lundi , 19 août 2019
Accueil » Actualité » La Salvinisation de l’Europe buttera sur son Orbanisation et sa LePenisation

La Salvinisation de l’Europe buttera sur son Orbanisation et sa LePenisation

Matteo Salvini revendique la victoire aux européennes, en Italie et au-delà. N’a-t-il pas rassemblé plus de 34% des suffrages? Les eurodéputés salvinistes ne sont-ils pas passés de 5 à 28? Au moment de constituer les nouveaux groupes parlementaires et la nouvelle Commission, le leader italien promet de souder autour de lui tous les eurosceptiques du continent. En est-il réellement capable?

La salvinisation de la politique européenne

Omniprésent depuis des mois dans les médias, Matteo Salvini s’est appuyé sur ses 17% aux législatives italiennes de mars 2018 pour obtenir la vice-présidence du Conseil des ministres, à parité avec Luigi di Maio du M5S pourtant à plus de 32% des voix. Puis, à force de déclarations hostiles aux migrants, à l’islam et au couple Merkel-Macron, il s’est rapproché du Premier ministre Hongrois et a signé avec le Parti Droit et Justice (PiS) polonais une déclaration commune. Point d’orgue de sa campagne, il a réuni les partis nationalistes européens à Milan le 18 mai dernier. En bref, la Ligue a conquis l’hégémonie politique en Italie (le M5S a chuté à 17% des voix); il a pris l’avantage sur le RN français (qui n’a que 23 eurodéputés); et il a tissé sa toile à l’Est.

Un leader fort, des alliés faibles

C’est vrai, certains partis frères ont prospéré. Par exemple, le Vlaams Belang belge a progressé de deux sièges par rapport à 2014. Mais plusieurs alliés marquent le pas. L’essor électoral du FPÖ (19,7% des voix, est stoppé par l’Ibizagate qui a discrédité son chef, Heinz-Christian Strache. De même, le parti anti-euro allemand AfD n’a réuni que 10,5% des voix, en dessous des 12,6% des dernières législatives allemandes de 2018. La mouvance national-populiste a même subi des défaites: le PVV de Geert Wilders, allié de la première heure, chute de 13,32% à 3,5% des voix.

A court terme, Salvini bénéficie personnellement du tassement de ses alliés nationalistes. Ainsi, quand le RN passe de 24,86% des voix en France en 2014 à 23,31% en 2019, la Salvinisation l’emporte sur la LePenisation du groupe. Mais, à moyen terme, Matteo Salvini pâtira de la faiblesse de ses alliés.

Rassembler les europhobes?

En 2014, les partis populistes, anti-islam et anti-fédéralistes s’étaient déchirés puis éclatés en différents groupes au Parlement européen. A côté du groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL) de la Ligue et du FN, le Fidesz de Viktor Orban siégeait au PPE avec Les Républicains français. Les Conservateurs et Réformistes Européens (CRE) rassemblaient le PiS polonais et les conservateurs britanniques.

Matteo Salvini pourra relever le défi quantitatif: un groupe parlementaire doit être constitué d’au moins 25 eurodéputés (La Ligue est à 28) issus de 7 Etats membres. Le RN français, le FPÖ autrichien, le Vlaams Belang belge, le PVV néerlandais et, potentiellement, l’AfD allemande, le Parti des Vrais Finnois en Finlande, etc. fourniront les troupes nécessaires.

Mais Salvini buttera sur le ralliement des grands partis eurosceptiques de l’Est, Fidesz (52% des voix et 13 eurodéputés) et PiS (45,38% des voix et 26 sièges) malgré une hostilité commune à l’islam et au fédéralisme.

Viktor Orban ne quittera pas le PPE car l’Orbanisation de l’Europe ne peut tolérer sa Salvinisation. En outre, pour le Fidesz, l’ancrage dans le PPE est un gage de respectabilité irremplaçable. De toute façon, Le parti d’Orban sera courtisé par un PPE affaibli par la perte de 39 sièges. Se priver des 13 eurodéputés hongrois n’est pas d’actualité à l’heure de la lutte pour les présidences.

Quant au PiS, il ne peut rejoindre un groupe favorable à la Russie et à la levée des sanctions envers elle: son ADN est anti-russe. Surtout le PiS est un parti profondément structuré par le catholicisme conservateur qui ne peut être dupe des manifestations de foi tardive de Matteo Salvini. Brandir un crucifix en conférence de presse ne fait pas de lui un chrétien-démocrate conservateur.

Plusieurs tendances s’opposent à la Salvinisation de l’Europe. Son “Orbanisation” d’abord: le PPE est tenté par un virage conservateur sous l’impulsion du Fidesz, de LR ou encore de la CDU-CSU. Sa LePenisation ensuite: comme on l’a vu à de multiples reprises, les partis nationaux-populistes sont unis dans la campagne mais se déchirent dans la victoire.


Première apparition

A lire aussi: