jeudi , 22 août 2019
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Le cancer du sein décortiqué, 200 échantillons à la fois | AUDREY-MAUDE VÉZINA


AUDREY-MAUDE VÉZINA
La Presse

Difficile de s’imaginer qu’on puisse faire tenir sur un bloc de paraffine à peine plus gros qu’une gomme à effacer des échantillons de 200 femmes atteintes d’un cancer du sein. C’est pourtant ce qu’ont réussi Anne-Marie Mes-Masson, chercheuse au Centre de recherche du CHUM, et son équipe chez une cohorte de 2000 femmes. C’est une ressource précieuse pour la recherche en cancer du sein à travers le Québec.

Les cancers du sein sont les cancers les plus fréquemment diagnostiqués chez les Canadiennes. La difficulté à traiter ces cancers est qu’il y en a une grande variété. « Il y a plusieurs sous-types de cancers du sein. Les défauts moléculaires diffèrent d’un sous-type à l’autre. Si on veut avoir une approche ciblée, il faut bien comprendre ces différents sous-types, puisque la même stratégie ne marchera pas pour tous », affirme Anne-Marie Mes-Masson.

Banque de tissus

Pour mieux comprendre les cancers du sein, les chercheurs étudient de nouvelles caractéristiques des tumeurs appelées biomarqueurs. Ils sont utiles pour prédire l’évolution de la maladie et la réponse au traitement. Ces recherches exigent un grand nombre d’échantillons de tissus. Avec le soutien financier de la Fondation du cancer du sein du Québec, la chercheuse Anne-Marie Mes-Masson et son équipe ont regroupé des échantillons de 2000 femmes atteintes du cancer du sein provenant de trois banques de tissus québécoises, ou biobanques.

Ces échantillons sont représentatifs des cas retrouvés en clinique. Les tissus ont été donnés par des femmes chez qui on a diagnostiqué un cancer du sein, et dont le dossier clinique est complet. Des informations comme le diagnostic, l’étendue de la maladie au moment de l’opération, le traitement reçu ou la réponse sont nécessaires.

« Ce sont ces données que nous allons jumeler à nos données moléculaires pour mieux comprendre la maladie et essayer de trouver des biomarqueurs qui vont aider à la prise en charge des femmes. »

– Anne-Marie Mes-Masson, chercheuse au Centre de recherche du CHUM

Technique moins coûteuse et plus efficace

La chercheuse utilise une technique de microétalage tissulaire. Son équipe extrait des carottes d’échantillons de tumeurs d’une taille inférieure à la tête d’un trombone. Elles sont placées par groupes de 200 dans un bloc de paraffine pour les « momifier ». La technique permet d’étudier les 200 échantillons de tumeurs dans une seule expérience en utilisant jusqu’à cinq biomarqueurs à la fois. Cela accélère les expérimentations et en diminue les coûts.

« Pour une expérience avec cinq biomarqueurs sur 2000 femmes, on peut la faire sur 10 lames. On peut les analyser la même journée. Ça évite la variabilité. Avant, il aurait fallu 10 000 lames et on n’aurait jamais pu les faire le même jour », affirme-t-elle.

« En utilisant 10 lames au lieu de 10 000, on réduit le coût de l’expérience et on augmente la précision. On gagne des deux côtés. »

– Anne-Marie Mes-Masson, chercheuse au Centre de recherche du CHUM

Nouvelle ressource pour les chercheurs

Le groupe d’échantillons sera utile en recherche puisque ce sera toujours les mêmes femmes qui seront étudiées. « Ce qui arrivait dans le passé, c’est que quelqu’un publiait sur 100 patientes ici, alors qu’un autre publiait sur 100 patientes ailleurs. S’ils n’avaient pas la même réponse, était-ce que c’est parce que les 100 patientes n’étaient pas pareilles ? Maintenant, on a une cohorte de 2000 femmes et c’est toujours ce même groupe qui est utilisé pour tous les biomarqueurs. Ça nous aide à uniformiser les données », soutient Anne-Marie Mes-Masson.

L’objectif d’Anne-Marie Mes-Masson est que la ressource serve aux chercheurs qui travaillent sur les cancers du sein à travers le Québec. « On s’attend à ce que de plus en plus de gens viennent nous voir pour utiliser ce groupe de 2000 échantillons. Des groupes bien montés et avec de bonnes données cliniques, ça ne court pas les rues », note la chercheuse. Moins d’un an après le recrutement de la cohorte, 11 projets de recherche sont déjà entamés.


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