samedi , 20 avril 2019
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Je souffre de vaginisme. Pour moi, le sexe est une torture

Je souffre de vaginisme. Pour moi, le sexe est une torture

Le sexe, ça fait mal. C’est ce qu’on m’a toujours dit. Et si vous avez un vagin, on vous l’a sans doute dit à vous aussi.

Mais à quel point est-ce que c’est censé faire mal?

Quand on tape « Est-ce normal d’avoir mal pendant les rapports sexuels? » sur Google, comme je l’ai fait un million de fois ces quatre dernières années, on obtient plein de réponses différentes. D’après Psychology Today, une femme sur trois a mal lors de ses premiers rapports, et selon le site Scarleteen et le magazine Seventeen, les rapports suivants sont censés ne plus faire mal du tout. Notons que les premiers résultats qui apparaissent sont des articles de blogs et de magazines pour adolescentes.

Donc, si le sexe n’est pas censé faire mal du tout après la première fois, qu’est-ce qui ne va pas chez moi?

La première fois qu’un pénis m’a pénétrée, j’ai eu mal. Et pas qu’un peu: la douleur était absolument insoutenable. A vrai dire, nous n’avons même pas pu aller jusqu’au bout, et je me suis mise à pleurer et à rire à la fois. La première fois, ça se passe toujours comme ça, non?

Sauf que j’ai eu tout aussi mal la deuxième fois. Et la troisième. Et la vingtième. Et ainsi de suite.

C’est à 17 ans que j’ai compris que mon vagin était différent de celui des autres filles. Nous étions tout un groupe de copines à papoter dans le jacuzzi d’une de mes amies. Nous parlions de sexe, comme toutes les ados de 17 ans, et nous essayions de déterminer ce qui était « normal » ou pas. Courageusement, une des filles a demandé: « Ça fait vraiment très mal, la première fois? « 

J’ai été hyper soulagée qu’elle pose la question. Enfin, quelqu’un évoquait la douleur au lieu de comparer les différentes positions et de me donner envie de disparaître sous l’eau. Je me suis redressée, en éclaboussant mes voisines, et j’ai répondu (ou plutôt j’ai crié): « Oui! »

En y repensant, je me dis que j’ai dû traumatiser cette fille.

« Des fois, ça me fait encore mal », ai-je ajouté. Sauf ce n’était pas ‘des fois’ mais chaque fois.

Mes autres copines ont raconté leur expérience et elles ont toutes dit que ça ne faisait pas si mal que ça, que le pénis du garçon rentrait facilement, et j’ai plaisanté en disant que je devais avoir un tout petit vagin, ou ne tomber que sur des mecs montés comme des étalons. Tout le monde a rigolé. La fois d’après, quand le sujet est revenu sur le tapis, j’ai menti en disant que ça ne me faisait plus mal. Parce que, visiblement, je n’étais pas censée avoir mal.

J’ai commencé à lire des articles sur la douleur pendant les rapports sexuels. Apparemment, l’idée que les rapports sexuels sont forcément douloureux est un mensonge véhiculé par les hommes qui ne veulent pas prendre le temps de « chauffer » la fille. Quand on est vraiment excitée, c’est agréable. C’est sans doute vrai pour celles dont le vagin fonctionne comme il faut, mais ça m’a donné l’impression d’être anormale. Parce que, même quand j’étais excitée et détendue, c’était toujours atrocement douloureux. J’étais persuadée d’avoir un problème psychologique. Est-ce que j’étais frigide? Si je vivais le sexe comme quelque chose de pénible et pas du tout libérateur, est-ce que ça voulait dire que je n’étais pas une vraie féministe? J’avais terriblement honte parce que, d’un côté, j’avais des rapports et l’idée d’en parler à un médecin ou à un thérapeute me mettait mal à l’aise et, de l’autre, je ne pouvais pas « le » faire jusqu’au bout sans avoir l’impression qu’on me lardait le vagin de coups de poignard.

Au bout de deux ans de torture physique, mentale et émotionnelle, je suis enfin allée chez le médecin pour un frottis cervical. Ce premier examen gynécologique a été du plus haut comique. J’étais tellement crispée qu’il a fallu utiliser un spéculum pour enfant, et ça m’a quand même fait si mal que le médecin n’a pas pu l’enfoncer jusqu’au bout. Il m’a dit que la prochaine fois, je devrais prendre des anxiolytiques ou me faire faire un massage avant l’examen pour me calmer.

Je me suis demandé ce qui n’allait pas chez moi. J’avais toujours eu des problèmes d’anxiété. Bien sûr, je n’étais pas vraiment détendue pendant le frottis, mais je ressentais exactement la même douleur pendant les rapports sexuels. Et j’avais déjà tout essayé, des massages à l’aromathérapie, pour me relaxer et me sentir en sécurité avec mon partenaire. Alors pourquoi est-ce que j’avais toujours mal?

Je ne me suis jamais fait masser avant le frottis cervical, et j’ai attendu deux ans et demi avant d’en faire un autre. Pourquoi? Parce que j’avais honte. J’étais convaincue que le problème était dans ma tête et qu’il suffisait que j’arrive à me calmer. Bien sûr, ça n’a pas marché.

Il y a quelques mois, j’ai commencé à avoir des crampes anormalement douloureuses pendant mes règles et cela m’a décidée à prendre un nouveau rendez-vous gynéco. A cause des crampes et des douleurs pendant les rapports, on m’a immédiatement envoyée faire une échographie pelvienne. La procédure consistait à m’introduire une caméra dans le vagin et, comme vous vous en doutez, ça m’a fait atrocement mal.

« C’est vous qui voyez », m’a dit le médecin. Elle avait une voix douce et m’a écoutée quand je lui ai parlé de ma douleur. « On arrête quand vous voulez. » La caméra n’était même pas à mi-chemin. Je lui ai demandé d’arrêter. J’avais la sensation qu’on me sciait le corps en deux.

Même si j’ai quitté la salle d’examen sur un échec, cela m’a redonné confiance en moi. Car, pour une fois, la personne qui m’examinait avait reconnu que ma douleur était réelle. Elle ne m’avait pas conseillé de me détendre ou de respirer profondément. Elle m’avait donné le contrôle de l’examen et la possibilité d’arrêter si la douleur devenait insupportable. J’ai pris conscience du fait que ce n’était peut-être pas moi qui était trop coincée ou anxieuse. Peut-être que ma douleur avait une origine physique, et s’expliquait par la façon dont mon corps était fait, qu’elle n’était pas uniquement dans ma tête ou liée au stress.

Après ce rendez-vous, j’ai parlé pour la première fois à ma mère de ma douleur. J’ai commencé par lui raconter sur le ton de la plaisanterie qu’on m’avait mis une caméra dans le vagin, et je lui ai demandé si c’était normal que ça m’ait fait aussi mal. « Tu as mal pendant les rapports sexuels? » m’a-t-elle demandé.

« Oui, très. »

« Ce n’est pas normal », a-t-elle dit.

J’ai regretté de ne pas en avoir parlé plus tôt, parce que j’ai enfin compris que ce que j’endurais n’était pas simplement dû à ma personnalité soi-disant trop nerveuse et angoissée. Que ce dont je souffrais s’appelait le vaginisme. J’ai mis quatre ans à être diagnostiquée, mais j’étais soulagée de pouvoir mettre un nom sur mes symptômes.

En gros, mon vagin ne peut pas se détendre. Quel que soit mon bien-être mental et physique par ailleurs, mon vagin ne suit pas. Vous connaissez les exercices de Kegel pour rééduquer le périnée après l’accouchement? Eh bien, je dois apprendre à faire l’inverse, parce que mon vagin se contracte involontairement et reste coincé. Même les tampons me font mal. Oui, oui, même les tampons. Et, non, ce n’est pas seulement dans ma tête.

Laissez-moi vous décrire ce que j’éprouve. Je sais que j’ai déjà utilisé la métaphore des coups de poignards, qui est sans doute ma préférée, mais je pourrais aussi vous dire qu’insérer quelque chose dans mon vagin revient à vouloir faire entrer un solide en forme d’étoile dans un petit orifice rond. C’est comme si on m’écartelait. Comme s’il y avait un mur de la taille de celui de Game of Thrones dans mon vagin et qu’on l’attaquait à coups de pioche. Comme si on lâchait le requin des Dents de la mer dans mon vagin. Bref, vous avez saisi.

La bonne nouvelle, c’est que ça se soigne. C’est un processus très long et je viens juste de commencer. En l’espace de deux semaines, j’ai consulté trois gynécologues, un radiologue et un thérapeute spécialiste du plancher pelvien. Pour le moment, je le vois une fois par semaine pour une séance de rééducation, qui n’a rien à voir avec les séances de kiné que j’ai eues quand je me suis blessée au genou. Chaque semaine, je dois m’assoir dans une salle de consultation et parler de mon vagin, faire des exercices d’assouplissement et laisser le thérapeute m’étirer les parois. J’ai aussi du travail à faire à la maison: trois fois par semaine, je dois insérer en moi un dilatateur vaginal (qu’on peut acheter en ligne!) et rester assise avec pendant au moins dix minutes.

C’est non seulement inconfortable physiquement mais aussi éprouvant sur le plan émotionnel. Je ne sais pas où j’en serai au bout de dix semaines de thérapie, mais je croise les doigts pour réussir à faire des progrès.

J’ai mis presque quatre ans à demander de l’aide parce que j’avais honte de mon corps, mais maintenant je sais qu’avoir des rapports sexuels n’est pas censé être douloureux et que, si ça l’est, il faut consulter un médecin. Bien sûr, cela peut paraître effrayant et embarrassant. Mais me faire diagnostiquer et prendre les mesures nécessaires pour soigner mon vaginisme a déjà changé ma vie, alors que je n’ai même pas encore terminé mon traitement!

Cela me brise le cœur de constater que, comme moi, beaucoup de personnes atteintes de vaginisme souffrent en silence parce qu’encore aujourd’hui, en 2018, parler de sexualité reste tabou. Surtout pour les femmes. La première fois que j’ai vu un gynéco, il n’a pas pris ma douleur au sérieux et l’a attribuée à « un simple stress ». Les médecins minimisent constamment la douleur des femmes, surtout quand elle concerne les organes génitaux. Si j’ai continué à prendre des rendez-vous médicaux et à réclamer des réponses, c’est uniquement parce que j’avais fait moi-même des recherches sur Internet et que j’avais enfin trouvé d’autres femmes qui vivaient la même chose que moi. Surtout, elles en parlaient.

Il faut communiquer davantage et plus en détails sur le plaisir, ou l’absence de plaisir, sexuel des femmes. Y compris au sein des établissements scolaires et des cabinets médicaux. Rendez-vous compte: on fait de la publicité pour les traitements contre les troubles de l’érection à la télévision, mais personne ne parle du vaginisme. C’est inacceptable. Si les enseignants et les professionnels de santé en savaient davantage et étaient mieux armés pour en parler et éduquer les jeunes sur le sujet, les femmes auraient moins peur d’admettre qu’elles en sont atteintes et se feraient soigner plus tôt.

J’espère que d’autres se reconnaîtront dans mon témoignage et auront ainsi le courage de consulter un médecin. Avec un peu de chance, dans un avenir proche, les médecins seront plus nombreux à prendre en compte la douleur des femmes, et davantage de gens comprendront ce que vit une femme atteinte de vaginisme. Peut-être qu’un jour, au lieu d’accuser les femmes qui ressentent de la douleur lors des rapports sexuels d’être faibles ou prudes, nous admettrons que leur douleur est bien réelle et qu’elle peut être soignée. Ainsi, ces femmes découvriront qu’il est possible d’aimer et respecter leur corps.

Ce blog, publié sur le 4Suisse américain, a été traduit par Iris Le Guinio pour Fast ForWord.





Retrouvez cet article sur : https://www.huffingtonpost.fr/erin-moynihan/je-souffre-de-vaginisme-pour-moi-le-sexe-est-une-torture_a_23616281/

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