mercredi , 21 août 2019
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Jean-Luc Brunel, d’agent de mannequins à trafiquant de mineures ?

Il était autrefois mondain, habitué des boîtes de nuit et très connu de son milieu, celui du mannequinat et des affaires. Aujourd’hui septuagénaire, Jean-Luc Brunel est introuvable. L’ancien agent de mannequin a disparu des radars, sans adresse connue ni activité sur les réseaux sociaux. Mais son nom s’affiche partout dans la presse. L’homme est soupçonné d’être au cœur de l’affaire Jeffrey Epstein, ce milliardaire américain accusé d’avoir abusé de dizaines de femmes, dont beaucoup de filles mineures, retrouvé pendu dans sa cellule ce samedi 10 août.

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Depuis, c’est le réseau du financier qui intéresse les enquêteurs américains, et Jean-Luc Brunel pourrait y avoir joué un rôle-clé. Il est accusé par plusieurs femmes et témoins d’avoir violé des mannequins et d’avoir été un pourvoyeur d’esclaves sexuelles, dont des mineures, au service de Jeffrey Epstein. Jean-Luc Brunel lui aurait fourni des filles contre son argent et ses appartements new-yorkais. Certaines accusations remontent aux années 1990, Jean-Luc Brunel les a toujours niées publiquement. En tout cas, jusqu’à aujourd’hui. Aucun journaliste n’a pu le contacter. Son nom, largement cité dans les documents judiciaires américains, fait l’objet de toutes les interrogations. Où est celui qu’on accuse d’avoir été un violeur et un fournisseur de jeunes filles ? Retour sur le parcours d’un fantôme.

« Un jour, il faudra qu’on couche ensemble »

Jean-Luc Brunel commence sa carrière d’agent de mannequin en 1976 au sein de l’agence Karin Models. Cet enfant des beaux quartiers de Paris finit par racheter l’agence et établir «un réseau mondial d’agences affiliées», assure un communiqué de presse publié en 2012. Jean-Luc Brunel, qui se vante d’avoir découvert des grands noms comme Monica Bellucci, Sharon Stone, Christy Turlington ou Milla Jovovich, est alors un habitué des boîtes de nuit parisiennes où il parade au bras des mannequins. Certaines de ses jeunes recrues viennent de l’autre bout du monde, comme la Néo-Zélandaise Zoë Brock. Après avoir commencé sa carrière en Australie à 14 ans, elle arrive à Paris en 1991, elle a 17 ans. Comme d’autres mannequins, elle est logée avenue Hoche, chez Jean-Luc Brunel lui-même. Des amis du patron, plus âgés qu’elles, passent fréquemment à l’appartement et invitent les jeunes filles à dîner, raconte-t-elle à Libération le 13 août. «Dès le soir où Jean-Luc est rentré, il m’a fait venir dans sa chambre et m’a dit d’emblée : « tu sais Zoë, un jour il va falloir qu’on couche ensemble. » Puis il a sorti un plateau de cocaïne», affirme la jeune femme. Comprenant qu’elle ne cédera pas à ses avances, l’homme l’installe rapidement dans un autre logement, avec cinq autres mannequins, et sabote sa carrière, assure-t-elle. Elle rentre en Australie quelques mois plus tard.

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«Un soir il m’a droguée avec une boisson, et m’a violée, raconte Thysia Huisman, une néerlandaise aujourd’hui âgée de 45 ans, à Mediapart. Je me suis retrouvée dans son lit, il était sur moi». Le lendemain, la jeune femme s’éclipse direction la gare et quitte Paris. Un témoignage similaire au sien apparaît dans un reportage diffusé en 1988 sur la chaîne américaine CBS. À l’époque, Jean-Luc Brunel refuse de répondre aux journalistes mais dément les propos tenus par les jeunes femmes interrogées. Dans Model, un livre publié en 1995, le journaliste et écrivain américain Michael Gross avait relayé de sérieuses accusations contre lui. «Jean-Luc est considéré comme un danger. Il aime les drogues et le viol silencieux. Ça l’excite», y affirme ainsi Jérôme Bonnouvrier, fondateur de l’agence DNA Models, décédé en 2017, rapporte Libération.

Le sombre ami de Jeffrey Epstein

Après Paris, l’Amérique. Jean-Luc Brunel et Jeffrey Epstein se connaissent depuis 2000. Cette année-là, ils voyagent ensemble à bord du jet privé d’Epstein. En 2004, les deux hommes créent l’agence de mannequins MC2. Jean-Luc Brunel s’installe aux États-Unis pour en prendre la tête. L’entreprise aurait en fait servi, selon plusieurs femmes, à obtenir des visas pour des jeunes filles européennes que Jean-Luc Brunel utilisait comme esclaves sexuelles, pour lui comme pour ses amis, tout particulièrement Jeffrey Epstein. C’est ce qu’affirment deux femmes dans une plainte commune, et ce que soutient Maritza Vazquez, l’ancienne comptable de Jean-Luc Brunel, dans une déposition de 2010 citée par Libération et Mediapart. Des retranscriptions de messages vocaux laissés à Epstein par Jean-Luc Brunel et versées au dossier américain, vont dans le même sens. «[J’ai] trouvé une professeure pour t’apprendre le russe. Elle a 2 x 8 ans, elle n’est pas blonde. Les leçons sont gratuites et tu peux avoir ton premier cours aujourd’hui si tu le rappelles», indique l’une de ces notes.

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En échange des services de Jean-Luc Brunel, Jeffrey Epstein aurait versé plus d’un million de dollars à MC2. En plus de mettre un immeuble new-yorkais à sa disposition, gratuitement, et à celle de ses mannequins, qui devaient payer un loyer. Jean-Luc Brunel a également fait plusieurs voyages dans le jet privé du milliardaire, selon les carnets de vol de l’appareil. De nombreuses jeunes filles ont aussi pris place à bord de l’avion, surnommé le Lolita Express. Virginia Roberts Giuffre, une accusatrice de Jeffrey Epstein, accable aussi Jean-Luc Brunel dans sa plainte, déposée en 2015. La jeune femme affirme avoir «eu des relations sexuelles avec [lui] à plusieurs reprises», entre 16 et 19 ans, y compris en France, comme le rapporte Mediapart. «Le seul lien de leur amitié semblait être que Brunel pouvait obtenir des douzaines de filles mineures et nourrir le grand appétit d’Epstein, et de Maxwell (Ghislaine Maxwell, ancienne compagne et complice présumée de Jeffrey Epstein, NDLR), pour les rapports sexuels avec des mineures. […] Jeffrey Epstein, poursuit-elle, m’a dit qu’il avait couché avec plus d’un millier de filles de Brunel, et tout ce que j’ai vu confirme cette affirmation.»

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La débâcle des années 2010

Bien avant son arrestation en juillet 2019, Epstein a déjà été condamné en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures. En plaidant coupable, il bénéficie d’un accord et écope d’une peine de prison de 18 mois, en étant autorisé à travailler à son bureau six jours sur sept. Pendant sa détention, Jean-Luc Brunel lui rend visite 67 fois, selon les archives de la prison consultées par le Guardian. Mais en 2014, Jean-Luc Brunel doit revenir en France, faute d’avoir pu renouveler son visa. Il porte alors plainte contre Epstein, arguant que la réputation du milliardaire a fait perdre «des millions de dollars» à son agence, rapporte Mediapart. La même année, il a «démenti avec force avoir participé, de façon directe ou indirecte, aux actions dont Monsieur Epstein est accusé».

Depuis, Jean-Luc Brunel a disparu des radars. Un cadre de MC2 affirme à 20Minutes que l’entreprise «n’a plus aucun lien» avec lui. À Paris, une source anonyme assure à Mediapart, photo à l’appui, que l’agent se trouvait dans la capitale en novembre 2017. Interrogée par Libération, son ancienne associée Ruth Malka pense que l’homme se rend encore régulièrement en France et entretient toujours des relations professionnelles à Paris. «Des amis m’ont dit qu’ils l’avaient croisé cette année», explique-t-elle. Depuis que l’affaire a éclaté de nouveau, Jean-Luc Brunel n’a toujours pas réagi. Reste que la machine judiciaire est lancée. Le parquet de Paris procède en ce moment à des vérifications préalables à l’ouverture d’une éventuelle enquête. «Je peux vous assurer que l’enquête va continuer», a déclaré lundi 12 juillet le ministre américain de la Justice, William Barr. Avant de poursuivre : «aucun complice ne dormira tranquille».

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