense à l’échelle européenne.

Le but: éviter, notamment, que des pays membres à l’instar de la Belgique récemment ne se dotent d’équipements qui n’auraient pas été conçus par des entreprises européennes.

« C’est précisément aussi pour cela que pour la première fois dans l’Histoire de l’Union, une direction générale de la défense est créée (…) C’est une grande première. Ça veut dire que désormais, l’ensemble des Etats membres considère la défense comme une obligation partagée. Et je veux croire que, à partir du moment où ce fonds qui va être doté abondement pour permettre le déploiement d’une industrie spécifique européenne de défense (…) chacun se sentira concerné (…) A partir du moment où chacun est concerné, croyez-moi, il y aura un autre regard et je pense que tout le monde pensera européen, parce que chacun y aura un intérêt. C’est ça aussi la logique du fonds européen de défense », assure le nouveau commissaire européen au Marché intérieur.

Le « Pacte vert », un poids trop lourd pour l’Europe?

Dans son portefeuille, Thierry Breton a, en outre, pour mission de mettre en œuvre les grandes lignes de la politique industrielle de l’Europe. Une politique qui doit notamment prendre en compte le fameux « Pacte vert » voulu par Ursula von der Leyen et qui vise à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Un programme écologique que certains industriels européens redoutent au motif que son déploiement pourrait réduire leur compétitive face à des concurrents internationaux qui se révéleraient moins regardant sur les règles environnementales.

Mais pour Thierry Breton, il convient de relativiser les choses. « D’abord, cette ambition, c’est une ambition à 2050 », rappelle-t-il.

« Pourquoi trente ans? Parce que c’est au fond le temps nécessaire pour faire évoluer tout une chaîne (..). C’est en gros une génération. Donc, il ne faut pas avoir peur bien entendu. On ne fait pas cela (…) du jour au lendemain (…) Mais il y aura d’abord des fonds d’accompagnement. Et notamment le ‘fonds de transition juste’ qui a été annoncé la semaine dernière et qui permettra évidemment aux régions qui sont le plus impactées de bénéficier de soutien financier dans l’accompagnement de cette transition ».

A cela, le commissaire européen ajoute que devraient également voir le jour des mécanismes d’ajustement carbone aux frontières. Le but: que la compétitivité des industries européennes soit préservée face à des pays qui ne respecteraient pas les mêmes normes environnementales que celles appliquées au sein de l’Union.

Quid des échanges économiques avec la Grande-Bretagne? 

Concernant le Brexit et la possibilité qu’un retour des droits de douane qui intégreraient les règles de l’OMC puisse avoir lieu, Thierry Breton rappelle qu’une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne le 31 janvier prochain, il conviendra dès le 1er février de « commencer à discuter des conditions de modalités » demandées par la Grande-Bretagne, explique-t-il.

« Je rappelle que ce n’est pas nous qui sommes demandeurs, c’est la Grande-Bretagne qui va nous demander pour pouvoir bénéficier si elle le souhaite encore de conditions privilégiées d’accès au marché européen. Nous n’y sommes pas fermés bien entendu. Mais il faudra que la Grande-Bretagne respecte les conditions européennes, notamment en termes de normes environnementales, en termes de normes sociales, en termes d’aide d’Etat (…) Tous ces sujets devront être regardés très précisément », conclut-il.




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