dimanche , 25 août 2019
Accueil » Actualité » Hong Kong: la nouvelle manifestation rassemble des dizaines de milliers de personnes

Hong Kong: la nouvelle manifestation rassemble des dizaines de milliers de personnes

 

INTERNATIONAL – Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées ce dimanche 16 juin à Hong Kong, malgré le recul du gouvernement et dans un contexte de colère après des affrontements violents la semaine dernière entre manifestants et policiers.

Les organisateurs entendent maintenir la pression sur Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif pro-Pékin de Hong Kong, qui a suspendu samedi un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine.

“Retirez la loi maléfique!”, scandaient les protestataires vêtus de noir. Le défilé est parti d’un parc de l’île de Hong Kong pour gagner le Conseil législatif (LegCo, Parlement), au coeur de la ville. Il s’agit du même parcours que celui emprunté par une manifestation record organisée il y a une semaine et qui a réuni un million de personnes pour sept millions d’habitants, selon les organisateurs. 

D’après ses détracteurs, le projet de loi placerait la population de l’ancienne colonie britannique à la merci du système judiciaire de Chine continentale, opaque et sous influence du Parti communiste. Les milieux d’affaires craignent que la réforme nuise à l’image internationale et l’attractivité du centre financier.

Jimmy Sham, du Front des droits humains civiques, a comparé le projet de loi à un “couteau” s’étant abattu sur Hong Kong. “Il a presque atteint notre coeur. Maintenant le gouvernement dit qu’il ne l’enfoncera pas davantage, mais il refuse aussi de le ressortir”.

“La réaction de Carrie Lam n’était pas sincère, c’est pour cela que je manifeste aujourd’hui”, ajoute  Terence Shek, 39 ans, venu avec ses enfants ce dimanche. 

La chef de l’exécutif ne s’est pas engagée à remiser définitivement son texte au placard. Résultat, les protestataires réclament en l’abandon du projet, mais aussi la démission de la cheffe du gouvernement ainsi que des excuses pour les violences policières.

Mercredi, Hong Kong avait connu les pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, quand des dizaines de milliers de personnes avait été dispersées par la police à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Près de 80 personnes, dont 22 policiers, avaient été blessées.

“Police de Hong Kong, tu dois nous protéger, pas nous tirer dessus”, on d’ailleurs affiché des manifestants sur une banderole ce dimanche.

La difficile position de Carrie Lam

En vertu du principe “un pays, deux systèmes”, l’ancienne colonie britannique jouit de libertés inconnues en Chine, théoriquement jusqu’en 2047.

Le mouvement actuel dépasse d’ailleurs la simple question des extraditions et exprime aussi un ressentiment beaucoup plus large contre le gouvernement et contre Pékin, accusés de rogner depuis des années les libertés du territoire semi-autonome.

A Lion Rock, un sommet située dans la partie continentale de Hong Kong, une immense bannière avait été déployée: “Défendez Hong Kong!” 

Pékin n’a d’ailleurs pas manqué de réagir après le recul sur le projet de loi, fragilisant encore Carrie Lam, déjà isolée après que même les députés de son camp ont pris leurs distances. “Nous soutenons, respectons et comprenons” la décision de suspendre le texte, a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères, parlant de la nécessité de “restaurer le calme au plus vite” dans le territoire.

Les détracteurs de la tête de l’exécutif lui reprochent d’avoir manqué plusieurs occasions de présenter ses excuses pour le comportement de la police, mais aussi d’avoir parlé “d’émeutiers” plutôt que de manifestant. Celle-ci a justifié la vigueur de son action par les actes de violence perpétrés par certains. Mais l’opposition l’accuse de s’être servie des agissements d’une infime minorité pour se déchaîner sur l’ensemble des protestataires, en grande majorité pacifiques.

“Les groupes pro-démocratie ne vont pas s’arrêter là. Ils veulent profiter de la dynamique contre Carrie Lam”, a expliqué à l’AFP l’analyste politique Willy Lam. “Ils vont maintenir la pression et continuer sur cette lancée”.

Nommée à la tête de l’exécutif par une commission largement composée des affidés de Pékin, Carrie Lam a affirmé que la loi sur les extraditions était nécessaire pour empêcher la place financière de devenir un refuge pour criminels, tout en admettant que son administration avait sous-estimé l’opposition populaire.


Première apparition

A lire aussi: